19 octobre 1914

19 octobre 1914

Ma bonne Cécile

Rien de nouveau aujourd’hui, hier après le départ de ma lettre, je me suis étendu dans  un fauteuil et auprès de mon fourneau ne suis mis à rêver. Rêver étant en guerre alors qu’aux environs, on voit tomber les branches des arbres fauchés par les projectiles !

Mais plus fort, et j’ai oublié de le dire, pendant que je t’écrivais et pendant ma rêverie un soldat jouait sur un piano au rez-de-chaussée, mais ce piano bien que juste avait des sons particuliers. Je suis allé le voir et ai trouvé un vieux Pleyel aux touches usées …

Ce que fût ma rêverie tu le devines n’est-ce pas ?

La nuit fut calme, si calme même que nous craignions un coup de chien. A un tir formidable de notre artillerie, les Allemands ne répondirent pas et de leurs tranchées ne partit pas un seul coup de fusil de toute la nuit.

Il va sans dire que je dormis aussi bien que quand on tire c’est-à-dire très bien.

Mon ordonnance s’est aperçu qu’il y avait des persiennes et il les a fermés, d’un autre côté, il a trouvé des draps de lit, et il a placé au-dessus de mon lit le vaste rideau blanc qui me servait de drap (de lit) de la sorte je suis doublement garanti.

Tu le vois, toujours la chance, puisque pendant ce temps les autres sont aux tranchées ; il est vrai que ces tranchées sont si bien faites qu’on y séjourne presque avec plaisir.

Nous continuons à faire popotes avec le colonel de Lobit, qui attend toujours ses galons de général, il est toujours affectueux avec moi, et notre nouveau colonel (il s’appelle la Capelle) s’en aperçoit.

Il est lui-même très éprouvé, car je crois te l’avoir dit, son frère capitaine au 79e vient d’être tué, de plus deux de ses beaux-frères le sont également. Et je crois qu’il est sans nouvelles d’un autre frère.

C’est un brave soldat, brave jusqu’à la témérité. Je ne sais si je t’ai dit, qu’il avait été blessé le jour de sa prise de commandement au 37e, au bout de huit jours il est venue reprendre sa place, sa blessure était sérieuse, puisque la balle était entrée dans la cuisse et sortie près de l’anus…

Il semble plus Prudent depuis et ses deuils semblent . lui avoir rendu le cœur un peu dur… Néanmoins il est gentil à mon égard.

Il m’a donné ses instructions, pour la séance « in extremis » du drapeau. Elle concordait bien avec mes desseins, et sommes tombés d’accord.

Seulement il y a quelques jours nous avons pris, crois-je t’avoir dit., 2 officiers allemands avec une vingtaine de soldats, c’était le reste d’un bataillon de la garde. Or avant-hier on a retrouvé dans la cheminée de la maison où ils ont été arrêtés la hampe du drapeau, sans l’étoffe.

Le colonel (le nouveau) me l’a raconté à table. Je lui répondis :. « J’étais résolu, en cas de malheur, à manger la sois de mon drapeau, mais je ne me sens pas de taille à absorber la hampe. » Cependant me dit-il en riant, il ne faudra pas qu’elle reste non plus.

Tu le vois ma chérie, malgré la gravité des événements, la jovialité prend le dessus, mais est-il possible après un deuil comme cet homme vient de subir, de trouver encore le moyen de plaisanter ?

Je reçois ta carte datée du 7 octobre contenue dans une enveloppe, dans laquelle tu me parles d’Haumont. Merci. Je remets cette lettre au vaguemestre après t’avoir embrassé bien tendrement… De loin…

Ton tout à toi.

J. Druesne

 Souvenirs à tous, j’ai écrit un mot au directeur.

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19 Octobre 1914 (JMO du 37e RI)

Même stationnement , même situation que la veille, il a été distribué ce jour des cuirasses pares balles Hesborn – 200 pour le secteur.

Cartographie 19 octobre 1914

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