Jules à Cécile: 26 et 28 août 1914

* Les lettres de Jules, - Correspondance, - Guerre 1914-1918, - XXe siècle 1 Mot »

26 août 11h du matin en plein champ
Cher tous
Je continue à être en bonne santé et animé de la plus vive ardeur surtout en présence de nos succès. Nous les poursuivons encore ces cochons-là.
Mille embrassades
J.Druesne
Quelles belles choses nous faisons au 37e, les braves gens.
Carte aux bons soins de Madame Thiery
Café excelsior.

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Sommervillers, 28 août 1914

Ma chère Cécile

Tu as dû recevoir les lettres que je t’ai écrites par l’intermédiaire de Me Thiery d’Excelsior et par un jeune homme de Nancy.
Depuis, nous avons été fortement occupés. La guerre bien que n’étant en vigueur depuis peu de temps, m’a permis d’envisager toutes les horreurs dont elle est cause. Notre régiment très brave a été très éprouvé, l’effectif est réduit d’une bonne moitié. Mais des prisonniers que nous faisons, des blessés allemands que nous soignons et des morts que nous enterrons, nous pouvons dire que les pertes des autres sont terriblement supérieures. Je ne comprends rien, et je ne suis pas le seul, à leur tactique. Leur plan est de nous attirer sur des points où à l’avance, ils repèrent les distances. Ce truc n’a que trop réussi, car il est de règle en France de poursuivre un succès, de sorte que les téméraires comme nous allaient s’y brûler les ailes. J’ai vu le danger à plusieurs reprises, sans le rechercher, mais sans m’y soustraire. Certes des malheureux ont été sacrifiés après moins d’expériences que je n’ai subies et c’est là le malheur de succomber par un projectile lancé par un adversaire que l’on ne voit même pas.
Tout cela me fait augurer ma chérie que ma bonne étoile me prodiguera, la santé, l’humeur, l’appétit, l’endurance, excellents contribuent à cet excellent état de choses.
Clément, mon compagnon d’armes, vient de recevoir la nouvelle de la mort de sa mère. De plus, il vient d’être blessé au genou par une balle française, sur un accro. La blessure n’est pas assez grave pour motiver l’évacuation, mais elle est suffisamment pour le gêner dans la marche. Il se déprime et, malgré mes efforts, je ne réussis pas à lui ramener sa gaieté habituelle.
J’ai vu Crévic, j’ai vu Charles et sa femme et après l’histoire idiote que l’on m’avait racontée. Tu devines que j’ai été heureux de les embrasser. Le pauvre vieux ne savait quoi fourrer dans mon sac : vin, eau de vie, etc…. J’ai fait des heureux car l’eau-de-vie me répugne. Maria, m’a-t-il dit, doit être à la maison. Elle a bien fait, les prussiens n’ont aucune retenue.
C’est abominable de ce qu’ils ont fait tant sur les personnes que sur les biens. Plus de quarante maisons dans ce coquet village sont entièrement canonnées, c’est navrant et j’en ai pleuré comme un enfant, cependant les lueurs de l’incendie nous avaient éclairé pendant deux nuits.
Hier matin, j’ai pu visiter les blessés allemands. J’ai réussi à prendre aux fourgons quelques miches de pain et je les ai distribués par tartines si tu avais vu comment ces malheureux se précipitaient sur ce pain sec ! Certains avaient d’affreuses blessures. J’ai trouvé un magnifique sac d’outils de chirurgien et l’ai gardé quelque temps pensant le remporter pour Robert. Mais j’en ai été embarrassé et je l’ai donné à un jeune médecin du régiment sous la réserve qu’il me le rendrait en rentrant à Nancy. Tu vois, je ne vole pas les pendules moi…
À côté des blessés dont je viens de parler se trouvaient les morts laissés par les allemands. Il y avait des attitudes affreuses. L’un était à quatre pattes si on peut dire mais avec un membre dirigé dans une direction contraire à sa position normale. On aurait dit le bébé articulé que Loulou avait dans le temps et auquel on donnait aux membres des positions abracadabrantes. Çà et là des chevaux tirés en pleine course gonflent en attendant leur enfouissement, certains restent absolument dans l’altitude du galop qu’ils avaient au moment où ils ont été frappés. Quel spectacle !!
Mais chérie si je te dépeins en termes un peu noir, peut-être, la situation, sache que rien n’ébranle ma volonté ni ma confiance. Nous jouons un peu à l’accordéon , c’est-à-dire avançons et reculons mais c’est de la stratégie qui nous permet de tirer à coup sûr. Les résultats d’ailleurs prouvent que cette théorie est la bonne. Chaque jour écoulé est un jour gagné sur l’Allemagne. Malheureusement nos populations Lorraines écopent trop. C’est la misère. Nous pénétrons dans les maisons abandonnées ou le bétail crève de faim et c’est bizarre, alors que le ciel est zébré par les obus et que le bruit est assourdissant, d’entendre le coq chanter et les poules glousser sur le fumier.
 J’ai vu la mort de près, seul avec ma garde marchant un peu espacés. Quatre énormes obus sont venus tomber en même temps l’un en avant, l’autre en arrière les deux autres à droite et à gauche, à moins de 40 m d’intervalles creusant autour de nous des trous suffisants pour recevoir notre logette (?), je me suis couchée d’un seul coup par terre, recevant pendant quelques secondes des paquets de terre sur le dos. Mais sans une égratignure. Ma pensée, ma Chérie, à ce moment cependant si tragique est allée à toi, je vous voyais tous les 3 et c’est drôle, autour de moi descendant la côte de Ville d’Avray.
 Sans…………… occupés sous les crêtes…… moins exposées. Ces situations, je m’empresse de le dire, sont assez graves. Elles ne m’ennuient pas, c’est ce qui donne le moyen de m’abriter dès le bruit du fatal. Quelle musique ! !
Je suis fort, je te le répète, ma conviction intime est que je sortirais indemne de cette épreuve. Nous nous reverrons, j’en ai la certitude absolue et n’est-ce pas ma chérie pour nous aimer plus que jamais.
Comment va partir cette lettre, je l’ignore encore. Quoi qu’il en soit je vais achever de façon à être prêt à la remettre si l’occasion se présente. Je t’embrasse bien tendrement, faisant autant à Loulou et si tu le peux à Robert.
Jules
T’ais-je dit…………….. Général de Castelnau …………St Cyr promu sous-lieutenant au 4e bataillon de chasseurs, a été tué le jour où je t’ai dit que j’avais eu une mission sérieuse à remplir.
(Les points de suspension correspondent au papier abîmé…)

Jules à Cécile et à Robert son fils : 23 et 24 août 1914

* Les lettres de Jules, - Correspondance, - Famille paternelle, - Guerre 1914-1918, - Lorraine 1 Mot »

23 août
Un jeune boy scout veut bien se charger de cette lettre.
Je te l’envoie par Excelsior.
Tout va bien, mais le 37e est bien décimé. Je suis heureux d’avoir pu faire mon devoir comme je l’ai fait.
Tous les régiments méridionaux nous ont fichu dans le pétrin, au 1e coup de feu, ils se sont sauvés en jetant sacs et fusils.
Quelle race !
Ils ne sont bons que pour occuper les bonnes places, les lâches !
J’ai failli en tirer un hier.
Je t’embrasse nous allons réparer cela
Ton affectionné
Jules

Clément mon compagnon d’armes reçoit la nouvelle de la mort de sa mère.

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Dimanche 23 août 1914

Chère Cécile,
Je reçois ce matin ta lettre du 16 ainsi qu’une longue lettre de Robert datée du même jour.
Il se porte bien, dit-il et il y a 15 jours qu’il ne s’est pas déshabillé.
Je viens de voir M.Weil qui m’a remis un colis qu’il apportait à son fils. Mais ce dernier blessé n’est pas ici. Ce colis contenait du linge (caleçon, flanelle, chocolat, menthe, mouchoirs) et dont une partie pourra m’être utile.
Tout continue de bien marcher, dans deux occasions difficiles j’ai pu m’acquitter de ma mission.
Plus aucune trace de ce que je t’ai dit au sujet du « foirpette » ( ?)
Mille embrassades
Jules

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Mon cher Robert

Je reçois aujourd’hui, 23 août, ta lettre du 16. Merci de tout ce que tu me dis.
J’ai eu deux indispositions depuis mon départ, L’une assez bizarre ; je n’arrivais plus à absorber le moindre aliment. Cet état de choses est survenu à la suite de l’émotion que m’a causée la première lettre que j’ai reçue de Maman. Dès que les journées sont devenues sérieuses, cela a disparu comme par enchantement. Je mange le singe et le biscuit avec meilleur appétit que les petits plats du camp de paix à Eulmont.
La 2e est due à la constipation. Débarquement du fondement à la suite d’une délivrance de 4 jours (où est la descente journalière de 7h 1/2 chaque matin ?), une marche de 40 heures et demi-tube de vaseline ont guéri cela. Me voilà à présent valide ardent et plein d’appétit. Aussi je (me) les soigne à la popote. Bien que les ressources ne me permettent parfois de faire servir que des pommes de terre à l’eau.
Je suis étonné de ma vigueur, j’ai accompli à merveille, jusqu’à présent, deux missions qui m’ont été confiées, motivés par mon sacré emblème. J’ai vu des journées entières où les coups de tonnerre que tu connais se répétaient coup sur coup en crachant de la mitraille. Je n’ai jamais rien reçu. Hier toute la journée des prussiens ont ainsi craché. Il n’y a pas eu un seul blessé !! Je t’embrasse mon gros, bon courage mais pas d’excès de zèle.
Jules
Sur carte adressée à Monsieur Robert D. étudiant en médecine
3e ambulance de la 73e division de réserve Toul.
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Saint-Nicolas de Port le 24 août

Oui, ma chérie, c’est de Saint-Nicolas de Port que je t’écris alors que je t’ai déjà fait parvenir de mes nouvelles de la Lorraine annexée.
Je ne fais là que des manœuvres exigées par la tactique, à vrai dire au 37e en particulier nous avons été un peu vite. Nous sommes allés nous buter à Morhange sur un adversaire abrité par des travaux aménagés de telle façon que seule la gueule du canon et des fusils passait de sorte que nous étions foudroyés sans savoir par qui. C’est ce qui a occasionné le revirement en arrière. D’autre part nous n’avons pas été soutenu par les fameux régiments du midi. Quelles sales fripouilles !! Ils sont insultés ici, c’est épouvantable. Avant-hier, on a envoyé le 37e encore relever le 173e (des Corses et des marseillais) en passant devant une section commandée par un sous-lieutenant et qui n’attendait même pas notre arrivée pour filer et lui dit devant tout le monde « Où allez vous comme cela ? » « Les hommes n’ont pas dormi cette nuit » dit-il « ils vont se reposer ! » « Bougre tas de cochons ” ai-je rugi “, “ mais voilà trois nuits que nous passons ainsi et c’est comme ça depuis 15 jours » là-dessus mes hommes vidèrent leur répertoire, ceci est vraiment triste, il est vrai j’en ai pleuré. J’ai passé une nuit, l’avant dernière sur une hauteur en dessous de Crévic qui brûlait. Quelle tristesse, tu m’as dit que Charles Colin était mort de frayeur, je ne sais si c’est vrai. Malgré   tout cela ma chérie, il souffle un vent de confiance que rien ne peut ébranler. A chaque instant nous avons des convois de blessés prussiens et de prisonniers qui nous arrivent. Ce qui explique un (?) de démoralisation. Nous sommes bien placés ici pour les démolir et les empêcher de passer la Meurthe.
J’ai répondu à Robert, naturellement je ne puis lui donner tous les détails puisque les enveloppes doivent être ouvertes et que l’on n’hésiterait pas à m’envoyer au conseil de guerre si j’enfreignais aux ordres donnés. C’est d’ailleurs long et difficile à expliquer que l’on soit obligé de sacrifier des localités françaises pour permettre de mettre à l’abri l’existence des soldats. Et cependant c’est logique ; ils sont tellement maladroits avec leur artillerie que vraiment ce serait trop bête d’aller au-devant comme on vient de le faire. Il vaut mieux les attendre. Malheureusement je crains que nous ne soyons pas compris des populations.
Nous sommes ici installés chez un capitaine du 4e bataillon de chasseurs, M. Mangin Sa femme est partie hier à Nancy, nous laissant sa propriété ouverte. Nous y sommes bien, car on vient enfin de nous annoncer un jour de repos en restant toutefois sous les armes. Tout le monde en avait besoin.
Parmi les objets laissés par les prussiens, j’ai trouvé une belle bâche toute neuve que j’ai fait placer sur une voiture que j’ai obtenue du colonel et sur laquelle j’ai fait placer notre bouftifaille car j’ai failli avoir faim et, bien entendu, le colonel aussi. Nous étions dans les champs, dans des endroits inaccessibles aux voitures, loin des villages qui d’ailleurs n’ont plus rien non plus. Cette bâche nous servira en cas de pluie à faire une tente. C’est encore un progrès dans les mesures préventives.
J’ai vu aujourd’hui M.Couveris (?) conseiller général et maire de Saint Nicolas de Port après lui avoir rappelé la famille Bernu (?), je lui ai parlé des appointements à Maréville. Il m’a promis au cas où toutefois cela serait nécessaire de s’occuper de cette question.
Je t’envoie la lettre que Robert m’envoie, je ne sais pas si j’écris aussi mal que lui, mais je n’ai compris que le sens général de ce qu’il dit. Il est vrai que c’est le principal. J’ai été bien ému des sentiments qu’il exprime.
Combien après cette épreuve, allons nous être heureux !
Je t’embrasse Chérie avec Loulou, ne t’inquiète pas à mon sujet sois forte et partage mon espoir inaltérable. On commence à dire que le 37e et le 4e bataillon des chasseurs ont bien mérité du pays.
Ton jules.

Robert (1892-1964) et Joséphine (1889-1970)

- Famille paternelle, - Lorraine, - XXe siècle, Métiers Pas un mot »

Robert et Joséphine sa femme étaient médecins.

A la fin de leurs vies alors qu’il n’exerçaient plus, ce sont eux qui nous soignaient lorsque mes frères et moi étions petits. Je vois encore le cabinet où des odeurs d’éther flottaient. Je sens le froid du stéthoscope et la douceur des mains de Tante Jos.
Leur vie, je n’en connais que ce que me racontent des articles de journaux soigneusement conservés par mon grand-père, ou des photos retrouvées dans une boîte en carton, découverte au fond d’un tiroir, elles montrent un couple sans enfants, voyageant beaucoup, aimant la mer et les nouvelles technologies (voiture, poste de radio, appareil photo…) . Je n’ai jamais eu l’occasion de poser des questions pour en savoir plus.

L’Est Républicain le 15 août 1918
Lundi 12 août a eu lieu en l’église Saint-Pierre, le mariage de Melle Joséphine Mondelange, docteur en médecine avec M. Robert Druesne, médecin aide-major de 1ere classe au Régiment d’infanterie, décoré de la croix de guerre. La mariée dont la famille est restée sous le joug ennemi, en Lorraine annexée était conduite à l’autel par son maître M. le professeur Etienne.
Depuis le début de la guerre, elle se dévoue à l’hôpital civil, ou elle remplit les fonctions de chef de clinique médicale. Il y a quinze jours elle soutenait brillamment sa thèse
Ce travail de longue haleine, d’une grande originalité, lui a valu la mention “très bien” à laquelle les membres du jury ont joint leurs vives félicitations.
Aux nouveaux mariés, nous adressons nos meilleurs voeux de bonheur, nos souhaits de grands succès dans la carrière qu’ils ont tous deux embrassée.

L’Est Républicain le 22 mars 1919:
“une famille lorraine”
“Nous avons parlé l’autre jour de la mort héroïque du lieutenant Jules Druesne du 37e, secrétaire de la direction de Maréville ; nous sommes heureux de reproduire sa citation: “A fait preuve d’un courage admirable en maintenant sa compagnie sous un feu violent de mitrailleuses, restant seul debout au milieu de ses hommes couchés. a été blessé mortellement le 22 décembre”.
Le fils du glorieux défunt, l’aide-major Robert Druesne, a obtenu quatre citations, tant à l’ordre de la division, qu’à l’ordre du régiment et de l’artillerie divisionnaire, “pour -fut l’une d’elles, du général Lebocq et qui résume toutes les autres- avoir été un modèle de conscience et de dévouement, s’aquittant de son devoir d’une façon parfaite en toutes circonstances”
La femme de l’aide Major Druesne, née Joséphine Mondlange, a reçu de son coté la médaille d’argent de la reconnaissance française: “étudiante en médecine, interne des hopitaux de Nancy, depuis le début des hostilités s’est tenue de nuit comme de jour à la disposition des malades et blessés, auprès desquels elle s’est prodiguée avec un dévouement absolu, même pendant les bombardements les plus intenses. ”

Dans le journal “L’Ancien Combattant” région Est du 30 septembre 1935
“La récente promotion du ministère des Pensions à procuré à l’AMC ( Association des Mutilés et anciens Combattants ) une vive satisfaction et une joie profonde : son secrétaire général, notre bon camarade le docteur Druesne était promu officier de la Légion d’honneur.
Si cette distinction rejaillit en fait sur l’A.M.C. toute entière en la personne d’un de ses plus anciens et plus actifs militants, elle récompense surtout des mérites personnels nombreux et incontestables.
Le poste de secrétaire général d’une grande association n’est jamais une sinécure pour qui en comprend le rôle et en accepte les responsabilités, mais cette vérité est plus vraie encore quand il s’agit de l’A.M.C. où les occasions de travailler ne font jamais défaut aux bonnes volontés.
….
Le docteur Druesne s’acquitte de ses délicates et absorbantes fonctions avec le sourire, un sourire qui veut toujours et d’abord être ironique, mais qui ne le demeure pas longtemps, tant il a hâte de devenir accueillant et bon, mieux encore fraternel.
Car c’est la caractéristique du Docteur Druesne, c’est, bien qu’il n’en convienne pas volontiers, la bonté qui, par une pudeur excessive, se cache parfois sous un léger voile d’ironie ou de raillerie, mais qui se manifeste par des actes. Ceux-là le savent qui, dans le secret du cabinet, ont reçu de lui, non seulement les soins qui guérissent et les conseils qui réconfortent, mais encore le secours qui aide à franchir une passe difficile.
Les qualités qu’il a mises au secours de l’AMC, le docteur Druesne les avaient déjà employées au coeur de la guerre comme médecin de bataillon, et elles sont attestées par quatre citations et la croix de la légion d’honneur.gagnées sur le front.
Il avait d’ailleurs de qui tenir, car son père porte-drapeau du 37e RI est tombé glorieusement à Bischoote, laissant à son fils le plus bel exemple d’attachement au foyer et de dévouement au pays.
En exprimant au Docteur Druesne, ancien combattant et orphelin de guerre, nos très sincères et très fraternelles félicitations, nous y associons le souvenir de son vaillant père , trop tôt disparu et nous le prions de les partager avec sa chère maman, elle-même membre de l’AMC, qui consacre une partie de ses loisirs de grand-maman à la défense des intérêts de ses soeurs d’infortune, et avec Mme Druesne, sa femme, dont le dévouement et l’abnégation pendant la guerre ont été récompensés par par la croix de la Reconnaissance Française, que peu de femmes ont le droit de porter.

Les anniversaires

- Lorraine, - XXe siècle, -Mes frères et moi, Souvenirs d'enfance 6 Mots »

Au fil des années, les anniversaires étaient toujours une vrai fête, lorsque nous étions enfants, mes frères et moi. Ils étaient prétexte à des repas de famille ou étaient présents, au minimum nos parents et les 4 enfants, venaient s’ajouter les grands parents, les grands-oncles et grandes-tantes habitant Nancy, parfois les oncles et tantes et bien sûr les cousins, puis lorsque nous avons grandi, nos amis. Il y avait parfois presque autant de monde qu’aux communions où nous pouvions être jusque 30 à table. Maman s’affairait dans la cuisine avec l’aide de Carmen (une femme espagnole parlant très peu le français, que nous adorions mais que nous faisions enrager lorsqu’elle nous gardait, elle aidait maman pendant la semaine et faisait des extras lors de ces fêtes de famille)
Le repas était toujours excellent et le repas se terminait invariablement par un dessert acheté chez “Genot” rue St Dizier à Nancy: une ou plusieurs Polka, une sorte de tarte dont le pourtour était fait de pâte à choux caramélisée et garnie d’un flan façon crème brûlée. Je n’ai jamais remangé de ce gâteau depuis mes 21 ans mais mes papilles s’en souviennent encore! Cette polka était obligatoirement accompagnée du vin mousseux Pignier provenant de Montaigu (Jura) où vivaient Papy et Mamita . C’était notre “champagne” lorsque nous fêtions un événement. A la fin du repas étaient bien sûr distribués les cadeaux.
La plupart des fêtes suivaient le même rituel, seuls les repas de Noël et de nouvel an se finissaient par la bûche aux marrons.

Pour cet anniversaire de blog, je propose un petit référendum… Quelle a été votre note préférée pendant ces deux ans ?

Auguste novembre 1926: lettre à tante Marthe

* Les lettres d'Auguste, - Cambodge, - Correspondance, - Famille paternelle, - XXe siècle Pas un mot »

5 novembre 1926
Ma chère tante

Je reçois votre lettre et j’ai grand plaisir à voir que vous étiez satisfaite du mariage des deux grandes. Maintenant il faut leur souhaiter tout le bonheur qu’elles méritent et ce sera justice. J’espère que Jean sera reçu à son examen et vous serez fixée quand vous recevrez cette lettre. Il y aura du changement, Germaine sera partie mais vous pourrez voir Anne-Marie de temps à autre et j’en suis heureux pour vous, vous serez moins seule quoique la maison doive vous paraître vide. Quant à moi je ne sais toujours rien au sujet de mon voyage, je ne suis pas plus avancé que quand je vous ai écrit il y a quelques jours. Je viens de recevoir mon arrêté de congé qui me donne l’ordre de partir dans la première quinzaine de janvier. Je n’ai pas encore la désignation du bateau mais ça ne tardera pas. J’en suis arrivé à désirer que le Japon ne me donne pas de réponse favorable, et comme je ne le désire pas, ça va sûrement arriver. Je vais être pris de court pour faire allonger mon congé et tout va être manqué. Je ne satisferai personne, ni moi-même, d’abord parce que mon séjour sera trop court et que je perdrai presque deux mois en bateau. Je n’aurai le temps de rien faire de ce dont je m’étais promis et ça m’agace profondément. Je n’aime pas être astreint à la volonté des autres quand je suis en congé et par conséquent libre de mes faits et gestes, d’ailleurs quand je ne suis pas en congé, c’est déjà la même chose et ce que je prise le plus ici c’est l’indépendance considérable dont je jouis. Je suis responsable de tout mais je ne relève pour ainsi dire de personne que d’un grand chef qui est à Hanoi à cinq jours de mer et que je vois une fois tous les trois ans et encore. C’est le principal attrait de la colonie - la liberté- et c’est beaucoup pour moi. C’est pourquoi mon congé ne m’apparaît pas sous des auspices favorables, espérons que ça s’arrange. On verra bien ce qui arrivera. Au besoin je monterai à Paris et j’irai trouver le ministre pour me faire donner une mission de trois mois, je vais étudier la question de près. Je viens de faire une demande pour avoir 300 hectares de terrain et j’y planterai des kapaks, des aréguiers et je mettrai ce qui se pourra en rizières. Je n’ai pas assez de capitaux pour planter des hévéas, c’est dommage car ça rapporte gros et en ce moment c’est la bonne époque pour planter. Les plantations qui se font maintenant vont arriver à exploitation dans sept ou huit ans et cela va coïncider avec l’épuisement des hévéas de java qui sont à bout et qu’il va falloir arracher pour replanter. Les hollandais ont manqué de flair et de cran, ils n’ont rien planté pendant la guerre parce que le caoutchouc était très bas et ils ont eu peur de la faillite et maintenant, ils s’aperçoivent de leur erreur. Mais la comme ailleurs, le temps perdu ne se rattrape pas. rien ne fera qu’il faille huit ans à un hévéa pour pousser et comme ils n’ont pas les terres rouges du Cambodge, ils perdent une année, ici en sept ans un arbre est mûr pour la saignée. Vous n’avez pas idée de la ruée qu’il y a en ce moment sur le Cambodge, on a demandé plus de 40 mille hectares la semaine dernière, la plus grosse plantation va saigner l’année prochaine, ils ont 20 mille hectares d’un seul tenant et il y en a 9 mille en culture quand tout sera planté ils auront six millions d’arbres et si vous comptez qu’un arbre rapporte 2 piastres tout frais payés par an, ça fait 12 millions de piastres de bénéfice net par an. Il faut compter 500 piastres à l’hectare de mise en valeur, donc 10 millions de piastres. La première année paye tous les frais, c’est une belle affaire mais il faut pouvoir. Ce sont heureusement et par extraordinaire des capitaux français qui sont là dedans avec quelques belges. Le kapok et l’areguier ne sont pas mauvais non plus et j’espère que je m’en tirerai peu à peu. Ce sont les premières années qui sont les plus dures après ça marche tout seul. Je commencerai quand je reviendrai de congé, d’ici là j’ai un camarade qui fera quelque chose qui n’est pas difficile, c’est d’attendre le mois de février et quand la saison sèche est bien installée, de mettre le feu à la forêt. J’aime mieux ne pas être là pour cette opération car ça me fend le coeur de voir brûler des arbres magnifiques qui y sont encore. il en reste peu car la forêt a déjà été exploitée mais ce sont des géants. Je pense en faire couper quelques-uns qui sont des essences dures pour faire une maison. J’irai emprunter l’arracheur d’arbre d’une plantation voisine qui arrache un arbre en dix minutes, avec quatre hommes
. J’ai vu tomber des arbres de deux mètres de tour en cinq minutes montre en main et je serrai curieux de voir arracher le géant que j’ai vu au milieu de la forêt. Je l’ai mesuré approximativement en me mettant contre lui les bras étendus et j’ai fait en tout un peu plus de 9 fois l’opération; il doit avoir près de 20 mètres de circonférence. C’est un Pcheck ou un tatrao, je ne sais pas au juste. Les deux arbres se ressemblent mais c’est l’un ou l’autre, le bois ressemble assez au noyer de chez nous. Les cambodgiens disent qu’il a au moins 300 ans mais ils ne sont pas très fixés et c’est douteux car c’est un arbre qui pousse assez vite. Tout cela ne vous intéresse guère sans doute. Voilà que vous entrez dans le froid et le mauvais temps alors qu’ici il ne pleut plus. Le vent a sauté au nord et les nuits sont froides. L’air est devenu sec et on a la sensation de respirer le même air que chez nous par les beaux jours de gelée en hiver quand il fait soleil. Le ciel est plus limpide et la nuit les étoiles brillent comme chez nous par les nuits sans lune. C’est la saison la plus agréable de l’année, on peut travailler sans fatigue et sans être obligés de s’éponger la figure avec son mouchoir toutes les cinq minutes. Au Tonkin ils vont commencer à faire du feu de bois.On vient d’envoyer un bataillon de la légion étrangère sur la frontière de chine. Les chinois ont assassiné un consul français à Lantcheou et ont enlevé un jeune administrateur qui a disparu, on ne sait pas ce qu’il est devenu. Ca va leur coûter cher car ils ont eu le tort d’opérer près d’un des cercles militaires du Tonkin alors les chinois ont été baptises pirates et ont fait une opération de police, s’ils avaient opérés près d’une province civile on aurait échangé des mots diplomatiques et ça n’aurait avancé à rien. tandis que les colonnes de police ça ne fait pas de bruit, on n’en parle pas dans les journaux et les chinois savent à quoi s’en tenir quand c’est fini. Ca va toujours très mal en chine. il y a des pasteurs américains qui sont cernés dans une ville du nord, ça va sûrement très mal finir. Vous avez peut-être vu dans les journaux que le papa venait de consacrer des évêques chinois, une soixantaine je crois. Les américains sont furieux parce qu’ils avaient réussi à se faire donner à Rome une grande partie de la zone d’influence des pères jésuites de ZikaWai. Les jésuites ont alors formé des prêtres chinois et ils vont s’installer en chine naturellement et sont sous la main des jésuite de ZiKaWei. Ces gens là sont forts. Les américains sont refaits et je ne sais pas jusqu’à quel point le pape est dupe ou complice de la chose. De toute façon ça fait 60 diocèses réservés à l’influence française. Heureusement qu’aux affaires étrangères, ils sont moins bêtes que les autres et qu’on les aide en sous min. Ce ne sont pas des choses à dire car les politiciens pousseraient des cris de porcs à l’abattoir. Le pasteur américain qui est installé ici n’est pas très satisfait, il a voulu acheter de terrains pour se faire construire un temple.les chinois ont misé à l’adjudication et il les a eu tout de même mais il les a payé dix fois leur valeur. Je ne sui s pas étranger à cette petite opération qui a fort bien réussi.Il était certain qu’il achèterait coûte que coûte, dès lors il était intéressant de faire rentrer des piastres américaines dans les coffres du trésor. Et quand il fera construire, comme il sera obligé de passer par les entrepreneurs chinois, il sentira passer la facture , c’est moi qui vous le dis. Je n’aime pas ces gens là et de plus il est mon voisin et m’assomme tous les dimanches avec son harmonium et ses hymnes. Quand j’en ai assez je joue du gong et j’ai procuré à des annamites qui sont derrière chez lui un vieux phonographe qui n’a qu’un seul disque. Ils le font marcher toute la journée, ça m’est égal, je ne l’entends pas, mais l’américain doit avoir du plaisir, et il a signé un bail de cinq ans à un moment où il n’y avait presque pas de maison. Il y en a maintenant et il ne trouvera personne pour sous louer.
A peut-être bientôt, je l’espère. Dites bien des choses à tout le monde et croyez moi bien cordialement vôtre
Auguste

Les deux grandes sont les filles de Marthe: Germaine et Anne-Marie qui se sont mariées l’une en août et l’autre en octobre 1927.

Auguste n’a pas obtenu ses 300 hectares…

Jules à Cécile: 13 et 15 août 1914

* Les lettres de Jules, - Correspondance, - Famille paternelle, - Guerre 1914-1918, - Lorraine 1 Mot »

Suite de la correspondance de Jules

Jeudi 13 août 1914

Chers tous,

Je profite du passage de M.Weill pour le prier de te remettre ce mot.
Tout va bien, hier le régiment a donné un maximum d’efforts, mais j’ai soutenu la fatigue… selon mon habitude.
Et Robert où est-il ?
Embrasse bien Loulou, travaille-t-il un peu ?
M’as-tu écrit ? je n’ai pas reçu de lettres depuis celle par laquelle tu me demandais un pouvoir. Je t’avais envoyé cette lettre par l’intermédiaire d’Excelsior.
Je t’embrasse bien fort.
Jules
(Sur carte postale sans image)

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Au pays annexé, frontière du côté d’Arracourt 15 août

Ma chère Cécile
Par où commencer cette lettre ? Que je te dise d’abord que je suis sain et sauf. Cependant mon baptême du feu fut plutôt … embêtant.
Nous avons en effet, assisté à un combat d’artillerie. Figure-toi le feu d’artifice du 14 juillet avec beaucoup de ces gerbes qui éclatent en l’air et retombent en gerbes de couleur. Ici c’est la même chose avec cette différence que les gerbes ont beaucoup moins de grâce et de couleurs.
Elles sont uniformément noires et ça sent comme dans les wagons prussiens quand on est près des WC.
Nous avons donc eu ce feu d’artifice depuis 2 heures de l’après-midi jusqu’à 8 heures du soir.
Et tout cela pour obtenir quelques tués et blessés.
Car ce n’est pas dangereux du tout. D’abord le terrain occupé par nous est immense et les tireurs ne nous voient pas, ils ne tirent donc qu’au jugé et si par hasard, un obus éclate au-dessus de nous, on se baisse, car l’obus a le soin de prévenir de son arrivée, par un sifflement significatif. A ce signal, tout le monde se couche ou plutôt s’accroupit, les sacs formant presque un dôme. Or j’ai un sac et je m’aligne avec les camarades. Malheureusement, c’est un exercice fatiguant quand ça dure trop longtemps, aussi à la fin, on attendait l’air du sifflet avant de se baisser. Or quand on est baissé, dans les premiers moments, c’est presque de
, mais tantôt une incongruité, lancer une blague fait dégénérer cette extase en rigolade.
Ah ! le soldat français est bizarre, aussi prompt à l’emballement qu’au contraire.
Hier, car je t’écris après le réveil alors que le soleil va se lever tout rouge, nous avons couché sur nos positions car malgré l’avalanche qui nous empêchait d’avance, nous n’avons cependant pas reculé d’un pouce. Bien entendu pas de vivres, au loin le noir et les villages abandonnés. Eh ! bien j’entendais grogner, mais grogner à ce bon garçon, car ce matin le soleil a réjoui le tout et nous attendons le commencement de la séance. C’est donc vrai, je crois que nous avons la guerre !

Le passage de la frontière qui a eu lieu une heure avant le branle bas dont je viens de te parler et qui a cessé. J’oubliais de te dire que sur les attaques de notre artillerie, c’était émouvant. Sans ordres, au milieu des champs, j’ai déployé le drapeau et les compagnies, en formation de combat présentaient les armes et criaient « vive la France ! » Ça ne peut pas se résumer.
Mais j’ai eu bien peur de la repasser la frontière avant de savoir que les artilleurs allemands étaient si inoffensifs.
Le 14 août sera gravé dans ma mémoire. Malgré le souci que me créait notre situation, ton souvenir et celui de Robert et de Loulou ne me quittaient pas. Que je serai heureux de la réussite complète de cette guerre et de vous presser dans mes bras !
As-tu trouvé les photos ?…
Je t’embrasse bien fort ma chérie et Loulou aussi. Fais en autant à Robert si tu peux le voir.
Bien tendrement à toi.
Jules
Bonjour, aux familles Roche, Gauny etc…
Mes respects à monsieur le directeur si tu en as l’occasion. Est-il gentil pour vous ?

Voici mon adresse :
Jules D. Lt Porte drapeau du 37e actif
Troyes (Aube)

La mère

* Maman, - Famille maternelle, - Lorraine, - XXe siècle, Souvenirs d'enfance 2 Mots »

22 septembre 1957

Je suis arrivée seule avec mon mari et nous repartons trois avec notre fille. Cette fille tant désirée par mon mari. Pour moi, avant qu’elle soit avec nous, j’avais un peu peur. Maintenant qu’elle est là, j’ai l’impression d’avoir une compagne, et suis au fond ravie , enchantée de ma fille.
Penchée sur son berceau, je peux faire un tas de projets, des rêves même, comme sur chacun de mes enfants, que d’espoirs, que d’ambitions peuvent naître dans le coeur des parents penchés sur cette toute petite nature qui a besoin de tout l’amour de ses parents, de toute leur compréhension, de toute leur patience, pour devenir comme eux.
Je ne peux m’empêcher de penser aux mamans qui sont seules pour admirer leur bébé, ou celles qui ont souffert, attendu avec tellement de joie et qui se retrouve au terme privées de cette joie.
Et maintenant je vais rentrer, trois enfants égayeront la maison et j’en suis très heureuse. Le travail ne me fait pas peur. Je suis pleine de courage et d’optimisme. Avec mon mari nous sommes tous les deux si heureux.

texte écrit par Maman à la maternité au moment de ma naissance.
La photo date de 58 mais elle représente pour moi, tout l’amour qu’elle m’a donné.

Jules à Cécile 9 et 10 août 1914

* Les lettres de Jules, - Correspondance, - Famille paternelle, - Guerre 1914-1918, - Lorraine Pas un mot »

Sivry, dimanche 9 août 1914

Ma bonne Cécile,

Le régiment continue à être d’avant garde et procède à des travaux de défense des hauteurs regardant la frontière.
N’étant pas occupé à ces travaux, je reste au village ou l’attente est plutôt fastidieuse.
Les nouvelles continuent à être bonnes, l’entrain est le même. Un lieutenant de hussards me disait même qu’il était ennuyé parce qu’il ne pouvait retenir ses hommes. L’Est a relaté l’histoire invraisemblable de celui ayant été fait prisonnier a pu se sauver en civil et voler le cheval d’un Uhlan qu’il tua, on le nomma brigadier. Tout à l’heure, ses camarades sont entrés sans lui et avec son cheval et une lance de uhlan, mais ayant été poursuivis par une troupe plus forte, ils ont perdu leur brigadier d’une façon que je ne comprends pas.
Ces détails, tu le vois, sont sans grande importance, néanmoins j’éprouve une douce émotion en te les narrant. Ta lettre précédente sous mes yeux, il me semble que je m’entretiens auprès de toi. Malheureusement, j’ai laissé avec des paperasses soit dans la table de nuit, soit dans la poche d’un de mes vestons, quelques photographies de vous et de mémére que je portais toujours dans mon portefeuille. J’ai aussi oublié ma brosse à dents. Puisque la poste reçoit gratuitement 20 grammes, tu pourrais peut-être essayer de me l’envoyer.
Au moment de fermer ma lettre, je reçois la tienne datée du 8. Je m’empresse de t’envoyer la procuration, mais il ne faudra la remettre que si on te la demande, car cela aurait peut-être l’air d’être la carte forcée. Je redirais même qu’il serait de bonne politique d’avoir l’air de demander conseil et de donner cette procuration… Par hasard…
J’ai lu et relu le mot de Robert, cela m’a beaucoup intéressé.
Je reçois tes lettres régulièrement, je m’étonne que tu n’aies pas reçu les miennes, car tant que je le pourrai, je t’écrirai chaque jour. Je crois, que nous serons encore ici demain 10 et peut-être après-demain.
Je t’embrasse bien fort ainsi que Loulou et vais trouver un moyen de faire déposer à Nancy quelques bibelots qui m’embarrassent. (1)
Jules

(1) je te dirai où quand je serai fixé.

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Lundi 10 août

Chère, chère Cécile

Je t’écris de la même place qu’hier, mais je crois que nous y sommes plus pour longtemps.
Je ne sais ni ne peux donner d’autres détails, une sage mesure de prudence l’interdisant…
Il va d’ailleurs falloir prendre notre parti d’être sans nouvelles, mais de mon côté, je ne manquerai jamais une occasion de t’envoyer mes pensées.
Mon rôle de chef de popote devient de plus en plus difficile, vu la rareté des vivres. Cependant nous n’avons encore manqué de rien. Il fait en ce moment une chaleur torride, mais je n’ai pas à en souffrir, puisque je suis de garde.
Je viens de voir sur l’Est le départ du préfet et son remplacement par M. Mirman (?) avec lequel M. de Genneville, je crois est en bons termes.
Je constate aussi la continuation de bonnes nouvelles. Il est certain que les allemands doivent en rabattre leurs prétentions.
Comme tu le vois ma chérie, je suis jusqu’à présent favorisé par le sort, j’espère que cela continuera. Mon seul souci est les craintes de te voir, là-bas, l’objet de mesures vexatoires ou pouvant te nuire. J’ai l’espoir que pareille vilenie ne se produise, mais s’il en était ainsi, le reste de mes jours ne suffiraient pas à châtier le responsable.
Ne crois pas malgré tout que je sois sous l’influence d’une situation morale laissant à désirer.
Moins gai peut-être, je ne laisse cependant échapper aucune occasion de donner libre cours à la bonne humeur.
C’est ainsi qu’il y a quelques nuits, j’ai dû déboucher vers 1 heure du matin, en pleine forêt, mon flacon d’eau de Cologne, pour… désinfecter la culotte de Clément qui s’était assis sur ce que tu devines.
L’emploi de l’eau de Cologne, en pareille circonstance, tu t’en rends compte, n’était pas banal.
Je cesse encore une fois ma chérie, en t’embrassant bien fort. Je pense constamment à toi, à nos deux chers enfants. Ce nuage sur notre bonheur se dissipera bientôt, j’en ai le ferme espoir. Je doute toujours, c’est peut-être de la folie, au commencement des hostilités. Quoi qu’il en soit on peut être plus prêt, et quel esprit !!
Au revoir chérie, au revoir, embrasse Loulou, souvenirs aux amis.
Jules

Ma tunique tient dans la cantine. Décidément je la garde.

Pierre Foucher (1772-1845)

- Famille maternelle, - Région parisienne, - XIXe siècle 3 Mots »


Au décès de Mamita (Madeleine) j’ai découvert l’existence d’un livre: “Souvenirs de Pierre Foucher 1772-1845″ . Toute personne qui recherche ses ancêtres rêve de trouver un tel document.
Pierre Foucher à la fin de sa vie, a écrit à la demande de sa belle soeur Amélie ASSELINE (née Fessart) le récit de sa vie quelque peu hors du commun.
Né en 1772, mais orphelin de mère à 6 ans, puis de père à 7 ans, il est recueilli par un cousin de sa mère: l’abbé Yvon Marsac qui va se charger de son éducation à Nantes. Pierre bon élève, est cependant mélé aux événements qui marquèrent les années 1789 et 1790 à Nantes, sa ville natale. Il raconte d’ailleurs en détail cette période révolutionnaire. Il part ensuite pour Paris ou il promène  son jeune idéalisme à travers des foules ameutées. Les journées comme celle du 10 aout, dont il donne aussi le récit, lui font abandonner très vite ses véléités républicaines, il en manifeste si ouvertement son dégoût qu’à la fin et faute d’un prétexte suffisant pour l’envoyer devant un tribunal révolutionnaire, la section de son quartier l’envoya à l’armée du Nord, comme soldat réquisitionnaire.
Il en fut tiré par un commandant qui fit de lui en 1796 un commis greffier auprès des conseils de guerre nouvellement créés. Ce fut le début d’une carrière administrative tranquille. Il devient sous l’Empire et la Restauration, chef de service du recrutement au Ministère de la guerre. En 1796, son chef direct était le capitaine rapporteur, un jeune officier nommé Léopold Sigisbert Hugo avec lequel il se lie d’amitié. Les deux hommes se marient à quelques mois d’intervale. Léopold Hugo est témoin au mariage de Pierre et aurait dit en portant un toast: “Ayez une fille, j’aurai un garçon, et nous les marierons!”
Les deux couples se côtoient lorsque les enfants sont  encore jeunes, les Foucher habitent non loin des Feuillantines. Et lorsque le général Hugo est  en campagne ou qu’il trompe sa femme, Mme Hugo va voir ses amis Foucher. On sait les jeux partagés entre les enfants puis les amours entre Victor et Adèle. Pierre Foucher, s’il hésite à donner la main de sa fille à Victor lorsqu’il est encore inconnu, vouera plus tard une grande admiration à son gendre.
D’ailleurs plutôt que ses souvenirs ce sont celles  de son gendre, de sa fille et des ses petits enfants qu’il raconte… Mais il parle malheureusement peu de Paul et de ses deux autres enfants!

Jules à Cécile: 7 et 8 août 1914

* Les lettres de Jules, - Famille paternelle, - Guerre 1914-1918, - Lorraine 1 Mot »

Vendredi, 7 août 1914 (Eulmont)

Ma bonne Cécile,

Nous sommes toujours à Eulmont, toujours en tenue de départ, revolver au coté. J’ai l’explication de ce fait ; le 37e était le plus avancé et nous laissons aux autres le temps de nous rattraper ou de nous dépasser. Notre position a été cause de l’empêchement de l’envahissement par Fauly Lay Saint-Christophe. C’est à cette fameuse nuit dont je t’ai parlé dans une précédente que nous supposons avoir déjoué ce tour.
Quoi qu’il en soit tout continue à bien marcher. Je devine ou plutôt mes pressentiments que les Prussiens n’ont pas envie de se battre se confirment Déjà les nôtres sont à Mulhouse, Colmar, …etc.…
Nos cavaliers sont surprenants, les autres sont lâches.
Ce léger aperçu suffira pour te faire saisir que rien ne survient pouvant modifier cet élan dont je t’ai parlé.
Cependant hier un réserviste s’est tué hier soir en se tirant deux coups de fusils dans la bouche. J’ai vu le corps, ce n’est pas beau un suicidé. C’est un peintre de décors, au théâtre, un nommé Champey. Il avait été détraqué par la mobilisation.
J’ai reçu hier, ma chérie, la basse-cour que tu m’as envoyée. Je te remercie, mais tu as exagéré. Songe donc que voitures, sacs et tout cela est complet. J’étais plutôt embarrassé avec ma ménagerie. Le colonel a trinqué à ta santé en buvant le porto. C’était du luxe. Il faut à présent ménager les produits. Léon a dû en faire une tête en voyant ce déménagement.
Si tu vois M. le Directeur dis-lui que j’ai été très sensible à la poignée de main qu’il m’a envoyée par l’automobiliste. Je vais me re-sangler, je crois que c’est aujourd’hui qu’à notre tour nous passerons la frontière.
Je t’embrasse ma chérie bien fort, bien fort, embrasse aussi Loulou et dis lui qu’il me fait plaisir en t’écoutant bien. Je lui rapporterai la décoration du 1er officier prussien que je tuerai, que je tuerai… comme on parle !!
Au revoir chérie, bon courage et bon espoir. Ne te chagrine pas, je n’aurai ainsi aucun souci.
Ton tout à toi.

Jules

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Devant Sivry (M et M) dans un jardin sur mes genoux, samedi 8 août 1914

Ma Cécile Chérie
Nous avons enfin quitté Eulmont ce matin. Notre régiment garde des hauteurs sur lesquelles on a construit depuis plusieurs années des travaux très importants.
Et certes c’est dommage (car ce serait chic de les attendre ici) que l’on nous envoie les attaquer chez eux. D’ici on les viserait comme on vise la cible en champ de tir.
Les nouvelles continuent à être bonnes, nos bons Belges font de l’excellente besogne. Qui nous aurait dit ma chérie lorsque nous examinions la citadelle de Namur que les canons qui y sont, serviraient sous peu.
Ici l’entrain ne se dément pas. Il y a près de l’entrée du village un jeu de quilles, les artilleurs y jouent.
Toute la matinée nos hommes ont chanté et cependant nous sommes à proximité du danger. On vient de nous lire l’Est, tous les détails nous intéressent vivement.
Le coup de donner la légion d’honneur à Liège est fameux.
Les Anglais débarquent dans le lecteur, tiens me dis-je, il doit en être de même à Maréville…mais…Ça n’a aucun rapport que celui sans doute de m’attirer une observation de qui je sais.
Nous entrons dans la véritable période, je veux dire la période des opérations militaires, il va falloir se serrer la ceinture plus d’une fois sans doute. A propos de ceinture, elle me fait rudement suer celle de flanelle.
Les volailles sont embêtantes à transbahuter, mais on est rudement content de les trouver. D’ici quelques jours, elles me coûteront plus cher, car celles que nous trouverons seront vivement réquisitionnées. Il reste 2 lapins et le coq tué, par nous pas par les prussiens. Je vais confier cette lettre à je ne sais pas qui, qu’elle arrive, mais que j’ai bientôt une réponse.
Mille baisers ma chérie et à Loulou. Amitiés à tous. Comment marche l’asile ?
Ton tout à toi.
Jules

C’est aujourd’hui que devrait avoir lieu la distribution des prix au ?
Je dis à M. Tramby près duquel je me trouve, que je t’écris, il me charge de ses souvenirs, Clément qui est gentil pour moi, m’en dit autant.
Je reçois à l’instant ta lettre du 7 avec celles de Robert : bravo mon gros, mais dis lui, pas de zèle inutile, il est du reste plus nécessaire en vie qu’en se risquant.
Ton adresse était bien, continue.

NDLR: Loulou et Robert sont les fils de Jules et Cécile. L’asile est le lieu de travail de Jules dans le civil, il était secrétaire du directeur de l’asile de Maréville (Meurthe et Moselle)