O comme Odeurs de voyage

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A leur retraite, mes grands-parents s’installèrent dans un petit village franc-comtois, surplombant Lons-le-Saunier: Montaigu. Plusieurs fois par an, nous y allions, mes parents mes frères et moi pour un week-end prolongé ou pour une fête et invariablement le même rituel s’organisait…
Le départ était prévu vers 8h, nous avions 300 kms à faire et Mamita et Papy nous attendaient pour le déjeuner. Chacun d’entre nous se préparait, s’habillait « bien » pour ne pas affronter à l’arrivée d’éventuelles remontrances de Papy. Maman mettait une jolie robe et se parfumait de « Shalimar » de Guerlain, Papa chargeait les bagages dans la DS, et posait délicatement sur la lunette arrière l’excellent Munster « fait à cœur » acheté la veille chez le meilleur fromager de Nancy (c’était la première commande de Mamita).
Tout le monde s’installait dans la voiture, mes trois frères et moi à l’arrière prenions nos places en nous chamaillant pour avoir une place près de la fenêtre, Maman était bien sûr à la place passager car Papa ne cédait jamais son volant. Et la voiture démarrait…
11 kms plus loin après avoir fait un détour nous nous arrêtions à Maron, pour récupérer la deuxième commande de Mamita : la tourte Lorraine encore chaude sortant du four, qui était posée délicatement près du Munster. Et le voyage reprenait…
Au bout d’une demie heure, les odeurs mélangées de munster, de tourte chaude et du parfum de Maman commençaient leur œuvres… Je me mettais à pâlir, et me sentais un peu patraque… Je commençais à avoir « mal au cœur » ou à la tête, et on était obligés de s’arrêter, je réclamais alors une place près de la porte si je ne l’avais pas obtenue au départ ( privilège réclamé en tant que seule fille de la famille…) et essayait désespérément de me rafraîchir en entrouvrant la fenêtre pour échapper aux odeurs qui m’écœuraient. Le voyage me paraissait interminable, mais après avoir posé 100 fois la question « quand est ce qu’on arrive? » à laquelle nos parents ne répondaient plus, je voyais enfin se découper sur sa colline le clocher de l’église du village de Montaigu. Là je reprenais des forces, et à l’entrée du village, nous lisions mes frères et moi en cœur la pancarte « Montaigu, pays de Rouget de Lisle »
Nous étions arrivés, c’était l’heure de se mettre à table, tous plein d’appétit!
En entrée: la tourte.. délicieuse dont l’odeur s’épanouissait enfin seule, un plat principal qui variait et comme fromage le munster odorant que mon grand-père mangeait parsemé de cumin. En dessert, nous mangions un « écureuil » gâteau au chocolat acheté le matin même par Papy chez Pelen patissier à Lons-le-Saunier. Ce repas nécessitait ensuite soit une sieste, soit une promenade dans « les vallons ».

Les voyages se passèrent ainsi pendant plusieurs années, jusqu’au jour ou mon père eut l’idée d’installer le Munster au creux de la roue de secours, dans le coffre, il ne restait plus qu’à résister seulement aux odeurs de Parfum et de tourte…

N comme Noël

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De mon enfance, je me souviens surtout de ce Noël qui se passait à Montaigu (Jura) chez mes grands-parents maternels. Je devais avoir 7 ans, je ne sais plus si je croyais encore au Père Noël, mais pour les plus jeunes de mes cousins, on faisait semblant. En revenant de la messe de minuit, nous étions tous installés dans la salle à manger devant le sapin de Noël. Mon grand-père arriva avec un immense carton, du moins du haut de mes 7 ans il me paraissait immense, que le père Noël n’avait pu mettre dans la cheminée et avait déposé devant la porte. Le carton était rempli de paquets cadeaux que Papy commença à distribuer à mes frères, à mes cousins, à mes cousines, alors que tous avaient déjà deux ou trois paquets devant soi et que mon grand-père égrenait les prénoms, le mien ne se faisait pas entendre et le carton était presque vide. Le père Noël semblait m’avoir oubliée, je sentais mon coeur se serrer, je disparaissais, devenait invisible. j’entendais un brouhaha mêlant les cris de joie, les « ho », les « ha » tandis qu’un disque distillait en fond sonore des chants de Noël. Soudain, j’entendis mon prénom, je revivais… je me précipitais, c’était le dernier cadeau tout au fond du carton, c’était le plus petit paquet de tous, je tremblais, j’allais prendre mon paquet, mais mon grand-père le retint en me disant, que si le père Noël ne m’avait apporté qu’un seul cadeau, c’est que mes résultats scolaires n’étaient pas assez bons. j’étais mortifiée d’être ainsi montrée du doigt devant toute la famille, je me réfugiais dans un coin pour ouvrir mon paquet qui j’espérerais allait me consoler… c’était une sorte de trousse carrée en cuir bleu d’environ 15 cm sur 15 qui s’ouvrait comme un livre grâce à une fermeture éclair, je fus intriguée et un peu inquiète, cela ne ressemblait pas à un jouet… J’ouvris et découvris une trousse de couture… Soudain l’impression que tout le monde me regardait et se moquait de moi… Je ne me souviens plus de rien d’autre de cette soirée!
La trousse de couture n’a jamais servie et est restée pendant des années au fond d’une armoire, je ne l’ai jamais retrouvée. je ne voulais plus entendre parler de couture. Je ne m’y suis mise que 10 ans plus tard…

Les autres Noëls de mon enfance me laissent au contraire un sentiment de bien-être et de joie surtout lorsqu’ils se passaient chez nous à Nancy. Chacun de nous participait à la fête, la décoration, la bûche, les cadeaux; le sapin était immense, il nous fallait un escabeau pour le décorer. Il y avait une effervescence joyeuse dans ces préparatifs. Maman était encore là, Noël était vraiment une fête.

M comme Mendiants

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Lorsque l’on aborde les registres paroissiaux, on croise parfois des actes de décès de personnes inconnues, d’étrangers à la paroisse, de mendiants. Ces anonymes ont été dessinés par un artiste Lorrain que j’aime beaucoup Jacques Callot dans une collection appelé les gueux (à découvrir si vous ne le connaissez pas!)

L comme légion d’honneur

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« L’ordre national de la Légion d’honneur est l’institution qui, sous l’égide du grand chancelier et du grand maître, est chargée de décerner la plus haute décoration honorifique française. Elle a été instituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte. Elle récompense depuis ses origines les mérites éminents militaires ou civils rendus à la Nation. » (Définition Wikipédia)

Mon grand-père Maurice Billet a été décoré de la légion d’honneur le 11 février 1961, j’ai donc voulu chercher sa fiche dans la base Leonore qui a indexé tous les décorés, mais son dossier est trop récent et je n’ai rien trouvé sur lui par contre j’ai découvert qu’Auguste Silice avait été décoré ainsi que son père qui fut Chevalier de la légion d’honneur. Autres découvertes: Gabriel Auguste Ancelet chevalier le 20 juin 1867, Robert Druesne (dossier trop récent), Paul Foucher chevalier en 1847… il y en a certainement d’autres et les dossiers sont plein d’informations. Alors allez à la recherche des décorations de vos aieux!

K comme Képi et autres couvre-chefs militaires

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Le képi est un couvre-chef à l’origine souple, actuellement essentiellement rigide, de forme cylindrique, à fond plat et surélevé, munie d’une visière, porté en France par les militaires de l’armée de terre, de la gendarmerie et les sapeurs-pompiers, mais aussi par certains fonctionnaires. Il n’est porté que par les hommes.

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Il s’agit de portraits de Maurice Billet mon grand-père au fil des années…

J comme Jura

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Bien que mes ancêtres soient dispersés sur 24 départements, le Jura est le département lié à mon enfance et à mon grand-père maternel Maurice Billet. J’ai retrouvé dans ses affaires un Annuaire de La Préfecture du département du Jura pour l’an 1814, on y retrouve l’histoire du département, un calendrier des saints, des infos sur l’empire français et la famille impériale, l’administration des différents cantons, la population des villes et villages, le nombre d’ouvriers dans les Fabriques et les manufactures, un essai sur les tanneries, un sur les papeteries, un catalogue des plantes rares du département, la liste des quadrupèdes ovipares, des poissons et des oiseaux observés dans le Jura…

I comme Indices

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Lorsque nous partons à la recherche de nos ancêtres, nous sommes comme de Petits Poucets à la recherche  de petits cailloux jalonnant notre parcours. Ces petits cailloux ce sont les indices qui nous permettent d’avancer. Je ne vous parle pas de ces familles qui par chance pour nos recherches, sont restées dans le même village pendant des centaines d’années, mais de ces ancêtres qui souhaitent être cherchés…
Ce peut être un métier qui explique comment ont pu se marier Jean Tissier né dans l’Indre, et Marie Rosalie Gaillard né près de Jemmapes dans la ville d’Eu en Normandie en 1806… jean était conducteur de Diligence.
Sur les actes récents ce sont des mentions marginales qui renseignent sur une vie ainsi Marie Huguette née en aout 1903, cumule les mentions:
Par jugement du 16 décembre 1903, le tribunal civil de Dole a ordonné que l’acte de naissance ci-contre serait rectifié en ce sens que l’enfant qui y est désigné ne pourra porter le nom de BILLET qui n’est pas son père et à la famille duquel il ne peut appartenir.
Reconnue à Paris 15eme arrondissement, le 6 janvier 1914 par Marie Alexandrine Lolivray.
Reconnue à Diego-Suarez Madagascar le 17 avril mil neuf cent huit par Georges Léon MOULLEAU, prospecteur, domicilié à Antseranana Madagascar.
Mariée à Paris 15e arrondissement (Seine) le 12/01/1924 avec Paul Maillard
Décédée à Monéteau (Yonne) le 20/12/1988
Le travail des bénévoles des cercles de généalogie fournissent beaucoup d’indices par leurs relevés, c’est ainsi que j’ai pu trouver le mariage de Jean Baptiste Billet et Marie Alexandrine Lolivray à Sévres alors que l’un était né à Versailles, l’autre dans le Jura et que leur fils était né à Paris…
Dans les registres paroissiaux de certaines régions, les noms des parrain et marraine donnent des pistes  sur la famille élargie…

N’omettez donc jamais aucun indice!

H comme Hérédité

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On parle principalement d’hérédité physique ou d’hérédité sociale. Si j’observe ma généalogie quelques hérédités ont été repérées…:

D’abord les hérédités génétiques:
les hommes (enfin presque tous) deviennent chauves vers 35-40 ans…
Il n’y a que des garçons dans notre lignée Druesne (je suis la première fille depuis 5 générations), c’est vérifié dans les registres!

Pour ce qui est des hérédités sociales:
« Les Ancelet sont des bâtisseurs »: Pierre né en 1749 fut maçon, son fils Gabriel Alexandre né en 1778 devint maitre maçon et entrepreneur , lui succéda François Gabriel né en 1806 qui fut entrepreneur de maçonnerie et architecte, puis Gabriel Auguste né en 1829 qui devint l’architecte de Napoléon III et enfin Charles Prosper né en 1878 également architecte
Nous avons parait-il des gênes artistiques avec entre autres Nicolas et Guillaume Guignet, Auguste Ancelet, Auguste Silice, Léopold Silice, et mon frère ainé et moi qui avons fait les beaux-arts.

Et vous de quoi avez-vous hérité?

G comme Guillaume Guignet

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Guillaume Guignet est né en 1770 à Saint Cloud  à proximité de la Manufacture de Sèvres, où travaillait son père.
Il a sans doute également travaillé à la Manufacture de Sèvres, car pendant un congé de convalescence au cours de son service militaire, il entra comme réparateur dans une manufacture de porcelaine.
Guillaume aimait dessiner et a laissé quelques croquis de ses campagnes. Il est en 1793, incorporé dans la cavalerie, mais peu de temps car son régiment fut licencié. Puis il passe à la douzième demi-brigade d’infanterie, et enfin affecté comme fourrier à la septième compagnie du troisième bataillon de la deuxième demi-brigade d’infanterie légère (troisième division de l’armée d’Orient)
il s’embarqua en Mai de l’année 1798 pour l’Egypte, au moment où Bonaparte lui-même s’embarquait avec toute l’expédition.
Il faisait partie d’une expédition qui comportait 36 000 hommes qui remplirent 400 vaisseaux de transport, encadrés par une centaine de navires de guerre.

Dès son débarquement, Guillaume Guignet dut affronter, avec la belle cohorte de généraux dont s’était entouré Bonaparte (Berthier, Caffarelli, Kléber, Desaix, Lannes, Murat…) les attaques des mamelucks et autres mahométans dont la défaite à la fameuse bataille des Pyramides ouvrit, en Juillet le chemin du Caire, que Bonaparte occupa avec son armée.

D’une santé moyenne, il dut solliciter un congé et un rapatriement avant la fin de l’expédition Et c »est justement parce qu’il fut probablement trouvé peu apte à combattre, qu’il fut muté au grade d’aide-pharmacien de troisième classe . Comme il n’avait fait aucune étude lui conférant une aptitude pour cette spécialité, on est un peu étonné de le voir investi si brusquement et sans préparation à de pareilles fonctions.
On peut, il est vrai, se l’expliquer par le fait que la pharmacie, à cette époque, surtout celle des armées et dans ce pays lointain, où l’on ne pouvait renouveler ni improviser les produits nécessaires, devait être extrêmement simplifiée et se restreindre à quelques calmants (les grains d’opium étaient très employés) et à quelques pansements de charpie enduite de pommades à usages multiples, l’antisepsie et l’asepsie étaint alors inconnues, et toutes les plaies étant suppurantes.

Desgenettes, le médecin-chef de l’expédition avait plus d’administration à faire que de cures sérieuses. Guignet put donc être employé à préparer, par des moyens de fortune, des quantités importantes de ces médicaments simples et de ces onguents peu variés qui ne parurent pas du reste avoir une bien grande action salutaire contre une morbidité et une mortalité qui étaient très grandes.

C’est probablement à Rosette, à Leusbé exactement que Guillaume avait son officine, le laissant tout au moins au calme, tandis que Bonaparte, en Août 1799, lassé à la fois, et pressé de rentrer en France pour chercher à sauver le Directoire en situation critique, laissait le commandement des troupes à Kléber et s’embarquait avec beaucoup des généraux et des savants qu’il avait amenés.

Guignet resta ainsi encore près d’un an dans sa situation, stable et relativement dépourvue de risques.
Le corps expéditionnaire revint peu à peu en France, et Guillaume Guignet, très fatigué probablement par son long séjour dans le climat d’Egypte, sollicita un congé de convalescence valable dès son arrivée en France, et en reçut la confirmation à Marseille, au moment de son débarquement.

Il se hâta donc de rentrer à Saint Cloud avec les moyens de locomotion de l’époque et arriva dans son milieu familial , en Décembre 1801 avec une solde qui ne devait pas être bien élevée, il chercha donc à s’occuper et aussi à augmenter ses modestes revenus.
Il choisit pour cela l’occupation rémunératrice de réparateur de porcelaines dans une grande maison de céramique de la rue du Temple. Ce choix lui permit d’appliquer les connaissances qu’il avait certainement acquises au côté de son père à la Manufacture de Sèvres, et que son goût pour le dessin rendait plus facile et plus attrayant.
Ce repos relatif ne devait malheureusement pas durer, et Guignet allait encore être forcé de rejoindre les armées de Napoléon.
Guignet reçut en effet, en date du 22 Vendémiaire de l’An 12, (16 Octobre 1803) Une feuille d’appel lui enjoignant de rejoindre, dans un délai de trois jours, comme pharmacien de troisième classe la ville d’Osnabrück .
Guignet allait être, disait sa convocation, attaché à l’armée de Hanovre, et devait la rejoindre à Osnabrück, ville importante de ce duché de Hanovre, et qui devait devenir en 1810 chef-lieu du département français de l’ »Ems Supérieur ».
D’Osnabrück, Guignet fut envoyé à Nienburg sur la Weser, et il est à peu près certain qu’il y resta tout le temps de son séjour aux armées.
Guignet peut y préparer tranquillement ses onguents, emplâtres et pansements sommaires, et y trouver en outre des moments de loisirs tranquilles, où il peut faire quelques croquis et aquarelles.
Guillaume Guignet, peut-être éprouvé aussi par le climat humide et rude de Nienburg, comme il l’avait été par celui, excessif dans un autre sens, de l’Egypte, sollicita l’autorisation de rentrer dans ses foyers.

Pendant que Guignet faisait des mixtures et des onguents pour les soldats malades et blessés de l’hôpital de Nienburg, Napoléon, continuait à envahir l’Allemagne avec ses armées, tandis que l’Angleterre rompait définitivement avec la France. En Mai 1804, Napoléon était proclamé empereur à Saint Cloud.

Mais Guignet était surtout préoccupé de quitter ses fonctions dans l’armée, et, l’état de sa santé ne lui permettant plus de les continuer, de rentrer dans ses foyers. Guignet s’empressa de partir dès qu’il fut en possession d’un papier le lui permettant, et nous avons la confirmation de l’état peu brillant de sa santé dans le fait que le médecin-chef de l’hôpital français de Nienburg faisait une note , la veille de son départ, déclarant qu’il avait besoin d’une voiture pour se rendre dans ses foyers, muni d’un « certificat de convalescence ». Il partit donc de Nienburg le 12 Vendémiaire de l’An 13, (soit le 6 Octobre 1804) et arriva en date du 11 Brumaire de l’An 13, soit le 6 Novembre 1804 .
Il avait donc mis environ un mois pour faire ce trajet du Nord-Ouest de l’Allemagne à Paris, ce qui n’a rien de surprenant quand on songe aux moyens encore rudimentaires de transport de cette époque, et au fait qu’il devait presque chaque jour attendre dans les relais de nouveaux chevaux, et peut-être une autre voiture.

Guignet terminait ainsi sa seconde période de présence aux armées. Il avait pendant près de dix ans vu beaucoup de pays, affronté pas mal de périls, subi des climats très opposés,et il dut trouver que cette agitation suffisait jusqu’à la fin de sa vie, car nous allons voir que celle-ci fut aussi calme qu’effacée.

Il retrouva, en arrivant à Saint Cloud, sa mère veuve, mais il n’avait pas l’intention de rester dans ce pays où il avait été élevé, ni d’y chercher une situation dans la spécialité de la céramique, où il avait certainement fait un apprentissage pendant sa jeunesse, connaissance dont il avait pu profiter du reste pour trouver une occupation rémunératrice pendant les deux ans qui séparèrent ses deux périodes de séjour aux armées. La pharmacie qu’il avait appris à connaître en Egypte d’abord, et dans l’armée de Hanovre ensuite, n’avait pas paru le séduire, et du reste, ce qu’il en savait devait être trop restreint pour lui permettre, sans de longues études, peut-être longues et coûteuses, de prendre une officine. Or il paraissait avoir besoin de gagner de suite sa vie, et d’en trouver la réalisation dans le commerce, ce qu’il fit sans tarder, comme nous allons le voir.

Le désir qu’avait Guillaume A. Guignet de se créer une vie nouvelle se réalisa avec une rapidité qui s’explique à peine. Rentré en effet à Saint Cloud le 6 Novembre 1804, (11 Brumaire de l’An 13) il se mariait le 24 Brumaire de cette même année, soit le 15 Novembre 1804, et par conséquent une quinzaine de jours après son retour!
Il épousait, étant âgé alors de trente-quatre ans, Mademoiselle Geneviève Champagne, âgée de vingt-et-un ans, demeurant à Paris, mais dont les parents habitaient les environs de Beauvais. (à Villotran) . elle habitait chez un oncle depuis qu’elle était venue travailler à Paris, et y amasser les petites économies dont il est fait mention dans son contrat de mariage. Ce contrat de mariage stipule en effet que les deux jeunes époux apportaient à la communauté 7 000 f à eux deux, comme montant de leurs économies respectives .
Le jeune ménage, aussitôt marié, s’installa rue Saint Denis, à la Cour Batave, qui donnait au 124 de cette rue, et ouvrit aussitôt après la consécration de leur union, le samedi 3 Frimaire de l’An 13, (24 Novembre 1804) un magasin de mercerie et de nouveautés dont un amusant prospectus indique tout ce qu’on pouvait y trouver, depuis des rubans jusqu’aux « bourlets » (sic) d’enfants, et de la véritable eau de Cologne.

L’enseigne, dont ne pouvait se passer un magasin à cette époque, portait comme titre « au petit mameluck », titre que Guignet avait certainement tenu à choisir en souvenir de son séjour en Egypte.

La hâte d’ouvrir ce magasin aussi rapidement après le mariage de G.A. Guignet peut certainement s’expliquer par le fait que le sacre et le couronnement de l’empereur Napoléon avaient lieu quelques jours après (2 Décembre 1804) et que le jeune ménage avait du compter sur la grande affluence des provinciaux à Paris à l’occasion de cet événement sensationnel, accompagné de réjouissances populaires pour augmenter et amorcer la clientèle de leur maison naissante, et l’achalander plus rapidement grâce à tout ce que leur prospectus offrait d’alléchant.

Ce point de la rue Saint Denis où venait s’installer le jeune ménage était en effet situé dans un quartier très populeux et très commerçant.
La naissance de Rosalie Augustine Guignet n’est certifiée que par une pièce établie en 1875. Cela tient à ce que tous les actes de l’Etat Civil des Parisiens furent brûlés lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville lors de la Commune en 1871, et ne furent reconstitués que lorsqu’une pièce probante permirent de les rétablir.
Le ménage Guignet, tout entier consacré au développement de son commerce, dut mener une vie de labeur sans histoire et c’est ce qui fait qu’il n’est resté aucun document qui puisse nous renseigner sur cette évolution et sur le changement de vie si complet de G.A. Guignet.

Tout ce qui nous est resté de cette période de la vie du ménage Guignet est la mention de la venue des trois enfants qu’il eut. Le premier enfant, une fille, née le 6 Mai 1806, soit dix-huit mois après le mariage de ses parents, ne vécut que six semaines. Le second, un garçon, (Louis Auguste) naquit le 21 Juin 1807 et aucun document ne permet de savoir s’il se maria et quand il mourut. Le troisième enfant fut une fille, (Rosalie Augustine) qui naquit le 8 Janvier 1809 et fut baptisée dans le pays de ses grands parents maternels, à Villotran près de Beauvais. C’est elle qui épousera François Gabriel Ancelet, et être la mère de Gabriel Auguste Ancelet, mon arrière-arrière grand père.

Le 27 Octobre 1814, que Guillaume Auguste Guignet obtint de la royauté rétablie la décoration de l’Ordre du Lys, dont le diplôme lui était dé-cerné, dit le libellé, pour l’ensemble de ses campagnes, et son service dans la Garde Nationale. Cet ordre est signé sur les deux faces par Charles Philippe, Comte d’Artois, qui devait devenir Roi de France sous la dénomination de Charles X.

En 1819 se produisit un événement important dans la vie bien retirée du ménage Guignet et qui prouve que le petit commerce qu’ils avaient entrepris avait été assez prospère pour leur permettre de réaliser quelques économies. A cette date, exactement le 1er Juillet 1819, Monsieur et Madame  Guillaume Guignet achetaient à Monsieur Simon Souchet (cousin des Ancelet par la famille Biaury) la propriété de Charonne qui devait rester pendant un siècle la propriété de famille .

Cette propriété était située dans une rue dite rue Aumaire n°18 (avant que François Ancelet n’en fit changer le nom en celui de Vitruve) fut payée 8 500 f , ce qui représente une quarantaine de mille francs de notre époque

L’acte de vente de la propriété indique que les impôts dont elle était grevée se montaient à 21 francs 97 centimes et l’assurance contre l’incendie à 6 francs. la pro-priété était importante. celle-ci comprenait une grande maison d’habitation avec un jardin clos de murs qui avait une superficie de 2 000 m2 environ.

Située alors hors Paris, environnée de terrains de culture et de jardins, accessible par une petite rue bordée de maisons basses de cultivateurs, elle avait tous les caractères de la vraie propriété de campagne.  A l’intérieur, la même origine était soulignée par de grandes et belles cheminées de marbre et quelques boiseries du XVIIIe siècle. Cette acquisition procura donc au ménage Guignet et à ses enfants une agréable villégiature, où il allait se reposer et se distraire, chaque fois que les obligations du commerce ne le retenaient pas à la Cour Batave, ils devaient du reste y finir leurs jours.

Guillaume Guignet y installa sa mère, veuve de Nicolas Guignet, qui devait mourir , à Charonne, le 1er Décembre 1827.
Après l’achat de la propriété de Charonne, la vie du ménage Guignet se poursuivit ainsi entre le magasin de la Cour Batave et la maison de campagne de Charonne, où il vint de plus en plus séjourner ; ils devaient l’habiter presque tout à fait, avec leur gendre François Gabriel Ancelet, et y mourir.

Entre cet achat et la mort de Guillaume Auguste Guignet, eut lieu la révolution de 1830 Comme Garde National, il dut certainement être mêlé aux bagarres.
Toujours est-il que ce n’est que le 9 Novembre 1836 qu’il abandonna ses armes de Garde National.
Guillaume Auguste Guignet se confina alors de plus en plus dans sa propriété, son âge et sa santé délicate justifiant ce repos, et il y mourut le 28 Juin 1845, à l’âge de soixante-quatorze ans.

Il fut enterré dans le cimetière  de Charonne.Sa femme ne lui survécut que deux ans, et mourut le 26 Avril 1847. Elle fut inhumée dans la même tombe.

F comme Faire Fortune

Challenge AZ, XVIIeme et XVIIIeme siècles Pas un mot »

Oui faire fortune ou plutôt vouloir faire fortune…
Un de mes ancêtres Pierre Foucher a raconté ses souvenirs dans un livre en 1845 sans doute encouragé par son gendre Victor Hugo.
Il raconte au début de son ouvrage la rencontre de ses parents et comment son père René a voulu faire fortune au Canada…
« Le tabellion avait une grande tendresse pour Syette, sa fille unique, il ne la grondait que quand la petite quittait sa quenouille pour prendre le livre que son cousin Yvon lui prêtait, et il la grondait souvent. J’ai une vieille tante maternelle qui m’a dit que la lecture avait développé trop promptement le cœur de ma mère et l’avait disposée à accueillir celui qui plus tard devint son mari. Cette inclination chagrina ses parents qui voulaient en faire une ursuline et la placer dans un couvent, où il y avait déjà deux religieuses de la famille.
 Je tiens de la même vieille tante ce que je vais dire de la liaison qui s’établit entre Langeais et Blain.
 Mon père eut, un jour, la fantaisie de suivre jusqu’à destination des fruits secs et quelques tonnes de vin tourangeau qu’un négociant de Nantes, qui avait reçu de lui cette pacotille, envoyait dans le Canada, sur un bâtiment armé, attendu que nous étions alors en guerre avec l’Angleterre. Mon père se tira heureusement de cette expédition. De retour en Anjou, il fit un commerce forain, parcourant les provinces voisines de la Bretagne; il vit Syette David, pour la première fois, à la grande foire de Nantes, dite foire nantaise. Cette rencontre lui fit prendre, à lui et à son chariot, la route de Blain. Il s’obstina à vouloir y débiter ses marchandises et ses tendres protestations, et cela, au grand détriment de ses affaires, car l’argent était rare dans la contrée, les étoffes étrangères peu recherchées, et les pères de famille ne sympathisaient nullement avec les gens à professions nomades. Mais mon père était têtu, il ne se découragea point. Il finit par être agréé de Syette et apprit d’elle qu’on voulait pour gendre un homme qui possédât au moins quelques journaux de terre. Le jeune amoureux eut bientôt pris une résolution. Il retourne à Nantes, refait une pacotille et prend de nouveau le chemin du Canada, dans la vue de se former un capital. Il n’était pas né heureux. Embarqué sur un vaisseau de l’État, où à l’aide d’un ami il s’était fait classer comme voilier, il fut pris par les Anglais à l’entrée même du fleuve Saint-Laurent, fut conduit, avec tout l’équipage français, à Québec, dont l’ennemi venait de se rendre maître, et resta pendant trois à quatre ans enfermé dans les casemates de cette capitale d’outre-mer.
 A la paix, mon père, revint à Langeais; ses parents étaient morts, dans l’intervalle, de ces fièvres endémiques qui, de temps à autre, font encore des ravages sur cette partie de la Loire. La succession avait été gaspillée. L’héritier légitime n’entendait rien aux procès , il s’en alla à Nantes et il y apprit que Syette était elle aussi orpheline. Le jour même de cette nouvelle, il s’en alla à Blain et y fut mieux reçu qu’à sa première tentative; Yvon Marsac entreprit cette négociation qui réussit. On arrêta en famille qu’aussitôt après les noces, les époux iraient s’établir à Nantes; ceci se passait en 1766. »

Après vérifications dans les archives, René n’était pas commerçant de pacotille mais maître cordonnier et il est bien monté dans un bateau mais vers les Antilles… Mais peut-être n’ai je pas tout découvert!
Comme quoi, il faut toujours vérifier les informations…