29 août 1914

29 août

Ma chérie.

Dans ma lettre d’hier (1) je me suis un peu étendu sur les horreurs de la guerre et le tableau que je t’en ai fait et le vécu encore présent à mes yeux t’a peut-être effrayée. C’est que ma chérie si j’avais continué à te cacher ces horreurs peut-être ne m’aurais tu plus cru. C’est inconcevable qu’un endroit si gai, si riant tels que Crévic par exemple et ses environs aient changé d’aspect et un aspect aussi effroyable en si peu de temps ! !

Les nouvelles ici continuent à être bonnes, les blessés allemands encombrent nos ambulances et notre artillerie fait de terribles ravages parmi eux. La proportion chez nous est beaucoup plus faible.

Je t’ai dit hier que j’avais perdu le verre droit de mon binocle. Je peux écrire puisque c’est le bon œil, c’est un peu trouble, mais ça va. J’ai l’air d’avoir un monocle.

Je te disais dans cette lettre que tu trouverais sans doute dans les paperasses que j’ai apportées dans une corbeille en osier, le jour de mon départ : ma carte du format de celle-ci imprimé au nom de Maurice Frères. Sur cette carte est dessiné un lorgnon et sur chacun des ovales étaient indiqués les numéros de myopie. Si ce carton n’était pas dans la corbeille et on le trouvera sûrement dans mon bureau dans le tiroir intérieur, le tiroir du milieu. Pour atteindre ce tiroir il faut ouvrir le bureau c’est-à-dire baisser le devant. Il faudrait en recommander l’emballage car il pourrait m’arriver en morceaux. La paire de rechange que tu avais eu la prévoyance de me faire emporter est dans ma cantine et celle-ci dans le fourgon que nous n’avons pas vu depuis longtemps. Heureusement que j’ai reçu le paquet Weill, cela m’a permis de me changer. A propos de mes binocles, encore, on en trouvera sans doute une autre paire dans le tiroir dont je parle. Ce sont ceux du père Boulanger, à la rigueur ils pourraient m’aller et si on ne retrouvait pas la carte. Dans tous les cas, la monture et un verre au moins pourraient servir.

Mon stylo est à sec, je le ferais remplir quand j’en aurai l’occasion. Depuis 2 jours où je suis ici à la sortie de Sommervillers, côté Crévic avec mon drapeau. Le colonel est resté à Maixe. On s’attend à la reddition d’un corps allemand qui est cerné par notre artillerie. Depuis quelques jours, nous restons sur la défensive, c’est-à-dire nous attendons l’attaque des allemands et ceux-ci ont l’air d’en faire autant. De sorte que tout se réduit à un duel d’artillerie parfois terrible. En attendant notre venue à nous fantassins aussi on sert pas de cible et chaque jour passé je le considère comme un jour gagné.

Tout va donc bien. Reposé depuis deux jours, je suis frais et dispo car j’ai pu me débarbouiller en enlevant complètement ma chemise. Il y avait cinq ou six jours que je n’avais pas pu le faire.

Je cesse ma chérie et vais guetter au passage un voyageur qui voudra bien se charger de ma missive. Mille et mille baisers.

Ton affectionné

J. Druesne

Je n’ai pas le temps de relire, t’ai-je dit que la dernière lettre que j’ai reçue de toi  est datée du 13. C’est celle par laquelle tu m’envoyais les photos.

(1)  lettre qu’un droguiste d’Essey, Saint-Max a bien voulu se charger de poster à l’Excelsior

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29 août 1914 (JMO du 37e RI)

Le régiment reste dans le même situation que la veille. Il continue de fortifier sa position. Il est soumis au feu de l’artillerie pendant toute la journée.

L’organisation du régiment est la suivante: 3 lignes de défense:

1°- 1er bataillon au Nord du moulin de Deuxville appuyé en arrière et à gauche par Petite Maixe et en arrière et à droite par le moulin de Deuxville.

2°- Petite Maixe, hauteur au Sud de de Petite Maixe , Moulin de Deuxville.

3°- A occuper par les 1er bataillon, après son repli Hauteur Sud de Maixe dans la direction générale Petite Maixe, Chemin de terre passant par le moulin de Deuxville.

A 20h une vive fusillade s’est fait entendre du coté de Frescaty. Rien à signaler du coté du régiment.

Cartographie du 29 août 1914

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