27 octobre 1914

27 octobre

Ma bonne Cécile,

Je n’ai pas beaucoup de temps à te consacrer aujourd’hui, car j’ai les paperasses à établir pour ce fameux conseil de guerre qui se réunit aujourd’hui.

Je t’en ferai connaître le résultat de main. Cette besogne m’ennuie et surtout le rôle que j’ai à jouer là-dedans, mais comme tu le voies, il faut être prêt à tout faire en guerre.

Clément lui en ce moment est chef cantonnier et chargé, outre le téléphone, de la distribution de l’eau potable. Moi après avoir fait le fossoyeur presque, me voici juge d’instruction. Tu m’as dit ma chérie que les parents d’Adèle avaient rapporté mon paquet de Dombasles. As-tu retrouvé, dans les lettres, les photographies que tu m’avais envoyées. Les photographies de nous tous. Elles ne peuvent être que là, car elles me manquent depuis. J’avais eu l’espoir de les retrouver dans ma cantine, que je ne vois pas souvent, car les fourgons ne peuvent que rarement venir sur la ligne de feu, mais mon espoir a été déçu. D’autre part je ne voulais pas te les réclamer tant que le paquet était à Dombasles. Il va sans dire que si tu les retrouves, tu me les renverras. Je t’envoie deux cartes du patelin. Je t’envoie celle-là car elle fait voir à l’horizon combien le pays est plat, malheureusement c’est le côté opposé à l’ennemi de l’autre côté, plus boisé, il est là à quelques centaines de mètres à peine derrière ses tranchées et ses abattis, mais toujours inerte. La raclée qu’il a reçu du 37e, l’a muselé pour quelque temps. Seule l’artillerie, et des mitrailleuses bien abritées, nous arrosent. Mais notre artillerie leur rend bien au centuple malheureusement ce sont toujours nos villages qui écopent. Est-ce idiot, cette alternative : brûlés et démolis par les deux parties !

Des bruits circulent au sujet de notre transport plus au nord. Ce serait encore un voyage en auto, sans doute. Le bruit court même ici, que les autorités Lorraines réclament notre retour là-bas. Ça, si Nancy n’est pas menacée, me paraît irréalisable. En effet, il n’y a pas que nous avons écopé. Nous n’avons eu aucune perte depuis six jours.

Je ne me souviens pas si je t’ai dit hier, que j’avais eu l’occasion de parler de Raymond de nouveau au colonel. (Si, ça me revient) à la première affaire, il sera certainement nommé sous-lieutenant.

Tu me demandes dans chacune de tes lettres si je n’ai besoin de rien. Non chérie, je te le répète : de rien !Ce dont j’ai besoin hélas est trop éloigné. Je continue néanmoins à être assuré que ce bonheur de vous revoir tout ce m’est réservé.

Mille et mille baisers. Je te renverrai demain la carte de Robert.

Ton J.Druesne

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27 octobre 1914 (JMO du 37 e RI)

Même mission que la veille.

Cartographie du 27 octobre 1914

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