17 Octobre 1914

17 octobre

Hier soir, j’ai reçu ta lettre datée du 5 octobre, je l’ai lue, relue avant de me coucher (car j’ai encore mon lit)  et je relis de nouveau avant d’écrire ces lignes. Quel plaisir elle m’a fait malgré ses douze jours de date, je vois enfin le service de la poste rattrape le courant ; comme tu l’as vu par mes lettres, je crois avoir reçu toutes les tiennes. S’il en est ainsi, c’est à dire si ce n’est qu’un retard, je vais reprendre mon ancienne habitude, d’écrire chaque fois que je le pourrais.

Tes nouvelles m’ont intéressé, l’affaire du fort saint Blaise notamment que d’autres lettres de parents confirmaient nous a fait plaisir. J’ai été émue, d’autant qu’il est possible maintenant de l’être au récit de la mort de ce pauvre Dubuisson, c’est bien là de la besogne allemande.

Tu as bien fait pour loulou, mais que t’a répondu M. Olivier ? Dis à Loulou de faire beaucoup d’efforts et d’autant plus que son maître pourra moins s’occuper de lui.

Merci chérie de tes bonnes paroles à l’occasion de l’anniversaire de notre mariage. Tu as vu par ma lettre du 7 octobre que j’y ai songé aussi. N’aie aucun regret, va, tu sais bien aussi que tu m’as parfaitement rendu heureux. C’est un arrêt dans notre bonheur que saurons récupérer, je ne répète plus, puisque tu as relevé le mot « en abuser ». A ce sujet ne crois pas que je me fatigue. Ces jours derniers ont été des vraies journées de farniente.

Si cela continue, je pourrai dire que c’est ici que je prends du repos. Le bruit du canon est incessant, les boulets tombent constamment à 500 mètres au plus du village, mais aucune tuile n’a été enlevée jusqu’à ce jour. Je pense que les Prussiens se figure que nous tenons ici leurs prisonniers et leurs blessés. Car nous ne tombons plus dans le même travers qu’à Crévic où naïvement on a déclaré à une étudiante que les blessés prussiens étaient évacués, ce qui a produit le lendemain le fameux bombardement de Maixe .

Enfin tu me réponds à ma question au sujet d’Eugénie. Embrasse-la bien pour moi. Et nos voisins. Et l’asile. Mais,( zut je ne me souviens plus de son nom.) Le jardinier ? Et . Bezernoze ? J’ai rencontré Henry, 2 ou 3 fois. Il avait bonne mine, il quittait le rang Mons pour venir me serrer la main. Je lui ai demandé chaque fois s’il avait besoin de quelque chose et en toute sincérité. J’aurais été heureux qu’il acceptât. Chaque fois il m’a répondu non. Depuis que nous sommes dispersés, je ne l’ai plus revu.  Tu me dis que la famille Guery est allé voir Raoul et Raymond !

Je vais cesser ma lettre et la faire partir aujourd’hui. Demain si cette vie continue je tends vers et une autre longue lettre. Je ne manque de rien, j’ai tout ce qu’il me faut. Mes chaussures me donnent toujours satisfaction. Si j’ai besoin de caleçons chauds ou chaussettes, je saurais en trouver, ne te tracasse pas.

1000 et 1000 baisers et à demain. Ton tout à toi

Jules Druesne

C’est très bien ta dernière adresse : ne plus mettre dépôt à Troyes. Mais simplement à la suite de mon grade régiment 20e corps d’armée mobilisé

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17 octobre 1914 (JMO du 37e RI)

Même stationnement, même mission que la veille.

Cartographie du 17 octobre 1914

 

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