16 septembre 1914

16 septembre 1914

Ma bonne Cécile

Décidément c’est du repos que l’on voulait nous donner.

Les nouvelles sont de plus en plus meilleures et notre rôle consistera à faire la chasse à moins que nous ne soyons immobilisés ici.

C’est un véritable changement : l’air est pur, il n’est pas vicié par l’odeur des cadavres et autres dont nous étions infestés là-bas. L’ennemi n’est pas passé par ici et notre séjour ressemble à celui des manœuvres. La pluie est tombée, mais j’étais à l’abri.

Ce matin, un cycliste me remet ta lettre datée du 11 septembre et que tu as terminée à Excelsior, lettres dans laquelle tu me dis que M.Roche va sans douter être appelé, que tu es triste…etc…

J’espère ma chérie que notre rencontre a dissipé tout cela et que de nouveau tu envisages l’avenir avec le même courage dont tu as fait preuve jusqu’à présent.

Ce fâcheux accident de l’automobile où pour éviter l’écrabouillement du gosse, je me suis fait presser à mon tour, m’a vraiment impressionné. J’ai vécu là une seconde terrible car il s’en est fallu d’un 1/4 de seconde pour que nous soyons écrasés entre la pièce de canon et l’autobus. Les officiers témoins de cette affaire n’en revenaient pas. Ma jambe ankylosée depuis ne garde plus qu’une petite place sensible, c’est fini. L’accueil que nous avons reçu à Nancy a enfin réussi à me dérider, mais que j’étais triste. Et cependant j’aurais dû être plus heureux, car réellement nous avons échappé à un véritable danger. Est-ce bête, après avoir vu la mort de si près, de risquer sa vie dans une circonstance aussi stupide. Quel bonheur quand même que tu n’aies pas pu voir la scène. Ah, j’entendrai longtemps le pauvre petit me dire : « Papa je n’ai rien ! »

Mais assez parlé de cette affreuse vision.

Comment es-tu revenue ? Tu as dû avoir froid. Vraiment j’ai manqué de toupet, car nous avions de la place dans l’autobus et certes tu aurais pu y tenir. Si j’avais su plus tôt que le commandant qui devait venir avec nous n’y viendrait pas, j’aurais été te rencontrer.

As-tu été cherche mes bibelots et ma tunique chez Beaulieu.. J’ai quelques lettres à nous dans la poche de la tunique.

T’ai je dis aussi que j’avais perdu ma médaille militaire ? J’ai dû la perdre le 1er jour de la mobilisation. C’est d’ailleurs la seule perte que j’ai faite.

Je t’ai griffonné hier une carte pour te dire sommairement mon arrivée ici. Comme tu vois, je complète. Les nancéens ont vraiment témoigné leur reconnaissance au 37e, partout les soldats recevaient des cadeaux. Une vieille femme pauvrement vêtue m’a offert 20 sous ; je l’ai envoyée (la vieille femme) à la voiture suivante composée de troupiers. Nous avons reçu du vin, des bonbons, du chocolat, du café chaud, du tabac, des allumettes, des cigares et cigarettes et une gerbe de fleurs. On l’a attachée au drapeau ! Je termine, ma chérie ente remerciant encore du bonheur que tu m’as procuré en venant à Dombasle. J’espère que tu ne t’es pas trop ressentie de ta fatigue. Tu me diras cela longuement dis ?

Je t’embrasse bien fort, bien fort. Ton bien à toi.

J.Druesne

J’ai un peu de temps, ,j’écris à Charles Poulet, à Gustave à Paris. La sous intendance vient d’envoyer un certificat rose au colonel, il repartira ce soir, à la sous intendance par la souris du régiment (?).

Je t’envoie une carte de madame Thiry, tu voudras bien la remercier et m’excuser de ne pas lui avoir répondu. Au moment où je ferme ma lettre, je reçois ta lettre du 7 septembre contenant la lettre de madame Poulet et le mandat de 20F. Que répondre ? Je ne change rien au mot que j’écris à Poulet.

Dans cette même lettre, je constate que tu es sévère pour l’adjudant-chef Tardy. Tu as été induite en erreur. C’est en effet un type dévoué. Il est officier d’approvisionnement et grâce à son zèle. Le régiment a presque toujours à manger, malgré les périls qui existaient parfois à amener les attelages sous le feu. Il m’a déjà rendu service pour ma popote. S’il est souvent à Nancy, c’est appelé pour son service de ravitaillement, mais on n’est pas prêt de l’y revoir et cependant sa femme accouchée est à la mort.

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16 septembre 1914 (JMO du 37eRI)

Le régiment stationne dans les mêmes conditions que le 15 au soir.

Cartographie du 16 septembre 1914

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