29 novembre 1914

Dans une ferme, 29 novembre 1914

Ma chère et bonne Cécile,

Grandeur et décadence, tu vois où est mon château. Cependant je ne le regrette pas. La dernière nuit que j’ai passé fut désastreuse pour le régiment. Ma compagnie s’était trop engagée et le reste du régiment dû rattraper le terrain perdu. Cela réussi non seulement pour le terrain perdu, mais encore on relança l’ennemi à des tranchées situées à 300 m au delà.

Mais il en résulte des pertes sérieuses et comme le combat avait lieu la nuit, on ne sait si elles sont définitives. C’est-à-dire si elles consistent en prisonnier ou en tués. Quoiqu’il en soit le régiment est encore démonté ; il va bien recevoir des jeunes soldats, mais ce sont les gradés qui manquent. Le colonel est bien ennuyé de manquer ainsi de cadres, car le soldat français non conduit perd de sa valeur. Clément a vu son service surchargé de ce fait, j’ai beau vouloir l’aider, il ne faut pas le faire voir, car si le colonel s’apercevait qu’il n’est pas indispensable, il le ferait rentrer dans ma compagnie, ce qui ne serait pas beaucoup dangereux, puisqu’on court autant sinon plus de risques en cas de bombardements. Il n’y a rien de drôle à ce que ma situation ici soit aussi modifiée, ce qui m’ennuierait parce que, inutilement d’ailleurs je te ferai du chagrin, mais uniquement pour cela, car c’est parfois dur de faire la vie de château quand les autres font leur devoir. J’attendrai donc et ne changerait que si le colonel, obligé, me fait la proposition. Mais encore une fois si cette éventualité se présentait, je t’en préviendrai en te disant dans quelles conditions se feraient ce changement qui, je te le répète complèterait mes désirs, si ce n’était pas la promesse que tu m’as fait faire. Hier nous étions logés dans un couvent de trappistes.  Nous n’étions pas trop mal, quand on découvrit que la scarlatine y régnait. Ce ne fut pas long, on nous expédia dans la ferme voisine pour y prendre quelques jours de repos que le régiment n’avait pas volé. Le temps ici est redevenu pluvieux et par suite les routes sales. Le bruit de notre départ se repend de plus.

Je ne t’ai pas écrit hier, ma bonne chérie en raison de notre déménagement intempestif. Je n’ai pas reçu de lettre de toi et cependant j’aurais bien été heureux de recevoir une en cette journée de tristesse du régiment. Ce sera sans doute pour tout à l’heure.

J’écrirais sans doute tantôt à Robert. Je termine ici ma chérie, je ne vois plus rien à te dire, en ce temps grisâtre, la Belgique me dégoûte un peu quand il fait ce temps.

Je t’embrasse à la folie. Ton tout à toi.

J.Druesne

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29 novembre 1914 (JMO du 37e RI)

Sans changement

Cartographie du 29 novembre 1914

 

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