30 septembre 1914

Journée sans nouvelle…

L’Est Républicain publie un texte de Maurice Barrès

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30 septembre 1914 (JMO du 37e RI)

Le régiment reste dans la situation de la veille au soir.

Cartographie du 30 septembre 1914

29 septembre 1914

La boîte aux lettres est à nouveau vide… Cécile s’inquiète… et l’Est républicain égraine ses nouvelles…

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29 septembre 1914 (JMO du 37e RI)

A la pointe du jour, le régiment reçoit l’ordre suivant: Maintenir la possession du front occupé en s’y fortifiant solidement jusqu’à ce que l’ordre soit donné de prendre l’offensive. Le secteur affecté au 37e est limité à gauche par la ligne incluse: Meaulte, Bécordel, corne eest du bois de Mametz, Bazentin le grand, et à droite par la ligne exclue Mametz cote 110.

Le 2e bataillon occupe la ligne principale de défense Hauteur au Sud Ouest de Fricourt vers l’ancienne route Albert Péronne.

Le 1er bataillon est à la disposition du chef de corps vers la côte 107 dans les tranchées organisées par le génie.

Le régiment reste dans cette situation toute la journée. Il avait à gauche le 11e Corps et à droite un bataillon du 69e.

Le 3e bataillon du 37e qui était resté à Dompierre depuis le 27 septembre pour occuper le front Dompierre Bussus avec 1 bataillon du 79e devait se trouver pour 7h30 dans les boqueteaux ouest de la côte 86, 2km500 ouest de Bray avec un bataillon du 26e. Fricourt est incendié et évacué en partie par les allemands. Le bataillon du 26e l’occupe.

En fin de journée le régiment stationne sur les positions suivantes: 1 bataillon à la Halte et à Mametz (2e); 1 bataillon à la droite du 26e sur le terrain conquis (3e); 1 bataillon à la cote 107 (1er). Tout le monde doit être prêt à reprendre l’offensive le 30 à 6h.

Cartographie du 29 septembre 1914

 

 

28 septembre 1914

28 septembre 1914

Ma bonne Cécile,

Je te disais, dans le mot que je t ‘ai envoyé hier que les ballots de lettres étaient arrivés et allaient êtres triés. J’ai assisté pendant un moment à ce travail considérable et j’ai eu la joie d’entendre un des premiers mon nom. J’ai reçu ta lettre datée du 18 septembre dans laquelle tu me parles d’Eugénie qui a bien voulu se souvenir de nous et à qui tu as donné asile. Je t’approuve entièrement.

Tu me dis aussi que tu ne reçois pas mes lettres. Serait-ce parce que j’ai  employé la poste civile, c’est-à-dire parce que j’ai affranchi ces lettres ? Cependant j’ai alterné avec des cartes en franchise et ai pu t’écrire presque journellement sauf certains jours où ça chauffait beaucoup.

Je te répétais que moral et physique étaient toujours parfaits, cependant que j’étais obsédé par la fameuse date du 1er octobre, jour où j’ai le droit de faire valoir mes droits à la retraite et toi par conséquent tu as également des droits tiers (?) sur mes 18 années de service militaire et les 12 années de l’asile.

Mais ta lettre est venue dissiper ces préoccupations et a ramené ma sérénité qui sera néanmoins plus complète encore à partir du 30 à minuit. (Tu vois c’est du cauchemar). Moi non plus ma chérie, je n’ai pas de lettres de Robert. Ça me manque beaucoup. On m’a assuré qu’il devait être nommé médecin auxiliaire. S’il en était ainsi, je serais bien heureux, car outre la solde, il touchera également une indemnité d’entrée en campagne qui lui sera bien utile. D’autre part la situation matérielle sera meilleure.

J’ai demandé à tous les états-majors que j’ai rencontrés, aucun n’a pu me renseigner sur cette fameuse 73e division de réserve.

J’ai reçu des lettres contenant le mandat de Poulet juste le lendemain du jour où je lui ai écrit, aussi je ne lui en parlais pas non plus. On est toujours sans nouvelles du pauvre Marcel, aucun de ses camarades survivants ne peut me dire dans quelles conditions, il a disparu et l’ambulance du 37e ne l’a pas sur ses contrôles. Un de ses camarades que j’avais vu à la hâte le lendemain de l’affaire m’a dit qu’il était légèrement blessé à la tête, mais celui-là a disparu à son tour. Car je n’ai pu le rejoindre depuis.  Hier j’ai reçu un mot du brave Simon qui termine sa lettre par ‘ pauvre Hautmont », que veut-il dire ?

Hier et aujourd’hui notre régiment a été divisé et placé momentanément sous des autorités différentes. De sorte que j’ai été détaché à l’arrière avec la compagnie (?) rang, je bats donc ma flemme, c’est ce qui t’explique le temps de te donner tous ces détails, qui m’est procuré ; J’en profite avec le plus grand bonheur, ma chérie, mais je dois me borner car je ne peux te parler des évènements actuels sans enfreindre à la consigne. Mais ça va toujours bien, bien que lentement. Je termine donc en te répétant combien je t’aime, combien mon affection redouble avec l’absence et combien j’aspire maintenant à la fin de cette épreuve qui permettra enfin notre réunion dont nous userons et abuserons, dis ma chérie ?

Je t’embrasse bien fort. Ton tout à toi

J.Druesne

Je n’ai pas encore rencontré M.Gauny, cependant il doit être par ici. Dis bien des choses chez lui et embrasse Loulou et Eugénie.

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28 septembre 1914 (JMO du 37er RI)

 Les 1er et 2e bataillons reprennent pour la pointe du jour les positions de la veille qu’ils doivent continuer à organiser et à occuper solidement. Ces positions furent soumises toute la journée à un violent bombardement. A la tombée de la nuit eut lieu une violente attaque du village de Mametz. Le 2e bataillon découvert à gauche par le 81e territorial qui lâche prise, fut obligé de se replier en partie. La 8e compagnie seule resta dans le château et y passe la nuit.

Les pertes sont: Capitaine Rigaud tué, Lieutenant Vamaise blessé.

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« Historique du 37e régiment d’infanterie. France. 1914-1918″ 

Au cours de la journée du 28 et pendant la nuit du 28 au 29, l’ennemi prononce de violentes attaques sur Mametz et Fricourt. A Mametz la 8e compagnie, qui a mis le château en état de défense, arrête l’ennemi par son opiniâtre résistance. Le capitaine RIGAUD, qui la commande, tombe en donnant l’exemple de la plus belle bravoure.

Devant Fricourt le capitaine Chasles, avec la 10e compagnie et des éléments du 3ème bataillon, résiste énergiquement dans une carrière dont la sortie est sous le feu de deux mitrailleuses allemandes.

Ces deux vaillantes compagnies tiennent héroïquement et ne sont dégagées que le 29 par une attaque menée sur Fricourt et Mametz par la 21e brigade à la disposition de qui avait été mis le 37e.

Pendant ces durs combats le régiment avait été, comme toujours, à hauteur de sa tâche. Officiers et soldats avaient rivalisé d’énergie, de courage et de ténacité. Ils avaient une part des plus glorieuses à la citation accordée au 20e C. A.

“ Le 20e C.A., comprenant le 37e R.I. Pendant les journées des 26 et 27 septembre 1914, sur toutes les parties du front où il a été employé, le 20e corps a toujours su progresser et entraîner la progression de ses voisins. Le 28, il a résisté aux attaques les plus furieuses et il a trouvé, dans son ardeur, assez de ressources pour passer à son tour à. l’offensive le 29 au matin. Le général commandant l’armée est heureux de féliciter le 20e C.A. Dans l’ouest, comme précédemment dans l’est, ce corps ne cesse de montrer les plus hautes qualités manœuvrières, une endurance qui ne se dément pas, une vigueur et un entrain que rien ne saurait abattre. ”

Cartographie du 28 septembre 1914

27 septembre 1914

Un nouveau jour sans nouvelle…

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27 septembre 1914 (JMO du 37e RI)

A 4h le Régiment reçoit l’ordre suivant: Maintenir l’occupation de la position Dompierre Bussus avec un bataillon, les compagnies de Fontaine les Tappy devant être relevés par le 79e. Porte 1 bataillon à la côte 107 (mi chemin de Braye sur Somme à Albert) à la disposition du Corps d’Armée et un autre bataillon face au front Mametz-Tarnoy avec mission de tenir la croupe Sud Est de la côte 110, d’appuyer le flanc gauche de la 21e brigade de la couvrir contre toute attaque venant de la direction de Montauban. Il aura à sa disposition un groupe d’Artillerie A.C et passera aux ordres du Commandant de l’Armée.

La journée fut calme, sauf le bombardement systématique des positions.

Les 2 bataillons détachés reçoivent dans la soirée l’ordre d’aller cantonner, le 1er à Mametz, le 2e à Bray sur Somme avec l’État-Major du Régiment.

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« Historique du 37e régiment d’infanterie. France. 1914-1918″ 

Le 27 septembre, le 37e est relevé dans Dompierre par des chasseurs alpins. Il se porte à Bray- sur-Somme, d’où il détache dans la soirée deux bataillons à Fricourt et Mametz (1er et 3ème) à la disposition de la 2lème brigade très éprouvée.

Cartographie du 27 septembre 1914

26 septembre 1914

Près de Pérouse, le 26 septembre 1914

Ma bonne Cécile

Tu dois dire que je te néglige depuis quelque temps cependant ce n’est pas ma faute car le temps me manque, c’est pourquoi je ne t’envoie que quelques mots quand il m’est possible de le faire.

Je t’ai parlé de la tristesse que m’avait causée le départ du colonel, il fut remplacé le soir même par le Colonel Lacapelle du 4e bataillon de chasseurs de Saint Nicolas, mais hier ce dernier a été blessé d’une balle à l’aine. C’est un brave mais trop brave. Nous avons eu hier une forte journée et si les pertes de l’ennemi ont été fortes, les nôtres l’ont été également. Je suis toujours indemne et ai refusé ma nomination à un commandement de compagnie, c’est-à-dire aux galons de capitaine. La raison que Clément a fait valoir pour moi et à mon insu, car tu le devines, je ne pouvais refuser moi-même a prévalu car on ne m’en parle plus.

Des compagnies sont commandées par des adjudants nommés sous-lieutenants. Il y en a même une, par un jeune St Cyrien. C’est te dire que l’on tient à m’être agréable pour qu’on n’insiste pas davantage.

Bref ma Chérie, tu vois que je ne chôme pas. J’ai trouvé une jumelle stéréoscopique pour Robert. Quand pourrais-je lui faire parvenir ?

Je n’ai plus de nouvelles de lui. Pas plus que de toi, ma chérie, car je n’ai rien reçu depuis notre rencontre de Dombasle.

Ma jambe est complètement guérie, je n’ai plus comme souvenir que deux sales noirs à droite et à gauche du genou. C’est un miracle que cela ne m’ait pas gêné davantage pour la marche. Sans lui faire de peine, profite de cela pour dire à Loulou de s’apprendre à réfléchir avant  d’agir, ce n’est pas un reproche puisque le pauvre gosse était heureux d’être auprès de moi, mais il aurait dû être près de toi à ce moment-là.

J’ai eu des émotions depuis que je suis parti, mais aucune ne m’a produit celle que j’ai ressentie quand je l’ai senti passer, oh les secondes terribles ! Quel bonheur que tu n’aies rien vu. Mais aussi combien cela prouve la racine profonde de nos sentiments puisque devant un fait aussi banal en résumé, j’ai éprouvé pareille sensation, alors que chaque jour, je vois des choses si terribles.

Pauvre loulou, m’as-tu fait peur !

Ma bonne Cécile, je suis bien heureux, le 1er octobre, je ne t’en ai pas encore parlé, mais cela, avec l’assurance, m’occupe beaucoup. Je veux dire que le 1er octobre, je compterai 12 ans de services à l’Asile, c’est-à-dire , aurai le droit à la retraite. Cette situation te créerait les avantages que je redoutais de ne pas pouvoir obtenir si je disparaissais avant cette date. C’est donc un profond soulagement pour moi de voir avancer cette date.

Je ne m’étends pas d’avantage sur la situation ici, tu sais qu’il faut être circonspect. Toutefois, je crois pouvoir dire que notre intervention est salutaire.

Hier le régiment entièrement engagé a été admirable, mais que dire des chasseurs à pied et notamment du 2e ?, le bataillon de Lunéville. Les Allemands les ont surnommés « les diables noirs » ou les hirondelles de la mort. Les chasseurs en sont d’ailleurs très fiers.

Allons chérie, je cesse, puisse cette lettre t’arriver rapidement. Je t’embrasse follement

Ton Jules

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Le 26 septembre 1914 (JMO du 37e RI)

A 11h du matin le régiment reçoit l’ordre suivant: attaquer Dompierre et Bussus. Le 79e où la gauche doit attaquer également, se relie à droite avec le 14e corps qui est dans la région de  Foucancourt. Le 1er bataillon doit attaquer à gauche le 3e bataillon à droite. Le 2e bataillon doit soutenir les 2 premiers en arrière. La marche a lieu sans difficulté jusqu’à ce que les premiers éléments arrivent à la hauteur de la « Sucrerie » sur la route Chuignes Dompierre.

A ce moment éclate une vive canonnade qui ralentit beaucoup la marche. Néanmoins, les 1ers éléments des 2 bataillons atteignent Dompierre qui à partir de ce moment est violemment bombardé. Les pertes sont assez sérieuses. Le 3e devait occuper Bussus. Il réussit à y pousser une section qui est arrêté par la fusillade allemande.

Les 1er et 3e bataillons avaient reçu l’ordre d’achever à la tombée de la nuit l’occupation des positions qui avaient étés assignées au Régiment. Cette occupation devait être faite de la façon suivante: laisser le moins de monde possible en ligne; 1 bataillon pour occuper Dompierre et Bussus, mettre 2 compagnies à Fontaines les Epy, 1 compagnies à Chuignes, 1 compagnie à Chuignolles comme protection d’Artillerie qui cantonne dans ces 2 derniers villages. Un bataillon devait être réservé en entier. Il se rassemble au chateau au Nord de Fontaine les Tappy où il se passe la nuit avec le commandant du Régiment. L’occupation de la position a été très gênée par un contre retour offensif allemand à la lisière Sud de Dompierre et sur la droite dans la trouée existant entre notre droite et le 14e Corps. Les pertes du régiment ont été les suivantes: … tués, … blessés dont le lieutenant Berthet.

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« Historique du 37e régiment d’infanterie. France. 1914-1918″ 

Le lendemain, le régiment poursuit son attaque pour s’emparer de Dompierre et de Bussus.

Sa progression est facilitée par un terrain très couvert et par l’évacuation de Fontaine-lès-Cappy, que l’ennemi a abandonné dans la nuit sous notre pression de la veille. Les éléments de tête peuvent ainsi déboucher presque sans pertes à 800 mètres de Dompierre. A partir de ce point, l’artillerie ennemie fait un violent barrage qui nous cause des pertes très lourdes. Néanmoins, les 1ère, 4e et 11ème compagnies pénètrent dans Dompierre et la 9ème atteint Bussus. Mais une violente contre- attaque rejette cette compagnie sur Dompierre, où l’ennemi essaie de pénétrer à sa suite. De furieux combats s’engagent alors dans la nuit.

C’est à ce moment que le lieutenant BERTHET, qui avait juré de ne pas tomber vivant aux mains de l’ennemi, trouve une mort héroïque dans une charge à la baïonnette qu’il conduit à la tête de quelques hommes contre une des colonnes allemandes. C’est là aussi qu’une patrouille, commandée par le sergent DE POUYDRAGUIN, jeune sous-officier d’une admirable audace, tombe dans une section allemande et, sommé de se rendre, répond par une charge à la baïonnette qui la dégage et lui permet de ramener ses blessés.

Malgré tous ses efforts, l’ennemi n’arrive pas à prendre pied dans le village; nos hommes en défendent les abords avec la dernière énergie.

Cartographie du 26 septembre 1914