30 août 1914

Dimanche 30 août 1914

Ma chère Cécile,

Je saisis encore cette occasion pour te rappeler que je suis toujours là. Du reste en ce moment je n’ai grand mérite depuis trois jours, je flâne à la queue du régiment qui lui est couché, aussi bien de jour que de nuit dans les tranchées en pleine campagne. Je suis au passage des convois, c’est te dire que je ne manque pas de vivres. Si je n’avais plus tôt, vu de près ce qu’est la guerre, je dirais que tous ces bruits de canon qui ne se cessent de vous blesser le tympan, sont de la blague. En effet je ne sais ou bien l’ennemi nous considère comme quantité négligeable ou bien il nous ignore. Quoi qu’il  en soit, rien pour nous, c’est pour les hussards comme disent les troupiers, bien que les hussards ne soient pas plus atteints que les autres. Pourquoi d’autre part ce long stationnement ici, je l’ignore. J’au dû te dire que le 37e avait été renforcé c’est-à-dire avait reçu d’autres réservistes pour combler les vides. Malheureusement nous n’avons pas reçu de gradés et il en manque plus de la moitié. Sa marche quand même, les livres arrivent exactement quand on n’est pas trop loin des et limites. On sert de la viande fraîche admirable de qualité. Malheureusement encore pour des raisons ci-dessus qu’elle arrive parfois un peu tard de sorte que les hommes n’ont pas le temps de la faire cuire ; ils doivent la jeter et cet amas de charogne jointe à celle des chevaux et il faut le dire des morts ……n’embaument pas toujours l’atmosphère. C’est une chance inouïe ne pas voir la peste se déclarer. Avec cela les hommes (Est-ce parce qu’ils mangent trop ?) parsèment leur route de biens vénérables sentinelles ! C’est la guerre ! ! On ne sait ce que ce mot contient d’horreurs…

J’écris ici d’une fenêtre donnant sur la rue, le canon tonne sans relâche, et bien les enfants crient et jouent dans la rue, les femmes papotent avec les soldats les cependant beaucoup d’entre elles ont mari et enfants sous les drapeaux et la misère est au logis… C’est une éventualité qui ne vous atteint pas et c’est une consolation. A ce sujet ne manque pas de me dire comment le paiement des appointements s’est passé. Ne me cache rien, car le hasard des rencontres peut me mettre en présence de personnages auxquels ma situation actuelle permet de m’adresser. De plus je serai heureux d’apprendre que le paiement s’est fait sans difficulté en vue des mois suivants, si toutefois ça dure encore longtemps. Le jeune Franbry fils du chef de musique, passe, il veut bien te porter cette lettre. C’est dommage que ce ne soit pas demain car je lui aurais confié une centaine de francs que je toucherai demain. Je m’arrangerai pour te les faire parvenir. Je t’en embrasse 1000 et 1000 fois.

J.Druesne

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30 août 1914 (JMO du 37e)

Le régiment rest sur ses positions qu’il continue à organiser. De 10h à 12h le régiment est soumis à une vive canonnade venant des environs de la ferme de la Rochelle. De 12h à 14h canonnade ralentie sur Petite Maixe. A 17h Petite Maixe est bombardée violemment.

Rien à signaler devant le 37e pendant la nuit du 30 au 31 août. Un projecteur a été mis à la disposition du régiment.

Cartographie du 30 août 1914

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