La brouille – 19 mai 1919

Je ne pensais pas recroiser Léopold lors d’un rendez-vous Ancestral! C’est pourtant bien dans le jardin de Malzéville que je me retrouve, Léopold remonte du jardin tout en longueur, il est songeur voire soucieux.

Il me reconnait mais est aussi surpris que moi de cette nouvelle rencontre. Très vite après  ces retrouvailles, je vois bien qu’il a envie de parler de ce qui le tracasse.

« Je m’inquiète pour Auguste et Hubert » Il s’agit de son neveu dont j’ai parlé plusieurs fois et de son frère.

« Sais-tu qu’ils ne se parlent plus depuis qu’Hubert s’est remarié après son divorce ? » Je le sais, il en reste des traces dans l’histoire familiale.

« Nous n’avons pas compris le choix d’Hubert lorsqu’il s’est marié avec cette veuve Cervelle » Je sens à son ton, malgré son caractère doux, qu’il n’apprécie pas sa belle sœur.

« Déjà, avant de se marier avec mon frère, elle avait fait la une dans la presse en 1895 parce qu’elle avait tiré sur un fiancé alors qu’elle habitait à Constantine . Elle avait eu affaire à la justice! Mon frère Hubert s’est marié avec elle à Paris en 1899 et comme elle n’appréciait pas Auguste qui avait 19 ans, elle a voulu le faire mettre en maison de correction parce qu’elle pensait qu’il se faisait entretenir par une femme ! A partir de ce moment Auguste et Hubert se sont fâchés »

Il reprend son souffle.

« Cela fait 20 ans qu’ils ne se parlent plus, Hubert ne va pas très bien et Auguste est si loin depuis qu’il est parti au Cambodge! » Il y a de la tristesse dans son regard.

« En 1907 et 1908, cette femme nous a fait vivre des moments difficiles. Le nom de Silice faisait la une de la presse à nouveau à partir du mois d’octobre 1907, car elle avait écrit à un magistrat et à un ministre des menaces de mort. Elle a d’abord été arrêtée, puis conduite à l’asile de Maréville pour observation et vérification de son état mental.

Ils ont jugé qu’elle avait toute sa tête, ce dont je doute, et elle a dû retourner à la prison Charles III de Nancy.

Je n’ose dire mon nom car aussitôt on me demande si je suis de la famille de cette dame. Mais je ne vais pas te raconter toute l’affaire, il te suffit de lire le journal .

Je te passe les changement d’avocats, les colères et les crises de nerfs de la dame devant le tribunal. Tout le procès était dans l’Est Républicain.

Elle n’a pas été condamnée car le tribunal a souhaité qu’elle soit à nouveau examinée par des médecins et elle a été déclarée irresponsable. Du coup la dame a fait appel, puis n’ayant pas le verdict escompté elle s’est pourvue en cassation. Le Jugement cassé, le procès a été rejugé à Besançon et la veuve Cervelle a été condamnée à 1 mois de prison avec sursis. Non satisfaite elle s’est à nouveau pourvue en cassation … J’ai ensuite cessé de suivre les aventures de cette femme. Je ne vois du coup que très rarement mon frère. »

Il a raconté tout cela presque d’une traite comme on vide un trop plein d’émotion. Je comprends maintenant sa tristesse. Il semble s’être un peu apaisé et avoir oublié ma présence, je m’éclipse…

Hubert Henri Joseph, médecin militaire à la retraite décèdera quelques jours après cette rencontre le 6 juin 1919. C’est Léopold qui écrira à Auguste pour lui annoncer la nouvelle. Voici la réponse d’Auguste:

« Je reçois ta lettre du 12 juin qui m’apprend la mort de mon père et j’ai un grand chagrin.
Il y a bien longtemps que pour mon compte tout était oublié et j’aurais bien voulu le revoir. Si j’avais su où il était pendant la guerre je lui aurait écrit car j’avais pour moi la peur d’être tué sans lui avoir envoyé un mot de réconciliation et puis c’est lui qui part le premier sans savoir tout ce que j’avais gardé pour lui dans mon cœur et de penser qu’il a pu croire à sa dernière heure que je l’avais oublié c’est pour moi plus triste que tout. Tout ce que tu a fait est bien et je t’en remercie. »

 

Cet article a été rédigé dans le cadre du #RDVAncestral, un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. En savoir plus.

 

Hubert Henri Joseph SILICE
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17 mars 1818 aux Feuillantines

Les giboulées ont cessées juste après le repas. Il ne fait pas très chaud mais les trois enfants Foucher Victor Adrien 16 ans, Adèle 15 ans et Henry Paul 8 ans n’ont pas résisté à l’appel du jardin des Feuillantines, surtout qu’ils sont accompagnés de deux des fils de leurs voisins Hugo, Eugène 18 ans et Victor 16 ans. Depuis quelques temps ces derniers vivent tous deux avec les Foucher.

Pierre Foucher est secrétaire du tribunal permanent de la dix-septième division militaire et sitôt le repas terminé, il est repartit au bureau.

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Le jour de la sainte Ursule

Il n’avait pas fait plus de 5° pendant la nuit mais le soleil commençait à percer le brouillard qui montait de la vallée de la Meurthe. Je longeais une vigne qui n’avait plus une grappe depuis plusieurs semaines. Au bout du chemin, j’aperçus l’asile de Maréville et c’est là que je vis le facteur avec sa besace qui semblait silourde! non pas de son poids réel mais de ces lettres et de ces cartes dites de correspondance venant du front, remplies de bonnes et surtout de mauvaises nouvelles. C’est lui qui m’informe que nous sommes le jour de la sainte Ursule et le 21 octobre 1914. Read more