12 novembre 1914

Sur le canal l’Yser , le 12 novembre 1914

Ma chère et bonne Cécile,

Je t’ai envoyé ce matin deux cartes d’Ypres , croyant ne pas avoir le temps de t’écrire. Mais le colonel qui est sur la ligne de feu, m’a dit  de rester derrière la réserve, c’est-à-dire où j’ai passé la nuit. Je serais honteux de ses faveurs, si je n’avais pas l’intime conviction de faire mon devoir, mais je sais qu’il est absolument inutile de s’exposer son besoin, du reste je ne dois pas songer qu’à moi et les hommes qui me sont confiés doivent bénéficier de ces occasions quant  elles se présentent . À vrai dire à par le bien-être que procure le logement et son confort, le danger est sensiblement le même qu’à mille métres plus loin.

La preuve c’est qu’un obus est tombé sur ma cuisine tout à l’heure et a blessé notre cuisinier aux jambes et la patronne de la maison une vieille flamandes qui dégustait encore hier soir notre café avec  avec tant de délices. Le malheur des uns fait celui des autres, et que notre pauvre marmiton fût évacué, je téléphonai sur la ligne pour y appeler Chasselin. Il arriva aussitôt un bout, car il avait reçu l’averse de cette nuit, après s’être débarbouillié  reprit de  la cuisine ce que l’éboulement avait laissé, c’est-à-dire une potée au cochon frais, puis il nous fit un rosbif aux pommes et des poires au vin .

Il est heureux de son nouveau poste et ne sait comment me remercier. Pense donc que nous avons une voiture et qu’il ne porteras plus son sac. Allons encore un heureux.

Je t’ai dit que depuis que nous sommes en Belgique je ne recevait plus de lettre cela se comprend, puisque le service de la poste qui a déjà de la peine à fonctionner quant il sait où nous sommes ne peut s’améliorer quand il l’ignore. Je prends donc patience (en faisant bien des efforts) et j’espère me délecter avec les cinq ou six lettres que je recevrais sans doute ce soir…ou  Demain.

Tout va bien ici, malheureusement nous y sommes encore venu pour secouer, en les remplaçant, des malheureux territoriaux dont l’avachissement est navrant et pénible à voir. Quels lâches tout de même nous avons en France et à quel degré d’amollissement beaucoup de français sont tombés ! Par contre il reste des braves et heureusement sans cela nous serions propres. Ceci m’amène à faire part sinon de mon admiration du moins de mon étonnement pour la ténacité de nos adversaires. Des prisonniers faits par le 37e (car sitôt arriver le 37e a reconquis les 2 km perdus par les territoriaux) ont déclaré que leurs tranchées étaient remplies de morts. Beaucoup de soldats se pendent et des officiers et soldats sont fusillés parce qu’ils ont des velléités de se rendre , on ne sent qu’ils sont à bout de souffle, sauf la artillerie, par exemple, et que si nous avons à peu de nerfs et surtout de la patience que nous en verrons la fin sous peu.

Tout est renversé dans les règles de la guerre. Quand dans le temps on était habitué a charger avec musique et drapeaux déployés, ici, il faut se terrer et ne laisser voir que le bout de son nez, afin de pouvoir toucher celui de l’adversaire qui connaissait ce truc avant nous. C’est avec nos poitrines dont nous marchions à Morange contre ces gens abrité derrière du ciment armé ! Toutes leurs tranchées sont établies sur un champ de tir de 3 à 400 m au moins. Pour venir les déloger il ne faut pas songé sans folie à franchir ces 300 400 m, à découverts battus par les fusils et les mitrailleuses. Il faut donc la nuit de gagner metre par metre en creusant en terre le terrain à conquerir . C’est un peu moins périlleux, et cependant que de victimes. Les fricoteurs resté en arrière ne s’en douteront que lorsque nous rentrerons.

Mais sherrys, je t’ennuie avec mes histoires, ne les lit que comme tel et ne retient qu’une chose serrée que si parfois cette lâcheté d’autres me rend triste, j’ai autour de moi du réconfort sous ce rapport, c’est ce qui cause sans doute de l’entrain, de la bonne humeur avec lesquels j’accomplis mon devoir, et puis comme le bonheur est complet quand je reçois de tes si bonnes lettres.

Je t’embrasse ma chérie, je t’embrasse comme je t’aime, comme je voudrais le faire effectivement.

Ton bien à toi.

J.Druesne

Je te dirais sur la carte ci-jointe, si j’ai reçu tes lettres ce soir.

C’est joli Ypres, c’est dommage que l’on cause que le flamand ici et que les noms du pays soient si difficile à retenir.

Chasse l’un écrira demain chez lui, il demande toutefois que tu annonces la nouvelle chez son père qui sera content dit-il.

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«Historique du 37e régiment d’infanterie. France. 1914-1918″

Le 12, dès la pointe du jour, l’attaque recommence, mais l’ennemi résiste avec opiniâtreté et ce n’est que pas à pas que nos bataillons progressent.

12 novembre 1914 (JMO du 37e RI)

  La mission de la 22e brigade mixte et de rétablir le front Langemarck Kortecker Steenstrase.  Le 37e doit continuer à progresser dans la direction générale de Bixshoote dans le secteur compris entre le canal est la route Bixshoote Pilkem exclue.

 Le colonel commandant le 37e disposera de deux bataillons et demi, les autres compagnies restant à la disposition du colonel commandant la 22e brigade dans les bois à l’ouest de Pilkem.

 Le 26e (deux bataillons) moins deux compagnies laissées à la disposition de du colonel commandant la 22e brigade dans les bois à l’ouest de Pilkem, doit prendre comme objectif Korteker à droite du 37e.

 Le groupe Lénard (39e) au nord de Boesinghe doit appuyer la progression du 37e ainsi que le groupe du 8e vers Zuydschoote.  Les troupes étrangères de la 22e brigade mixte occupant des tranchées ne se replieront que sur l’ordre du colonel commandant cette brigade et sur la proposition des chefs de secteur (37e et 2e compagnie). P.C. de la 22e Brigade: Pont du Canal Boesinghe.

Ordres du Colonel

Le 1er bataillon s’efforcera:

1_ grâce à l’appui des auto canon de s’emparer ou de détruire les maisons qui sont à l’ouest du bois triangulaire et prendre à revers les tranchées qui gênent la progression du deuxième bataillon et du 26e.

2-  de maintenir solidement l’occupation du bois triangulaire  et d’en poursuivre l’occupation grâce au concours de la neuvième compagnie.

3-  refouler par des attaques vigoureuses, au besoin à la baïonnette, après préparation par le feu et avec appui de mitrailleuses, l’ennemi de la partie nord du bois et atteindre l’objectif fixé : route de Steestrase, cimetière qui sera organisé.

Préparation des forces: 1er bataillon + 10e pour l’offensive; 9e pour l’organisation.

 Les territoriaux des 79e et 80e appuieront le mouvement en occupant et renforçant les positions de deuxième ligne. Dans la journée du 12 la progression continue; le 2e bataillon s’empare de l’écluse d’Het-Sas; le 1er bataillon établit son P.C. à la ferme « Ma campagne » mais ne peut dépasser ce point.

Cartographie du 12 novembre 1914

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