B comme bagnard

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« Eu – vue générale »
L’enfance à Eu

« Amen » finit le curé de la paroisse St Jean à Eu en Seine Maritime, il vient de baptiser  Jean Laurent Leclerc né le jour même, le 28 août 1790. Seuls sont présents le parrain et la marraine, le père  Jean Charles Noël Leclerc, couvreur en tuiles est absent , sans doute sur un chantier.  La mère, Marie Rose Jazé se remet de l’accouchement.

Jean Laurent est le 3eme  garçon après Jean Dominique (mon ancêtre) né en 1783 et Boniface né en 1788 et sera suivi d’une soeur Florence née en 1801 et de deux autres frères François Gustave né en 1806 et Gustave François  né en 1807. Jean Dominique et Jean Laurent apprennent sans doute le métier de couvreur avec leur père, le premier  sera  couvreur  en ardoise et Jean Laurent couvreur en tuile comme son père.

En 1811, Jean Laurent rencontre Marie Catherine Véronique Cyr, elle a 28 ans, ils se marient le 23 juillet 1811 à Eu. Deux petites filles  Rose Victoire et  Elisa Flore viennent agrandir la famille en 1812 et 1814.  Mais Jean Laurent a-t-il des besoins d’argent?

Rouen, Palais de justice, corps de bâtiment ouest. copyright Inventaire général 1990 / ADAGP Miossec
La condamnation

Il commet « plusieurs vols dans des maisons habitées à l’aide d’effraction« . Arrêté, il est condamné à la cour d’assises de Seine Inférieure à Rouen le 15 novembre 1814 à 15 ans de bagne.  Il mesure alors  1.70, ses cheveux et sourcils sont bruns, sa barbe brun clair, et  son visage ovale est étroit du bas, son front est ridé, et ses yeux bruns.

Il arrive au bagne de Rochefort le 17 juin 1815, inscrit  sous le n° de matricule 6664 à la chaîne du nord.

La dureté du traitement ou les fièvres le font entrer à l’hôpital de la Marine le 21 mars 1818, installé dans la salle 9, il y meurt le 24 août 1818.

« Le bagne rochefortais se distinguait des autres établissements de travaux forcés en raison d’une faible profondeur de la Charente. « Les bagnards étaient à la disposition des 10 000 ouvriers de l’Arsenal, qui construisaient les bateaux. Ces bateaux d’alors ne pouvaient être lestés ni par le gréement, ni par la mâture. Cela les alourdissait, jusqu’à ce que la quille racle le fond, à seulement 6 mètres. Les mâts étaient donc installés sur l’île d’Aix. »

Pour rejoindre le chantier insulaire, chaque navire était tiré à la force des bagnards, attachés à une cordelle sur chaque rive. « Dans les méandres, une de ces cordelles pouvait se détendre sur une rive, avant de se tendre subitement, prenant à revers une centaine de bagnards, littéralement fauchés et qui mouraient sur le coup. »

Au rayon des monstruosités, Rochefort expérimenta aussi la phrénologie, cette théorie barbare selon laquelle les bosses du crâne refléteraient le caractère d’un être humain. Difficile de contenir un petit frisson quand André-Roger l’évoque : « On voulait savoir s’il y avait un rapport entre la mentalité des bagnards et leurs os crâniens. Les bagnards décédés servaient donc de cobayes à l’hôpital de la Marine. Il fallait aussi établir une liste des futurs voleurs. » 

Une salle-dortoir du bagne de Rochefort

Un petit pécule

Toutefois, c’est dans cet enfer rochefortais qui fut mis en place un dispositif précurseur : la fabrication par les bagnards de petits objets qu’ils pouvaient vendre à des bourgeois libres de déambuler dans le bagne… Ou comment les prisonniers pouvaient se constituer un pécule avant leur sortie.

Lorsque Louis XIV a supprimé les galères, en 1748, il a « reclassé » les galériens en créant les bagnes. Celui de Rochefort pouvait contenir 1 700 forçats, soit près de 6 % de la population de l’époque. « Sur les 25 000 bagnards passés à Rochefort, 20 000 sont morts », précise l’auteur. Au cours de ces sombres années, on n’avait pas encore inventé le bracelet électronique, pas plus que le tee-shirt humiliant pour petits délinquants ou le quartier carcéral, réservé à une catégorie de détenus.

« Il y avait les bonnets verts, condamnés à vie, et les bonnets rouges, que l’on disait condamnés à temps (pour une durée déterminée, NDLR). Rare sont les bagnards qui parvenaient à survivre plus de quinze ans. »

Horribles châtiments

Entre leurs murs, aussi sinistres que lugubres, les malheureux pouvaient aussi subir quelque châtiment. Pour une insulte ? « C’est la cellule, première des punitions », indique l’ancien professeur. Pour une bagarre, ou un refus de travailler ? « Là, c’est la bastonnade. Un câble goudronné était utilisé de 20 à 40 fois pour battre le bagnard. » Vient ensuite la double chaîne, c’est-à-dire la jonction des chaînes (sans boulet, contrairement aux idées reçues) de deux détenus. « Ils pouvaient rester enchaînés l’un à l’autre pendant plus d’un an », précise l’auteur, qui n’étonnera personne en annonçant la peine ultime : la guillotine. (article du Sud-Ouest).

Plus d’informations sur le bagne de Rochefort : la vie au bagne de Rochefort sous le premier Empire d’où est tiré l’image de la salle-dortoir.

Eu vue générale sur sur http://www.patrimoine-normand.com

Jean Laurent LECLERC
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3 thoughts on “B comme bagnard

  • 7 juillet 2017 at
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    La vie du bagnard était une chose, mais la vie de l’épouse et de ses deux petites filles n’a pas dû être facile !

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