6 octobre 1914

6 Octobre 1914

Ma chère Cécile

Je n’ai pas encore le temps de t’en dire long aujourd’hui, toutefois, je profite du passage dans une localité desservie par la poste pour te donner de mes nouvelles. C’est à dire d’annoncer que je vais bien, que je continue à supporter les fatigues sérieuses qui nous sont imposées. J’ai toujours bien dormi mais à la condition  d’avoir du bien-être, c’est à dire chaleur et le reste. Eh ! bien, dehors, par le froid ou la pluie, à la condition d’être un peu couvert, je dors comme un bienheureux, même au son des musiques les plus invraisemblables. Et je le répète, j’en suis fier. Tu vois ma chérie, je parle toujours de moi. Il ne m’est guère possible de parler d’autre chose car il ne nous est guère possible de nous rendre compte de la situation ici. Nous sommes à quelques heures de Bapaume. Et venons encore de faire un bond « express » dans le genre de celui de Dombasle. Je te donnerai de plus longues explications à ce sujet plus tard. En  attendant, je t’embrasse mille et mille fois, fais en autant à Loulou. As-tu reçu mon bon du trésor ?

Ton tout à toi

J.Druesne

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«Historique du 37e régiment d’infanterie. France. 1914-1918″

Le 6 octobre, c’est au tour d’Hébuterne d’être attaqué. Comme la veille, quatre bataillons de la Garde s’élancent dès le lever du jour à l’assaut du village tenu par le 1er bataillon et deux bataillons de territoriaux. Une fusillade violente accueille l’ennemi qui débouche à moins de 100 mètres; ses rangs compacts sont immédiatement décimés. Néanmoins, l’élan des Allemands est tel que la lutte en vient au corps à corps.

Au nord du village, une brèche a été ouverte dans la partie tenue par les territoriaux; mais une brillante contre-attaque du sergent JAUSAS (4e), à la tête de sa section et de trois sections territoriales, rejette l’ennemi hors de la localité, montrant ainsi ce que peut un chef énergique et à décision prompte à la tête de quelques braves.

Du côté de la Tuilerie, la lutte a pris une violence particulière. Un instant notre ligne fléchit, mais c’est pour mieux culbuter l’adversaire. L’ennemi tourbillonne un instant, puis reflue en désordre vers le ravin de Puisieux, suivi par nos obus. Deux cents hommes restés dans la Tuilerie sont obligés de mettre bas les armes.

L’attaque ennemie avait duré à peine deux heures; elle était définitivement brisée.

Nos pertes étaient légères: 8 tués et une trentaine de blessés; celles des Allemands étaient très lourdes : outre les 200 prisonniers de la Tuilerie, 346 cadavres jonchent le terrain; devant la Tuilerie, sur un front de 300 mètres, la couleur du sol disparaît sous la teinte grise de l’uniforme allemand: 100 blessés graves gisent parmi ces cadavres, et il faudra deux jours pour les relever.

La bravoure et l’opiniâtreté du Régiment de Turenne avaient eu raison de l’élan et de la valeur de la Garde prussienne; aussi le général DE CASTELNAU commandant l’armée, tint-il à féliciter personnellement son ancien régiment pour sa brillante conduite.

A la suite de ces combats, Hébuterne fut appelé “ le tombeau de la Garde ”.

Après l’échec de la Garde prussienne, le front se stabilise dans la région d’Hébuterne et, jusqu’au 2 novembre, le 37e restera dans ce secteur. Mais la bataille d’Ypres commence et, pour arrêter la ruée allemande, il va falloir bientôt faire appel à toutes les troupes de choc le 37e est de celles-là !

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6 octobre 1914 (JMO du 37e RI)

A la pointe du jour, l’ennemi dirigea une attaque sur Hébuterne, cette attaque fut repoussée avec des pertes sérieuses. Néanmoins, les allemands conservérent quelques tireurs qui se postèrent dans une maison sur la route de Gommécourt. Il fut enterré dans les jours suivants: 346 cadavres allemands, il fut fait environ 100 prisonniers, notamment par la 4e compagnie.

Le régiment se réorganise à la suite de ces deux attaques. L’ordre de stationnement pour le 6 soir fut le suivant:

centre de résistance n°2: Hébuterne et ses abords 1bataillon du 37e

centre de résistance n°3 Foncquevillers et ses abords 2 bataillons du 37e sous les ordres du commandant Krafft.

Les 5e et 8e compagnies qui s’étaient repliées apr!ès le combat d’Hébuterne- Commecourt sur Hébuterne participent à la défense du secteur n°2; les 10e et 11e sont au contraire dans le secteur n°2. Les Avants postes sont fournis comme la nuit précédente. Le capitaine Cordebas quitte le commandement de la 11e compagnie. Les éléments à droite sont le 146e (1 bataillon), à gauche le 69e . Entre le secteur 2 et le secteur 3, se trouve 1 bataillon du 69e devant Gommecourt au contact de l’ennemi.

Cartographie du 6 octobre 1914

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