Les lettres d’Auguste mai 1920

Lettre à en-tête du Royaume du Cambodge- ministère des Beaux-Arts

Le Directeur de l’École des Arts Cambodgiens à M…
Phnom-Penh le 3 mai 1920

Mon cher oncle,

Je n’ai pas eu de lettres de Malzéville par ce courrier. J’espère que les santés sont toujours bonnes. Je viens de passer les quinze jours de l’an cambodgien chez un de mes camarades de Kompong-Siem, un charmant petit endroit à 45 kms de Phnom Penh et j’ai pu faire une grande toile du Syen, il était presque à sec mais malheureusement il y avait encore assez d’eau pour m’empêcher de voir la statue qui est dedans. C’est le génie tutélaire du pays, il parait quelle est fort belle et de l’époque Angkoréenne du règne d’Indravarman (750 après J.C.). Les bonzes nous ont autorisé à la sortir mais les populations s’y opposent autant qu’elles le peuvent faire. Les plus grandes calamités tomberont sur le Cambodge si on y touche. Je tacherais d’en faire une photo et je la laisserai dans le fond du Prek (?). Malheureusement la saison des pluies approche et ce sera pour l’an prochain. nous sommes en plein dans les fêtes d’entrée de saison des pluies, après fête du printemps, après fête de l’invocation à la terre, tout le mois va y passer. C’est la nuit que tout se passe ou à peu près alors on peut y aller , il fait frais. Mais les journées commencent à être dures, il y en a encore pour un mois de chaleur. Heureusement que j’ai un panka électrique dans mon bureau. La mousson du sud ouest n’est pas encore installée et nous l’attendons avec impatience. En août je pars à Angkor avec un groupe d’élèves et le photographe de la boîte. Nous allons faire des moulages pour envoyer dans les musées et les écoles de France. Je t’enverrai des photos. Tu recevras par ce courrier les dessins cambodgiens, ce sont des modèles que les élèves apprennent avant de passer dans un atelier peut-être pourront-ils te servir à quelque chose. J’espère que la vie s’améliore pour vous en France. Je reçois des nouvelles de Toulon et il me semble pas que cela marche très bien. Enfin je pense que tout cela s’arrangera. Je partirai pour la France en janvier 1922. C’est encore loin, je pense aller d’abord à Alger où ma mère va se fixer et je monterai dans le nord vers le printemps. je pense aller en avril à Toulon chez des amis et en mai j’irai à Nancy passer un mois avec vous. Ce qui me ramènera en septembre au Cambodge juste pour la bonne saison.
A bientôt de vos nouvelles, je t’embrasse affectueusement ainsi que tout le monde.
A.Silice

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