1er novembre 1914

Souastres, le 1 novembre 1914

Ma chère Cécile,

Quelle journée hier. La séance du conseil de guerre a eu lieu par un bombardement assourdissant, plusieurs obus sont tombés dans la cour de la brasserie ou la cérémonie avait lieu. C’était extraordinaire de voir la discussion se continuer par les explosions.

Le comble, c’est qu’au cours de la séance on est venu nous annoncer que nous allions partir. En effet nous filions dans la nuit pour nous arrêter ici, d’où nous allons repartir pour une destination inconnue.

J’ai dû alors hier soir pour boucler mon fameux dossier du Conseil, faire bouchées doubles et j’ai pu m’en débarrasser à temps.

Mon voleur a attrapé trois ans de prison. Mais bonsoir quel après-midi il m’a fait passer et comme je l’ai souhaité à tous les diables.

Il fallut donc quitter ma belle chambre, le malheur c’est que j’avais fait laver du linge et que ma cantine était aux fourgons. je devait l’emporter mouillée avec d’autres bibelots. je n’ai pas été trop embarrassés : j’ai trouvé dans un débarras une valise couverte de poussières.  J’ai fourré toutes mes histoires dedans et en route, j’ai fait charger cette valise la nuit toujours sur la voiture qui me sert pour la popote. Mais ce matin je viens de voir que cette valise n’est pas aussi vieille que je le croyais, c’est une valise en cuir, à soufflets qui se gonfle, c’est un vrai bonheur. Je suis ennuyée de mon larcin, car, comme dit l’autre le marchand dormait quand je l’ai acheté.

En effet, les patrons s’étaient sauvés laissant la maison vide. Il est vrai que si les obus continuent à tomber dessus de la sorte, ils ne pourront pas s’apercevoir de cette disparition.

En voilà long , n’est ce pas chérie, pour cette histoire de valise, mais que veux-tu, ce sont les incidents à côté de gros qui viennent varier l’existence que je mène.

Du fait de ce changement, nous abandonnons encore le colonel de Lobit et son état-major, c’est-à-dire que nous ne mangeons plus ensemble. Aussi le colonel Lacapelle (le nouveau) vient de me dire (à présent que nous sommes seuls,  abrégeons les repas et simplifions les plats, c’est mon plus vif désir, lui ai-je dit. Nous voilà donc réduit à 7 : le colonel, capitaine Meltz , le gros médecin, Franby , Clément, l’aumônier, (le curé de ville au Val ) et moi.

Le médecin est toujours aussi drôle encore une des siennes, mais ne la laisse pas lire à loulou : un soldat se présente à la visite. Je ne peux plus respirer dit-il je vois ce que c’est dit le médecin, c’est un spasme. L’autre le regarde. oui, dit le médecin, c’est de l’air, du gaz une espèce de pet quoi, que tu as là (et il lui fit voir la poitrine) mais comme tu as une tête qui ressemble  à un cul, le pet ne sais pas s’il doit remonter au descendre.

La chose a été racontée à table en l’absence du médecin bien entendu . le colonel LaCapelle, malgré son caractère sérieux et ses chagrins, a failli étouffer.

Et voilà, la vie, mais il ne faut pas songer qu’au moment où tout cela se passe, un blessé qui vient de se faire couper une jambe par un obus passe en geignant sur une civière.

Hier je n’ai pas reçu de lettre ce sera sans doute pour ce soir.

Au revoir chérie, continuent à être tranquille sur mon sort, comme tu le vois je prends mon parti en philosophe. Mon seul  souci,  je le répète est de savoir si tu ne te tracasses pas trop.

Si je te savais les mêmes dispositions d’esprit que moi, je serais heureux. Où diable allons-nous ? On disait que nous allions vers Nancy, si c’était vrai…

Je t’embrasse mille  et mille fois

Ton tout à toi

J. Druesne

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Et dans l’Est Républicain du 1er novembre…

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1er novembre 1914 (JMO du 37e RI)

Le régiment stationne dans les mêmes conditions que la veille et prépare la relève par les régiments de réserve.

Cartographie du 1er novembre 1914

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