13 décembre 1914

En tranchée 13 décembre 1914

Ma bonne et chère Cécile,

Excuse moi de ne pas t’en dire plus long aujourd’hui, je suis tout à fait mal logé, boite à courants d’air. Je ne dois pas rester ici et nous devons quitter ce  soir. Sera-ce mieux, sera-ce plus mal, comme logement bien entendu.

Nous venons d’être augmentés de 3 frs par jour à compter du 23 novembre.

Tu les mettras de coté ceux là, pour notre voyage de re-noce, à ma rentrée.

Bon Dieu! quel sale vent. Je n’ai pas chaud aux doigts. Je termine en t’embrassant plus tendrement que chaudement.

Ton refroidi aujourd’hui.

J.Druesne

_____________________________

Nuit du 13 au 14 décembre 1914

Chère et bonne Cécile,

Tu ne te douterais jamais d’où et à quelle heure je t’écris. Tu as vu ces nombreux moulins à vent qui décorent la Belgique? Je suis sous un de ces appareils. Je dis dessous. En effet, les moulins sont generalement montés sur un monticule. L’accès sous le moulin est ménagé par un souterrain pratiqué dans ce monticule et c’est là que je suis.

L’ouverture qui donne dans le moulin ouvert, crevé par les obus a été obstrué par mes soins. L’ouverture d’entrée a été bouchée par une porte d’armoire à glace et une autre. Il reste un boyau vouté courant de plusieurs mètres de terre qui défie tout obus. Mais le comble , c’est que je suis chauffé, chauffé au moyen d’un brasero chaudron en cuivre percé de trous dans lequel brule du coke. Et une douce température règne dans ce repaire.

J’ai fait apporter une table et étendre dessus du papier gris (j’en ai trouvé un gros rouleau dans le moulin). Cela donne un petit air de coquetterie qui loin de ressembler à celui du château voisin, jette un peu de charme dans cet antre ; les fondations d’un moulin à vent. Ah! Pauvre moulin! Ah pauvres idiots de prussiens! Ses ailes et sa pauvre carcasse ont servi de cible toute la journée, au dessous, au dessus… On jouait aux cartes!!

Ah! C’est une affaire entendue, je ne m’étonnerai plus de rien à la guerre. J’ai en ce moment, je te l’ai dit la charge d’un détachement. Tu connais le gout que j’ai toujours eu, ou plutôt l’engouement pour la nourriture des soldats: Je t’envoie sans commentaire le rapport que m’envoie le caporal d’ordinaire. Bien entendu, pour te faire une idée du spectacle, il faut te mettre dans l’idée des maisons démolies, incendiées, les églises anéanties avec chose bizarre, l’écurie intacte contenant volailles et bestiaux. Un boulet parfois fait une brèche et donne la liberté aux animaux qui errent dans la campagne jusqu’à réception d’un shrapnel ou la visite d’un boucher militaire qui sans souci de la permission du patron d’ailleurs émigré, saigne la bête. Parfois, et c’est le cas ici, le moulin à vent bien que percé à jour continue à dresser la tête et à garder ses ailes en X semblant vouloir fatiguer l’adversaire et si je ne craignais faire du roman, je dirais: c’est sublime, un moulin à vent qui sait ainsi se défendre, quand la maison de son patron est écroulée et n’offre plus d’autre refuge que la cave.

L’heure, je ne te le dis pas.  Les canons se taisent. Seule la fusillade aux tranchées claque de temps en temps. C’est une veillée peu banale. Cependant je vais faire étendre un peu de paille et m’allonger dans le sac de Gustave recouvert d’une couverture, de ma capote et d’un pardessus gris imperméable que vient de m’octroyer le gouvernement.

Après ma dernière pensée à vous tous chéris, après un baiser à mon chasse, pardon, à mon doux passe montagne. Je rêverais , car je dors aussi bien que je mange, que je marche et que je …. digère.

Le colonel hier, me disait que j’avais une mine superbe et ne voulait pas croire à mon âge. Il me réserve parait il une surprise. Je te demande donc la permission chérie de clore ma lettre demain, elle partira ou plutôt tout à l’heure.

Il ne fait pas froid et il n’a pas plu aujourd’hui.

Embrasse Loulou, dis lui encore d’être plus courageux et toi chérie reçois les meilleurs baisers de ton tout à toi.

J. Druesne

_________________________________________

13 décembre 1914 (JMO du 37e RI)

Sans changement.

Cartographie du 13 décembre 1914

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *