Agathe, l’enfant trouvée (1803-1855)

La première fois que je l’ai “rencontrée”, c’est dans l’acte de naissance de sa fille Victorine  le 30 septembre 1837, elle a 34 ans.
Comme toujours lorsque je veux en savoir plus sur un ancêtre, je parcours les registres à la recherche de frères et soeurs, puis de l’acte de mariage des parents J’ai ainsi trouvé l’acte de mariage de Jean Moisson et d’Agathe Flin qui a eu lieu le 2 janvier 1834. Et là je suis allée de surprises en surprises!
“le Sieur Jean Moisson tonnelier domicilié de droit  en cette ville de Nancy et de fait à Malzéville, âgé de 28 ans….. fils de Jean Moisson meunier absent et dont le domicile actuel est inconnu, ce  qui est constaté par acte de notoriété en date du 9 décembre dernier reçu par-devant le Juge de paix du  canton de Chateau-Salins, et de Christine Bize son épouse, journalière domiciliée à Salonnes, ici présente et consentante. D’autre part Agathe Flin, cuisinière, domiciliée en cette ville de Nancy, âgée de trente ans, comme il  conste de son acte de naissance inscrit le 23 février 1803 sur les registres de cette ville, délivré par extrait en bonne et due forme par le Maire, fille de père et de mère inconnus…….. Déclarons au nom de la loi que le sieur Jean Moisson et Agathe Flin sont unis par le mariage et à l’instant les époux sus dits ont déclaré reconnaître et légitimer par le présent mariage, un enfant de sexe masculin né d’eux et de leurs œuvres en cette ville de Nancy le trente et un octobre dernier à sept heure du soir, inscrit sur les registres de l’état civil sous les prénoms et noms de Joseph Claude Renaudin…. en présence des Sieurs, 1°: Nicolas Bize âgé de 69 ans propriétaire domicilié à Salonnes, ayeul de l’époux, 2°……..et ont les parties contractantes et les témoins, signé avec nous après lecture et collation faite, la mère de l’époux ayant déclaré ne savoir signer de ce interpellée.”
Avec cet acte me voici donc avec plusieurs pistes et plusieurs énigmes.
D’abord, Jean Moisson le père du marié qui est absent… ce qui signifie qu’il a quitté le domicile conjugal et que j’ai peu de chance de trouver des informations sur sa vie après le mariage de son fils à moins de chercher dans toutes les communes de France…
Ensuite, je découvre que Agathe est fille de père et de mère inconnus! Je m’empresse alors de chercher « l’acte de naissance » et je tombe alors sur ceci:
“Mairie de la ville de Nancy, arrondissement communal de Nancy, département de la Meurthe, du quatre ventôse, l’an onze de la république française (23/2/1803), acte de naissance d’Agathe FLIN, trouvée exposée le trois du courant sur terre à sept heures et demi du soir, près de la porte d’entrée de la maison de secours établie en cette ville, rue de la révolution, laquelle a été reconnue être femelle paraissant âgée de six mois de vie ainsi qu’il est constaté par le procès verbal dressé le dit jour par le citoyen monsieur le commissaire de Police en cette ville et dont la teneur suit:  Aujourd’hui trois ventôse l’an onze de la république française à sept heures et demi du soir, nous soussigné commissaire de Police de la Ville de Nancy, sur la vie que nous avons reçu du citoyen Jean MILLET, concierge de la Maison de Secours de la dite ville de Nancy, rue de la Révolution qu’il vient de trouvé un enfant exposé et abandonné près de la porte d’entrée de la dite maison, nous nous sommes transportés sur les lieux ou étant. Nous avons fait développer cet enfant, il s’est trouvé du genre féminin, paraissant être âgée de six mois. Il avait la tête couverte d’un bonnet piqué blanc garni de linon, une chemise garnie au col de mousseline festonnée, un petit casaquin de flanelle, une bande de toile rayée bleu et blanc, une paire de bas de laine blancs et un seul soulier de peau jaune. Après les dites reconnaissances, nous avons fait transporté l’enfant à l’hospice de l’enfance de la patrie, nous réservant de la présenter dans le jour de demain à l’officier public de la commune pour faire constater son état civil. De tout quoi nous avons dressé le présent procès verbal pour servir et faire valoir ce que de droit.  Fait à Nancy, l’an, mois, jour et heures avant dits. signé SIBIEN
Sur la réquisition à nous fait par le citoyen Nicolas SIBIEN, commissaire de police en cette ville, en présence des citoyens: René LEGAULT âgé de soixante cinq ans, ancien marchand demeurant en cette ville rue Descartes et Claude Joseph BERNARD, âgé de trente deux ans, coursier demeurant en cette ville, petite rue du Temple, et ont signés”
Emouvant et bouleversant!
Evidement ce genre d’information indique que l’on a peu de chance de remonter plus haut sur cette branche. J’ai voulu tout de même en savoir plus, j’ai alors consulté les registres de la maison de secours qui hélas présentait une lacune au niveau des années 1802 à 1804. J’ai quand même feuilleté les liasses de documents d’abandon… On y trouve des petits mots indiquant le prénom de l’enfant et précisant s’il est ou non baptisé, parfois un ruban ou une médaille y est attachée et sur la fiche de l’enfant est noté la façon dont il est habillé et éventuellement s’il a été placé par la suite. Il semble évident que si Agathe ne possédait qu’un seul soulier, c’est que sa mère avait gardé l’autre pour pouvoir éventuellement retrouver son enfant lors de jours meilleurs…Cétait souvent le rôle des rubans, médailles ou autres objets laissés près de l’enfant.
Pour ce qui est du nom, j’ai appris qu’il était choisis arbitrairement (prénom du parrain ou saint du jour, référence aux circonstances de l’abandon ou aux vêtements portés).
Je perds donc l’espoir d’en savoir plus sur Agathe, quand à la relecture de son acte de mariage, je note qu’un enfant a été reconnu (Joseph claude RENAUDIN) par les deux mariés mais qu’il porte ni le nom de sa mère , ni celui de son père… Je recherche donc l’acte de naissance de ce Claude joseph né 3 mois avant le mariage de ses parents. Et là une fois de plus je perds un peu le fil… Dans cet acte de naissance il est écrit: “…Anne Françoise jacquemin, sage femme domiciliée à Nancy a déclaré que le 31 octobre 1833 à 7 heures du soir Marguerite RENAUDIN âgée de 28 ans native de Lesse arrondissement de Chateau-Salins, domestique, domiciliée en cette ville de nancy, fille du défunt Pierre Renaudin vivant tisserand et de jeanne VACQUIER son épouse est accouchée en cette ville …d’un enfant de sexe masculin qu’elle nous a présenté, auquel elle a déclaré donner les prénoms et noms de Joseph Claude RENAUDIN…”
Me voilà devant de nouvelles questions: Agathe FLIN et Marguerite RENAUDIN sont elles la même personne??  Si oui, ses parents l’ont-ils récupérée ?? Ou Agathe a-t-elle été adoptée par les RENAUDIN?? Ou Agathe FLIN a-t-elle adopté Joseph Claude ??  Sur l’acte de décès d’Agathe je lis qu’elle était née à Lesse… Le mystère reste pour l’instant entier,
Avez- vous des idées?

Généalogie d’Agathe

11 thoughts on “Agathe, l’enfant trouvée (1803-1855)

  • at
    Permalink

    Je n’ai pas le temps de tout lire pour l’instant. J’ai survolé. C’est un travail et un sujet remarquable qui mériterait d’être étoffé et édité. Je suis depuis longtemps passionnée par ces anonymes (ils ne le sont pas pour les proches ou les connaissances) qui font l’histoire. On apprend toujours beaucoup par leur journal (les critiques élogieuses de celui de Jules Renard m’ont parues surfaites) ou leur correspondance.
    Je suis aussi intéressée par la généalogie et l’histoire de ma famille (du côté écossais ce serait difficile et cela m’intéresse moins) mais il faudrait sans doute que je me déplace et vive un certain temps près de Moulins, difficile à mettre en oeuvre…
    Continuez !

    Reply
  • at
    Permalink

    très intéressant votre histoire de cette Agathe.
    Pour votre dernière énigme, je pense qu’il faut d’abord chercher le décès de Marguerite RENAUDIN s’il existe

    Reply
  • at
    Permalink

    C’est une idée géniale que vous avez eue, Christine. Cela donne envie aux généalogistes comme moi de pouvoir connaitre aussi bien ses ancêtres.
    Quelle chance d’avoir ces photos !

    Bonne continuation.

    Reply
  • at
    Permalink

    Voici une piste:Il vous faut chercher à nancy,puis autour dans les communes environnantes la naissance d’une fille de mère célibataire ou d’une femme se retrouvant veuve et donc en difficultés pour devoir abandonner son enfant.A mon avis ,l’époque ne se prête pas à de grands déplacements;partant le matin elle ne peut effectuer qu’une vingtaine de km.La recherche doit se situer dans une période maximum de 9 mois avant la déclaration de la découverte par le concierge pour ne pas s’écarter de sa naissance et sur 5 mois à savoir du 1er Juin au 31 octobre de l’année 1802,ce qui me semble une bonne marge pour garder la possibilité de la retrouver.S’il y en a plusieurs,les éléments vestimentaires vont devoir vous aider à enquêter.L’enfant semble être d’un milieu hors pauvreté même si sa mère est une servante de famille « aisée ».On peut imaginer que l’oeuvre est dûe à un Maître de céans ou son fils,ect…
    Ce n’est qu’une supposition,elle vous occupera certes,mais on ne sait jamais !
    Bien cordialement G.N.

    Reply
  • at
    Permalink

    Bravo pour votre sens des recherches, c’est digne de Sherloch Holmes …
    Mon AAGM maternelle est également une enfant trouvée à Chateau Gontier en 1819 et je suis frustrée de ne pas pouvoir remonter son ascendance;
    Mettre en valeur le peu de renseignement que nous avons sur ces enfants trouvés, c’est leur rendre hommage car ils ont dû souffrir de leur statut d’enfant abandonné.
    Mon anêtre a été placée rapidement dans une famille paysanne. Quand elle eut 7 ans, cette famille se charge de l’élever gratuitement. Je ne sais pas si ils l’ont adoptée ou si la rémunération s’arrête automatiquement?

    Cordialement

    Annick

    Reply
  • at
    Permalink

    Bravo pour votre façon de raconter que j’apprécie beaucoup. Coimme j’aime trouver les énigmes en ayant moi-même déjà résolue une je réfléchi sur cette histoire.
    Effectivement l’acte que l’on dit de naissance d’Agathe Flin du 23 Février 1803 n’est en réalité qu’une déclaration d’enfant trouvé qui avait déjà dans les six mois. A cette époque un enfant peut-il être resté dans la clandestinité pendant six mois?
    De plus elle semble être issue d’une famille assez aisée. Elle a donc vraisemblablement été déclarée à sa naissance. Peut-être comme enfant née de père et mère inconnus, peut-être déclarée seulement par sa mère Jeanne Vacquier et reconnue et légitimée plus tard par le père Pierre Renaudin ? Vraissemblablement Agathe viendrait de Lesse.
    Dans son acte de mariage elle a presque 31 ans, née en 1803, alors qu’un peu plus loin l’on indique qu’elle aurait 28 ans le 31 Octobre 1833 à la naissance de son fils.
    Il faut chercher à Lesse la naissance d’un enfant de sexe feminin aux environs de 1802 jusqu’en 1805 , par sécurité un peu avant un peu après . L’on doit trouver quelque chose car Marguerite Renaudin est indiquée
    née à Lesse dans l’acte de naissance de son fils et comme vous le dite, dans son acte de décès où je pense elle est déclarée sous le nom d’Agathe Flin ?
    Agathe Flin et Marguerite Renaudin semblent bien être la même personne . Peut-être l’état civil n’a-t-il visé dans l’acte de mariage que les pièces qu’on lui présentait, à savoir la déclaration d’enfant trouvé alors qu’à la naissance du fils quelques mois avant une autre pièce d’identité ( acte de naissance, acte de reconnaissance) a pu être présenté; A cette époque l’on ne cherchait pas midi à 14 heures.
    Quoi qu’il en soit Joseph Claude Renaudin est bien le fils né des oeuvres de Jean Moisson et Agathe Flin, né avant mariage et déclaré par la mère ‘ Agathe alias Marguerite ?

    Reply
  • at
    Permalink

    bonjour
    c’est vraiment très intéressant! j’ai moi aussi un ancetre abandonné a nancy dans ces années là!
    comment avez vous trouvé son acte de naissance?
    merci!

    Reply
  • at
    Permalink

    Bonsoir ,
    mais quelle histoire ! A la lecture de l’acte de naissance de Joseph Claude RENAUDIN, il m’est spontanément venu à l’esprit que la naissance a été attribuée à quelqu’un d’autre, la fameuse Marguerite RENAUDIN, qui aurait alors rendu un fier service à Agathe en tenant le rôle de « fille-mère ». Ou alors, elle a pris le risque de faire une déclaration sous une fausse identité, il faudrait voir si la sage femme officie beaucoup dans le quartier à la même époque, pourrait-elle ne pas avoir connaissance de l’identité réelle de l’accouchée. C’est un peu tiré par les cheveux, mais un changement de Prénom ET de nom semble extrême. Si ses parents l’ont récupérée, pourquoi ne porte-t’elle pas le nom de ses parents à son mariage ? Peut-être auriez vous des informations en consultant les recensements de la population, il me semble qu’à cette époque il y en avait : on y trouve les noms de ceux qui vivent sous le même toit et leurs fonctions dans la famille… Quoi qu’il en soit, cela fait de belles recherches à venir !

    Reply
  • at
    Permalink

    Bonjour
    J’adore ce genre d’histoires, j’ai une arrière arrière grand mère abandonnée à la naissance, avec de belles légendes familiales autour. Dans votre cas il sera peut etre possible de remonter la piste, si elle a été récupérée, mais il serait étonnant que ce ne soit pas mentionné sur son acte de mariage. Alors bon courage et bonnes chances dans vos recherches

    Reply
  • at
    Permalink

    Bonjour,
    Si Agathe a été abandonnée alors qu’elle avait 6 mois, elle avait surement été déclarée par ses parents à sa naissance. Il faudrait chercher si un acte de naissance peut correspondre, peut-être du côté de Lesse, donc. Et l’acte de naissance de cette Marguerite Renaudin permettrait de savoir s’il peut ou non s’agir de la même personne (si elle avait à peu près 6 mois lorsque Agathe a été trouvée).
    Quant à savoir pourquoi elle aurait changé de nom pour son accouchement, c’est plus énigmatique !

    Reply
  • Pingback: La Gazette des Ancêtres | Portraits de généablogueurs : Théo, Zoé, Léo et les autres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *