26 novembre 1914

Château de Boes… machin 26 novembre 1914

Ma chère et bonne Cécile

À ma rentrée de Dunkerque d’où je t’ai envoyé deux cartes, je trouve une carte ou plutôt trois cartes en une seule de Robert, puis tes deux lettres des 15 et 16 novembre.

Dans ses cartes, Robert s’étonne de n’avoir pas eu de mes nouvelles depuis le 4 puis me dit qu’au moment où il termine on lui apporte une lettre de moi. Toi tu me dis que tu as reçu quatre le même jour allant jusqu’au 7 dont une non datée. Par tes lettres je le vois, tu n’as pas encore reçu la nouvelle du décès de Raymond, et le récit du moment de mélancolie que j’ai eu la faiblesse de te faire connaître. Je le regrette, d’autant plus que l’arrivée de tes lettres retardées, je ne sais où, ont balayé ces tristes pensées. Comme tu l’as constaté depuis, il n’y paraît plus. Ta lettre du 16 novembre  par laquelle tu me dis que tu as enfin reçu mon fameux mandat de 300 Fr.,  est également venu me tranquilliser.

J’ai rencontré à Dunkerque un officier de Toul qui m’a dit que nous allions encore déménager ce serait je crois pour retourner dans l’Est. Seulement ce type là m’avait l’air d’un de ces “je sais tout” aux dires desquels je n’accorde pas beaucoup de confiance. Cependant c’est dans les choses possibles, d’autant plus que nos alboches ont l’air d’en avoir plein les bottes. Les nôtres sans être dans le même état, commencent aussi à désirer un peu de repos, car les pluies sont revenues et avec elle tous les ennuis qu’elle apporte. Dommage car les hommes s’était ingéniés encore une fois à rendre leurs tranchées presque chaudes et ils les aimaient  autant que les granges  ou remises sans toit qu’ils peuvent trouver maintenant par ici. Heureusement qu’avec cela on ne manque de rien. Cependant les souliers nous ferons bientôt ressembler aux soldats de Sambre et Meuse et les pantalons donc ? C’est curieux cet accoutrement, on les autorise à porter le pantalon de velours, de sorte qu’on en voit de tous les tons, pantalons larges de terrassier, pantalons vieux avec pièces …etc…  Bien entendu ça ne me concerne pas, ma femme de chambre veille à la moindre usure, sauf le petit trou du dernier shrapnell que j’ai reçu que je ne veux pas qu’on rebouche. Croirais-tu à ce sujet que la place où j’étais touché ( accident d’automobile à Dombasle) est encore un peu jaune, je m’en suis aperçu ces jours-ci en regardant la place de mon mollet qui est arc-en-ciel à présent.

J’ai fait un beau voyage à Dunkerque, ça fera l’objet de ma lettre de demain, demain dernier jour sans doute de notre séjour ici. Que le patron du château soit un mouchard ou non je f….. le principal c’est que son palais n’a reçu aucun obus et que les prussiens m’aient fichu la paix.

C’est tout de même étonnant peu de maisons sont indemnes et l’église est une passoire et le château qui est la grande construction n’a rien reçu. Après tout c’est peut-être parce que j’étais dedans ! Allons ma chérie, tends tes joues que je dépose un chaud et rigoureux baiser.

Encore une fois ne te fais aucun souci au sujet de mon bien-être. Sais-tu ce qui se passe en ce moment ? Et bien je t’écris. Oui mais pendant ce temps-là, mais pantoufles chauffent et je vais enfiler les pour descendre de mes appartements à la salle à manger où nous allons manger du poisson que j’ai rapporté de Dunkerque !!…

Et qu’en dis tu de celle-là ? Allons vite ton bec et à demain…

Ton vieux qui n’est pas encore de la vieille.

J.Druesne

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26 novembre 1914 (JMO du 37e RI)

Dans l’après-midi à partir de 15h, les allemands bombardent violemment le secteur du 2e bataillon, en particulier la gauche où se trouvait, sur la route de Bixshoote à Langhemarck, une petite maison dans laquelle s’était installée une section de mitrailleuses.

A la suite de ce bombardement, les allemands lancérent une attaque qui s’empare de la maison ci-dessus et fit reculer la 8e compagnie dont le front s’étendant à droite et à gauche de la route. La liaison à gauche avec les tirailleurs n’était pas assurée d’une façon suffisante.

Le mouvement de repli fut arrêté à hauteur de la maison de forge. La profondeur du terrain perdu fut d’environ 100 mètres et toutes les tentatives pour le reprendre furent inutiles.

Cartographie du 26 novembre 1914

 

 

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