Guillaume Guignet est né en 1770 à Saint Cloud  à proximité de la Manufacture de Sèvres, où travaillait son père.
Il a sans doute également travaillé à la Manufacture de Sèvres, car pendant un congé de convalescence au cours de son service militaire, il entra comme réparateur dans une manufacture de porcelaine.
Guillaume aimait dessiner et a laissé quelques croquis de ses campagnes. Il est en 1793, incorporé dans la cavalerie, mais peu de temps car son régiment fut licencié. Puis il passe à la douzième demi-brigade d’infanterie, et enfin affecté comme fourrier à la septième compagnie du troisième bataillon de la deuxième demi-brigade d’infanterie légère (troisième division de l’armée d’Orient)
il s’embarqua en Mai de l’année 1798 pour l’Egypte, au moment où Bonaparte lui-même s’embarquait avec toute l’expédition.
Il faisait partie d’une expédition qui comportait 36 000 hommes qui remplirent 400 vaisseaux de transport, encadrés par une centaine de navires de guerre.

Dès son débarquement, Guillaume Guignet dut affronter, avec la belle cohorte de généraux dont s’était entouré Bonaparte (Berthier, Caffarelli, Kléber, Desaix, Lannes, Murat…) les attaques des mamelucks et autres mahométans dont la défaite à la fameuse bataille des Pyramides ouvrit, en Juillet le chemin du Caire, que Bonaparte occupa avec son armée.

D’une santé moyenne, il dut solliciter un congé et un rapatriement avant la fin de l’expédition Et c »est justement parce qu’il fut probablement trouvé peu apte à combattre, qu’il fut muté au grade d’aide-pharmacien de troisième classe . Comme il n’avait fait aucune étude lui conférant une aptitude pour cette spécialité, on est un peu étonné de le voir investi si brusquement et sans préparation à de pareilles fonctions.
On peut, il est vrai, se l’expliquer par le fait que la pharmacie, à cette époque, surtout celle des armées et dans ce pays lointain, où l’on ne pouvait renouveler ni improviser les produits nécessaires, devait être extrêmement simplifiée et se restreindre à quelques calmants (les grains d’opium étaient très employés) et à quelques pansements de charpie enduite de pommades à usages multiples, l’antisepsie et l’asepsie étaint alors inconnues, et toutes les plaies étant suppurantes.

Desgenettes, le médecin-chef de l’expédition avait plus d’administration à faire que de cures sérieuses. Guignet put donc être employé à préparer, par des moyens de fortune, des quantités importantes de ces médicaments simples et de ces onguents peu variés qui ne parurent pas du reste avoir une bien grande action salutaire contre une morbidité et une mortalité qui étaient très grandes.

C’est probablement à Rosette, à Leusbé exactement que Guillaume avait son officine, le laissant tout au moins au calme, tandis que Bonaparte, en Août 1799, lassé à la fois, et pressé de rentrer en France pour chercher à sauver le Directoire en situation critique, laissait le commandement des troupes à Kléber et s’embarquait avec beaucoup des généraux et des savants qu’il avait amenés.

Guignet resta ainsi encore près d’un an dans sa situation, stable et relativement dépourvue de risques.
Le corps expéditionnaire revint peu à peu en France, et Guillaume Guignet, très fatigué probablement par son long séjour dans le climat d’Egypte, sollicita un congé de convalescence valable dès son arrivée en France, et en reçut la confirmation à Marseille, au moment de son débarquement.

Il se hâta donc de rentrer à Saint Cloud avec les moyens de locomotion de l’époque et arriva dans son milieu familial , en Décembre 1801 avec une solde qui ne devait pas être bien élevée, il chercha donc à s’occuper et aussi à augmenter ses modestes revenus.
Il choisit pour cela l’occupation rémunératrice de réparateur de porcelaines dans une grande maison de céramique de la rue du Temple. Ce choix lui permit d’appliquer les connaissances qu’il avait certainement acquises au côté de son père à la Manufacture de Sèvres, et que son goût pour le dessin rendait plus facile et plus attrayant.
Ce repos relatif ne devait malheureusement pas durer, et Guignet allait encore être forcé de rejoindre les armées de Napoléon.
Guignet reçut en effet, en date du 22 Vendémiaire de l’An 12, (16 Octobre 1803) Une feuille d’appel lui enjoignant de rejoindre, dans un délai de trois jours, comme pharmacien de troisième classe la ville d’Osnabrück .
Guignet allait être, disait sa convocation, attaché à l’armée de Hanovre, et devait la rejoindre à Osnabrück, ville importante de ce duché de Hanovre, et qui devait devenir en 1810 chef-lieu du département français de l’ »Ems Supérieur ».
D’Osnabrück, Guignet fut envoyé à Nienburg sur la Weser, et il est à peu près certain qu’il y resta tout le temps de son séjour aux armées.
Guignet peut y préparer tranquillement ses onguents, emplâtres et pansements sommaires, et y trouver en outre des moments de loisirs tranquilles, où il peut faire quelques croquis et aquarelles.
Guillaume Guignet, peut-être éprouvé aussi par le climat humide et rude de Nienburg, comme il l’avait été par celui, excessif dans un autre sens, de l’Egypte, sollicita l’autorisation de rentrer dans ses foyers.

Pendant que Guignet faisait des mixtures et des onguents pour les soldats malades et blessés de l’hôpital de Nienburg, Napoléon, continuait à envahir l’Allemagne avec ses armées, tandis que l’Angleterre rompait définitivement avec la France. En Mai 1804, Napoléon était proclamé empereur à Saint Cloud.

Mais Guignet était surtout préoccupé de quitter ses fonctions dans l’armée, et, l’état de sa santé ne lui permettant plus de les continuer, de rentrer dans ses foyers. Guignet s’empressa de partir dès qu’il fut en possession d’un papier le lui permettant, et nous avons la confirmation de l’état peu brillant de sa santé dans le fait que le médecin-chef de l’hôpital français de Nienburg faisait une note , la veille de son départ, déclarant qu’il avait besoin d’une voiture pour se rendre dans ses foyers, muni d’un « certificat de convalescence ». Il partit donc de Nienburg le 12 Vendémiaire de l’An 13, (soit le 6 Octobre 1804) et arriva en date du 11 Brumaire de l’An 13, soit le 6 Novembre 1804 .
Il avait donc mis environ un mois pour faire ce trajet du Nord-Ouest de l’Allemagne à Paris, ce qui n’a rien de surprenant quand on songe aux moyens encore rudimentaires de transport de cette époque, et au fait qu’il devait presque chaque jour attendre dans les relais de nouveaux chevaux, et peut-être une autre voiture.

Guignet terminait ainsi sa seconde période de présence aux armées. Il avait pendant près de dix ans vu beaucoup de pays, affronté pas mal de périls, subi des climats très opposés,et il dut trouver que cette agitation suffisait jusqu’à la fin de sa vie, car nous allons voir que celle-ci fut aussi calme qu’effacée.

Il retrouva, en arrivant à Saint Cloud, sa mère veuve, mais il n’avait pas l’intention de rester dans ce pays où il avait été élevé, ni d’y chercher une situation dans la spécialité de la céramique, où il avait certainement fait un apprentissage pendant sa jeunesse, connaissance dont il avait pu profiter du reste pour trouver une occupation rémunératrice pendant les deux ans qui séparèrent ses deux périodes de séjour aux armées. La pharmacie qu’il avait appris à connaître en Egypte d’abord, et dans l’armée de Hanovre ensuite, n’avait pas paru le séduire, et du reste, ce qu’il en savait devait être trop restreint pour lui permettre, sans de longues études, peut-être longues et coûteuses, de prendre une officine. Or il paraissait avoir besoin de gagner de suite sa vie, et d’en trouver la réalisation dans le commerce, ce qu’il fit sans tarder, comme nous allons le voir.

Le désir qu’avait Guillaume A. Guignet de se créer une vie nouvelle se réalisa avec une rapidité qui s’explique à peine. Rentré en effet à Saint Cloud le 6 Novembre 1804, (11 Brumaire de l’An 13) il se mariait le 24 Brumaire de cette même année, soit le 15 Novembre 1804, et par conséquent une quinzaine de jours après son retour!
Il épousait, étant âgé alors de trente-quatre ans, Mademoiselle Geneviève Champagne, âgée de vingt-et-un ans, demeurant à Paris, mais dont les parents habitaient les environs de Beauvais. (à Villotran) . elle habitait chez un oncle depuis qu’elle était venue travailler à Paris, et y amasser les petites économies dont il est fait mention dans son contrat de mariage. Ce contrat de mariage stipule en effet que les deux jeunes époux apportaient à la communauté 7 000 f à eux deux, comme montant de leurs économies respectives .
Le jeune ménage, aussitôt marié, s’installa rue Saint Denis, à la Cour Batave, qui donnait au 124 de cette rue, et ouvrit aussitôt après la consécration de leur union, le samedi 3 Frimaire de l’An 13, (24 Novembre 1804) un magasin de mercerie et de nouveautés dont un amusant prospectus indique tout ce qu’on pouvait y trouver, depuis des rubans jusqu’aux « bourlets » (sic) d’enfants, et de la véritable eau de Cologne.

L’enseigne, dont ne pouvait se passer un magasin à cette époque, portait comme titre « au petit mameluck », titre que Guignet avait certainement tenu à choisir en souvenir de son séjour en Egypte.

La hâte d’ouvrir ce magasin aussi rapidement après le mariage de G.A. Guignet peut certainement s’expliquer par le fait que le sacre et le couronnement de l’empereur Napoléon avaient lieu quelques jours après (2 Décembre 1804) et que le jeune ménage avait du compter sur la grande affluence des provinciaux à Paris à l’occasion de cet événement sensationnel, accompagné de réjouissances populaires pour augmenter et amorcer la clientèle de leur maison naissante, et l’achalander plus rapidement grâce à tout ce que leur prospectus offrait d’alléchant.

Ce point de la rue Saint Denis où venait s’installer le jeune ménage était en effet situé dans un quartier très populeux et très commerçant.
La naissance de Rosalie Augustine Guignet n’est certifiée que par une pièce établie en 1875. Cela tient à ce que tous les actes de l’Etat Civil des Parisiens furent brûlés lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville lors de la Commune en 1871, et ne furent reconstitués que lorsqu’une pièce probante permirent de les rétablir.
Le ménage Guignet, tout entier consacré au développement de son commerce, dut mener une vie de labeur sans histoire et c’est ce qui fait qu’il n’est resté aucun document qui puisse nous renseigner sur cette évolution et sur le changement de vie si complet de G.A. Guignet.

Tout ce qui nous est resté de cette période de la vie du ménage Guignet est la mention de la venue des trois enfants qu’il eut. Le premier enfant, une fille, née le 6 Mai 1806, soit dix-huit mois après le mariage de ses parents, ne vécut que six semaines. Le second, un garçon, (Louis Auguste) naquit le 21 Juin 1807 et aucun document ne permet de savoir s’il se maria et quand il mourut. Le troisième enfant fut une fille, (Rosalie Augustine) qui naquit le 8 Janvier 1809 et fut baptisée dans le pays de ses grands parents maternels, à Villotran près de Beauvais. C’est elle qui épousera François Gabriel Ancelet, et être la mère de Gabriel Auguste Ancelet, mon arrière-arrière grand père.

Le 27 Octobre 1814, que Guillaume Auguste Guignet obtint de la royauté rétablie la décoration de l’Ordre du Lys, dont le diplôme lui était dé-cerné, dit le libellé, pour l’ensemble de ses campagnes, et son service dans la Garde Nationale. Cet ordre est signé sur les deux faces par Charles Philippe, Comte d’Artois, qui devait devenir Roi de France sous la dénomination de Charles X.

En 1819 se produisit un événement important dans la vie bien retirée du ménage Guignet et qui prouve que le petit commerce qu’ils avaient entrepris avait été assez prospère pour leur permettre de réaliser quelques économies. A cette date, exactement le 1er Juillet 1819, Monsieur et Madame  Guillaume Guignet achetaient à Monsieur Simon Souchet (cousin des Ancelet par la famille Biaury) la propriété de Charonne qui devait rester pendant un siècle la propriété de famille .

Cette propriété était située dans une rue dite rue Aumaire n°18 (avant que François Ancelet n’en fit changer le nom en celui de Vitruve) fut payée 8 500 f , ce qui représente une quarantaine de mille francs de notre époque

L’acte de vente de la propriété indique que les impôts dont elle était grevée se montaient à 21 francs 97 centimes et l’assurance contre l’incendie à 6 francs. la pro-priété était importante. celle-ci comprenait une grande maison d’habitation avec un jardin clos de murs qui avait une superficie de 2 000 m2 environ.

Située alors hors Paris, environnée de terrains de culture et de jardins, accessible par une petite rue bordée de maisons basses de cultivateurs, elle avait tous les caractères de la vraie propriété de campagne.  A l’intérieur, la même origine était soulignée par de grandes et belles cheminées de marbre et quelques boiseries du XVIIIe siècle. Cette acquisition procura donc au ménage Guignet et à ses enfants une agréable villégiature, où il allait se reposer et se distraire, chaque fois que les obligations du commerce ne le retenaient pas à la Cour Batave, ils devaient du reste y finir leurs jours.

Guillaume Guignet y installa sa mère, veuve de Nicolas Guignet, qui devait mourir , à Charonne, le 1er Décembre 1827.
Après l’achat de la propriété de Charonne, la vie du ménage Guignet se poursuivit ainsi entre le magasin de la Cour Batave et la maison de campagne de Charonne, où il vint de plus en plus séjourner ; ils devaient l’habiter presque tout à fait, avec leur gendre François Gabriel Ancelet, et y mourir.

Entre cet achat et la mort de Guillaume Auguste Guignet, eut lieu la révolution de 1830 Comme Garde National, il dut certainement être mêlé aux bagarres.
Toujours est-il que ce n’est que le 9 Novembre 1836 qu’il abandonna ses armes de Garde National.
Guillaume Auguste Guignet se confina alors de plus en plus dans sa propriété, son âge et sa santé délicate justifiant ce repos, et il y mourut le 28 Juin 1845, à l’âge de soixante-quatorze ans.

Il fut enterré dans le cimetière  de Charonne.Sa femme ne lui survécut que deux ans, et mourut le 26 Avril 1847. Elle fut inhumée dans la même tombe.