AnceletMadeleine que vous pouvez découvrir au travers de ses mémoires a aussi écrit en 1989 sur son grand-père Gabriel Auguste ANCELET
Le nom d’ Ancelet est à l’ordre du jour actuellement ; on en parle dans les journaux, et surtout à Compiègne, parce qu’à la fin de l’année 1989, cent-vingt et un ans après le début de son édification par l’architecte de Napoléon III, Gabriel Auguste Ancelet, « Le Grand Théâtre du Château de Compiègne » va être non restauré, mais achevé et deviendra un lieu de création pour la Musique Française. Compiègne sera alors « l’Aix-en-Provence » du Nord. L’exceptionnelle qualité de son théâtre lui permettra d’accueillir des manifestations prestigieuses d’art lyrique.

Gabriel Auguste Ancelet est né à Paris le 21 décembre 1829. Après des études brillantes, il entre à l’Ecole des Beaux Arts en 1845, à peine âgé de 16 ans. Ses projets d’Ecole suscitèrent un vif intérêt chez ses professeurs et obtinrent un grand succès. L’un deux, est particulièrement remarquable et je vous le signale pour que vous vous représentiez ce qu’était le Trocadéro en 1850 : Ancelet devait élaborer le projet d’un Tombeau pour Napoléon I, qu’on élèverait sur le Trocadéro d’alors, en fait la colline de Chaillot, qui n’était qu’un amas de rochers informes !  Ancelet avait vingt ans.
Ce furent ensuite des projets pour une « Fontaine en Algérie » et un « Monument Votif à la Mémoire des marins naufragés, à l’extrémité d’un cap dangereux. « Ce sont des bijoux de composition et de dessin » dixit M. Nénot, membre de l’Académie des Beaux Arts, successeur de M. Ancelet dont il fut chargé de faire l’éloge funèbre. C’est de cet opuscule que je tire beaucoup de détails pour écrire cet article.
Les succès qu’obtinrent ces projets, valurent à Ancelet le « Grand Prix de Rome » en 1851, à l’âge de 22 ans.
Il partit ensuite à Rome en 1852, à l’Ecole des Beaux Arts. Pensionnaire, il mène une vie recluse et toute dédiée au travail de son art. Il est enthousiasmé par les fouilles de la « Via Appia », récemment découverte. Pompéi l’enchante. Venise le captive. Il visite toute l’Italie, envoie à l’Académie de Paris de nombreux dessins sur les monuments antiques où ils y seront fort appréciés.

Ancelet est heureux en Italie. Mais hélas il est pris par « les fièvres » qui à cette époque firent souffrir tant de pensionnaires. Il est obligé de rentrer à Paris. Là, après quelques années comme Inspecteur aux Travaux des Archives et de la Bibliothèque de l’Arsenal, il est nommé en 1858, par le Ministre d’Etat de la Maison de l’Empereur, Napoléon III, Architecte du Château de Pau, avec un traitement annuel de 4 000 F ! Un logement dans les bâtiments du château est mis à sa disposition. Là, il remplaça une énorme muraille qui fermait le château du côté de la ville, par un portique de trois arcades à jour, qui permettra au soleil de pénétrer dans la cour jadis si sombre et on pourra apprécier tous les charmants détails des bâtiments du fond. Si vous passez à Pau, ne manquez pas d’en admirer l’architecture d’une finesse délicieuse.
Nommons en passant, la reconstruction du château d’ Arteaga, domaine de l’Impératrice Eugénie de Montijo, situé non loin de Bilbao et tout près de la petite ville si célèbre de Guernica. Tous les motifs d’ornement, aussi bien qu’à Pau, ont été dessinés par la main même d’ Ancelet.

Et c’est en 1864 à 35 ans, qu’il fut nommé Architecte du Château de Compiègne et qu’il s’y installa avec celle qu’il venait d’épouser : Isabelle Foucher fille de Paul Foucher, petite nièce de Victor Hugo, de neuf ans plus jeune que lui. Ce furent, pour le jeune couple, des années merveilleuses. La vie dans ce château ou l’Empereur aimait tant résider avec l’Impératrice Eugénie qu’il avait épousée en 1853, était un vrai conte de fée, bals, réceptions brillantes, s’y succédaient sans arrêt. De cette période heureuse de la vie de ma grand-mère, j’avais – relique précieuse – un carnet de bal à son nom où les noms des danses d’alors : mazurka, valse, quadrille des lanciers, me laissaient rêveuse. Hélas ! Ce carnet s’est perdu dans les déménagements.
L’Empereur, qui aimait le faste, chargea Auguste Ancelet de construire une salle de théâtre afin de pouvoir donner des représentations lors de ses séjours à Compiègne. Ce théâtre fut construit sur l’emplacement d’un ancien couvent des Carmélites ; comme il était séparé du château par une rue, on l’y relia par une galerie couverte, toujours visible.
C’est dans ce château que naquit en 1869 le premier fils d’Auguste : « Gabriel ». Dans ma petite enfance, on me racontait que l’Empereur lui-même était venu, avec son jeune fils de 11 ans, Eugène, mort si tragiquement à 20 ans, féliciter les heureux parents et que le petit prince avait embrassé le bébé ! Quelle fierté pour la famille Ancelet !
C’est au château, où elle avait tant de loisirs, que ma grand’mère Isabelle, dont j’ai le portrait peint par elle-même, dans le salon, commença à broder les bandes de tapisserie qui recouvrent le divan du dit salon et dont son mari avait fait les dessins. Vous comprendrez maintenant pourquoi je tiens tant à ce divan, entièrement tapissé à la main par ma grand’mère.

Répondant aux désirs de l’Empereur, Auguste Ancelet voit grand : il conçoit et fait édifier un théâtre pouvant accueillir 900 personnes, doté d’une scène de 13 m d’ouverture qui en fait l’égale du théâtre du Châtelet, d’une mezzanine et de deux étages de balcons. La splendeur du décor était directement inspirée par l’Opéra Royal du Château de Versailles, mais la composition des détails et l’ornementation sont l’ oeuvre bien personnelle de l’architecte.
Le 4 septembre 1870, le décor de la salle était pratiquement terminé, l’inauguration devait avoir lieu durant la saison des chasses en 1871… Hélas ! Le Second Empire allait disparaître après quelques semaines d’une guerre malheureuse et la capitulation de Sedan.

Durant toute la guerre, Ancelet resta à Compiègne et eut à supporter les lourdes charges, les humiliations et les ennuis de l’occupation allemande. Ensuite, sa fonction étant supprimée, il revint à Paris, rue Vitruve, dans un joli pavillon entouré d’un jardin que l’on m’a montré dans ma jeunesse.
Là, y naquit une petite Paule, morte à 5 ans, d’une chute sur la tempe, puis mon père, Charles en 74 et enfin en 1881, Marie, morte à 20 ans de la tuberculose. Mon père ne se consola jamais de la mort de sa soeur et nous en parlait souvent.
A Paris, Auguste Ancelet fut nommé architecte du Conservatoire des Arts et Métiers et eut à restaurer bien des monuments, entre autres la Porte St-Denis. Tous ces beaux travaux lui valurent d’être élu membre de l’Académie des Beaux Arts en 1892. C’est le 3 août 1895 que la mort vint le frapper juste deux ans après la disparition de sa chère compagne Isabelle.

Un dernier détail touchant qui fait partie de la « Petite Histoire » : En 1918 l’Impératrice Eugénie âgée de 92 ans, vint d’Espagne au Château de Compiègne où elle avait vécu quelques-unes des plus belles années de sa vie, se recueillir devant le berceau de son fils. La honte de 1870 était effacée…
Elle mourrait deux ans après à Madrid. Son mari, Napoléon III était décédé en 1873, trois ans après la défaite de 70…