S comme Sentinelle

Challenge AZ, Divers, XIXeme siècle Pas un mot »

J’ai toujours adoré les greniers… on y fait des découvertes étonnantes, ainsi j’ai retrouvé avec les lettres de Jules Druesne un « mouchoirs d’instruction militaire n°9″. Ce mouchoir date de 1893.  il y a dessus, imprimé les instructions de montage et démontage du fusil modèle 1886 (modifié en 1893) et les comportements d’une sentinelle… En voici quelques images.

P comme Paul Foucher (1810-1875): un auteur dramatique

Challenge AZ, Ile de France, XIXeme siècle 2 Mots »

Paul_foucherTrouver de l’aide auprès de Victor Hugo pour découvrir un de ses ancêtres, c’est évidement une chance!
Paul est moins connu que sa soeur de 7 ans son ainée, Adèle qui épousera Victor Hugo en 1822.  Il est né en 1810.
Les familles Hugo et Foucher étaient très proches et ont passé de nombreux moments ensemble lorsque les enfants étaient jeunes. Lorsque Adèle et Victor débutèrent leur idylle, Paul leur servait parfois de messager, « J’ai pourtant envoyé Paul à l’instant te dire de venir… » (Lettre d’Adèle Foucher à Victor Hugo le 13/09/1822)… De temps en temps Victor emmenait Paul à une exposition « Ton petit frère vient de me tourmenter pour aller avec lui à cette exposition de tableaux » (lettre de V. Hugo à Adèle Foucher le 10 mars 1822), voir une pièce de Théâtre ou lui choisissait des livres  » J’ai l’honneur d’envoyer à Monsieur Foucher quelques livres: je désire qu’ils lui offrent quelque intérêt ; j’y joins un volume des Annales que j’ai promis à Paul en attendant le 2e volume de L’Enéïde. « (lettre de V. Hugo à Pierre Foucher père d’Adèle et de Paul le 25/09/1821)
En juillet 1823, naît le premier enfant de Victor et d’Adèle: Léopold qui est un bébé fragile. Adèle se remet difficilement de ce premier accouchement, le Général Hugo (père de Victor) et sa femme proposent alors de trouver une nourrice près de chez eux (à Blois) et de l’installer avec le bébé chez eux. Paul est du voyage et reste environ 1mois chez le général comme en témoignent plusieurs lettres échangées entre les deux familles.
Malheureusement le petit Léopold décède en octobre de la même année. En 1824, Paul signe comme témoin l’acte de naissance de Léopoldine.
Paul fait des études:  » ….. j’ai laissé ton aimable lettre à Blois, ce qui m’empêche d’y répondre en détail. D’ailleurs tu m’y fait plus de questions que ne t’en feront certainement les six pédants noirs de la faculté lors de ta candidature au baccalauréat-ès-lettres de l’université de Paris…. (lettre de V. Hugo à Paul Foucher le 10 mai 1825)
Paul semble être en admiration devant son beau-frère!: « … En arrivant j’ai trouvé ton père et ta mère; Paul m’a sauté au cou, et les milles interrogations ont commencées!…. » (lettre de Victor à sa femme Adèle le 21 mai 1825) et Pierre Foucher (le père de Paul et d’Adèle) charge Victor de surveiller Paul : » … Je vous prie, mon cher Victor, de ne pas perdre de vue notre Paul…. » (lettre de Pierre Foucher à Victor Hugo le 13 juillet 1825)
Paul sera élève de la pension Garon puis du collège Henri IV avec  le Duc de Chartres (futur duc d’Orléans) et d’Alfred de Musset qui devient son ami intime. C’est d’ailleurs Paul Foucher qui introduisit Musset chez Victor Hugo.
« L’ouverture de coeur et la véritable fraternité avec lesquelles Victor hugo adopta Paul Foucher offrent un intérêt touchant, curieux et prolongé, et leur amitié ferait un beau sujet de thèse pour quelque étudiant de nos facultés. » (extrait de « Souvenirs de Pierre Foucher 1772-1885″ préface de Louis Guimbaud chez Plon 1929)
Paul fait ses débuts d’auteur dramatique en 1828 avec une pièce jouée 1 seule fois! « Amy Robsart » qui selon  les sources  aurait été écrite soit par lui  soit par son illustre beau-frère. « On sait l’histoire d’Amy Robsart , ce drame sombre que tira Victor hugo du roman de Kenilworth, par Walter Scott, et qu’il donna en 1828, à son jeune beau-frère, pour le faire représenter à l’Odéon. La pièce ayant été brusquement sifflée, Victor hugo en revendiqua la paternité. La noblesse du geste est connue. Je n’y reviendrai donc point…
Mais voici une moindre aventure, presque inédite, et qui caractérise peut-être mieux encore les rapports des deux beaux-frères : un peu avant Amy Robsart, Victor hugo, qui, à l’occasion, provoquait et corrigeait lui-même les essais de Paul Foucher, l’introduisit dans un petit journal mort-né, le Biographe. Et là, il lui suggéra d’écrire quelques biographies d’illustres contemporains. Il lui souffla même celle d’un homme dont la grandeur ne lui a jamais échappé, l’auteur des Méditations Lamartine
Ni le parfait dévouement de Victor hugo, ni en sous-main les petites habiletés bien naturelles que déployait Mme Victor Hugo, ne parvinrent pourtant, dans les commencements, à marier Paul Foucher avec le succès. Il ne quittait guère son beau-frère, sa soeur, ou leurs amis: on le conviait avec eux à toutes les fêtes; de la rue du Doyenné, chez Roger de Beauvoir, à la place Vendôme dans l’atelier du peintre Biard, il n’est pas un bal travesti où les romantiques n’aient vu passer ce grand diable, d’une myopie accusée, costumé un soir en hallebardier, le lendemain en Guillaume Tell, et pour qui l’arme principale demeurait le binocle .
(extrait de « Souvenirs de Pierre Foucher 1772-1885″ préface de Louis Guimbaud chez Plon 1929)
En 1829, au moment ou il part à la retraite Pierre Foucher père de  Paul le fait entrer comme expéditionnaire au ministère de la guerre, mais Paul préfère écrire  des pièces et des romans souvent publiés dans des revues (La revue des deux Mondes, L’artiste) « La misère dans l’amour » en 1832, « un trait de la vie de Don Pedro, justicier » en 1831, « Intérieur d’un harem » en 1832… Son « Yseult Raimbaud » représentée en 1830 à l’Odéon aura un certain succès.  Il a parfois quelques bonnes critiques: « Nous féliciterons l’auteur sur les progrès de son style, plus nerveux et plus vrai, et sur la simplicité de ses dernières compositions, débarrassées de l’affectation et de la bizarrerie qui avaient nui aux premières. Mr Paul Foucher est un jeune homme plein d’avenir et bien digne de recevoir l’influence sous laquelle ses relations de famille l’on placé » en juillet 1833 dans « la Revue de Bretagne » à propos de « Passions dans le Monde ». En 1834 il écrit « Caravage » drame en trois actes, en 1837 « L’an Mil » un opéra comique et « Jeanne de Naples » créé à La Porte Saint-Martin.
En 1838 il écrit une tragédie en 5 actes et en vers « Don Sébastien de Portugal » joué au Théatre de la Porte Saint-Martin au lendemain de la création de Ruy Blas de Victor Hugo, la presse sera plus indulgente pour Paul que pour Victor. Cette pièce sera un succès pour Paul. « Le pacte de famine » (  écrit en 1839 sera également joué au Théatre de la Porte Saint Martin tout comme « Le Comte de Mansfield » écrit en 1840. En 1842 il écrit à nouveau un opéra : »Le vaisseau fantôme »
A partir de 1848, Paul devient correspondant parisien de « l’indépendance belge »
En 1873, paraîtra « Les coulisses du passé » une histoire de la littérature depuis le 17e siècle.

Vous pouvez lire quelques oeuvres de Paul sur Gallica

Les extraits de lettres sont issus de « Victor Hugo, correspondances familiale et écrits intimes » tomes 1 et 2 dans la collection Bouquins chez Robert Laffont 1991

la généalogie de Paul Foucher

G comme Guillaume Guignet

Challenge AZ, XIXeme siècle 1 Mot »

Guillaume Guignet est né en 1770 à Saint Cloud  à proximité de la Manufacture de Sèvres, où travaillait son père.
Il a sans doute également travaillé à la Manufacture de Sèvres, car pendant un congé de convalescence au cours de son service militaire, il entra comme réparateur dans une manufacture de porcelaine.
Guillaume aimait dessiner et a laissé quelques croquis de ses campagnes. Il est en 1793, incorporé dans la cavalerie, mais peu de temps car son régiment fut licencié. Puis il passe à la douzième demi-brigade d’infanterie, et enfin affecté comme fourrier à la septième compagnie du troisième bataillon de la deuxième demi-brigade d’infanterie légère (troisième division de l’armée d’Orient)
il s’embarqua en Mai de l’année 1798 pour l’Egypte, au moment où Bonaparte lui-même s’embarquait avec toute l’expédition.
Il faisait partie d’une expédition qui comportait 36 000 hommes qui remplirent 400 vaisseaux de transport, encadrés par une centaine de navires de guerre.

Dès son débarquement, Guillaume Guignet dut affronter, avec la belle cohorte de généraux dont s’était entouré Bonaparte (Berthier, Caffarelli, Kléber, Desaix, Lannes, Murat…) les attaques des mamelucks et autres mahométans dont la défaite à la fameuse bataille des Pyramides ouvrit, en Juillet le chemin du Caire, que Bonaparte occupa avec son armée.

D’une santé moyenne, il dut solliciter un congé et un rapatriement avant la fin de l’expédition Et c »est justement parce qu’il fut probablement trouvé peu apte à combattre, qu’il fut muté au grade d’aide-pharmacien de troisième classe . Comme il n’avait fait aucune étude lui conférant une aptitude pour cette spécialité, on est un peu étonné de le voir investi si brusquement et sans préparation à de pareilles fonctions.
On peut, il est vrai, se l’expliquer par le fait que la pharmacie, à cette époque, surtout celle des armées et dans ce pays lointain, où l’on ne pouvait renouveler ni improviser les produits nécessaires, devait être extrêmement simplifiée et se restreindre à quelques calmants (les grains d’opium étaient très employés) et à quelques pansements de charpie enduite de pommades à usages multiples, l’antisepsie et l’asepsie étaint alors inconnues, et toutes les plaies étant suppurantes.

Desgenettes, le médecin-chef de l’expédition avait plus d’administration à faire que de cures sérieuses. Guignet put donc être employé à préparer, par des moyens de fortune, des quantités importantes de ces médicaments simples et de ces onguents peu variés qui ne parurent pas du reste avoir une bien grande action salutaire contre une morbidité et une mortalité qui étaient très grandes.

C’est probablement à Rosette, à Leusbé exactement que Guillaume avait son officine, le laissant tout au moins au calme, tandis que Bonaparte, en Août 1799, lassé à la fois, et pressé de rentrer en France pour chercher à sauver le Directoire en situation critique, laissait le commandement des troupes à Kléber et s’embarquait avec beaucoup des généraux et des savants qu’il avait amenés.

Guignet resta ainsi encore près d’un an dans sa situation, stable et relativement dépourvue de risques.
Le corps expéditionnaire revint peu à peu en France, et Guillaume Guignet, très fatigué probablement par son long séjour dans le climat d’Egypte, sollicita un congé de convalescence valable dès son arrivée en France, et en reçut la confirmation à Marseille, au moment de son débarquement.

Il se hâta donc de rentrer à Saint Cloud avec les moyens de locomotion de l’époque et arriva dans son milieu familial , en Décembre 1801 avec une solde qui ne devait pas être bien élevée, il chercha donc à s’occuper et aussi à augmenter ses modestes revenus.
Il choisit pour cela l’occupation rémunératrice de réparateur de porcelaines dans une grande maison de céramique de la rue du Temple. Ce choix lui permit d’appliquer les connaissances qu’il avait certainement acquises au côté de son père à la Manufacture de Sèvres, et que son goût pour le dessin rendait plus facile et plus attrayant.
Ce repos relatif ne devait malheureusement pas durer, et Guignet allait encore être forcé de rejoindre les armées de Napoléon.
Guignet reçut en effet, en date du 22 Vendémiaire de l’An 12, (16 Octobre 1803) Une feuille d’appel lui enjoignant de rejoindre, dans un délai de trois jours, comme pharmacien de troisième classe la ville d’Osnabrück .
Guignet allait être, disait sa convocation, attaché à l’armée de Hanovre, et devait la rejoindre à Osnabrück, ville importante de ce duché de Hanovre, et qui devait devenir en 1810 chef-lieu du département français de l’ »Ems Supérieur ».
D’Osnabrück, Guignet fut envoyé à Nienburg sur la Weser, et il est à peu près certain qu’il y resta tout le temps de son séjour aux armées.
Guignet peut y préparer tranquillement ses onguents, emplâtres et pansements sommaires, et y trouver en outre des moments de loisirs tranquilles, où il peut faire quelques croquis et aquarelles.
Guillaume Guignet, peut-être éprouvé aussi par le climat humide et rude de Nienburg, comme il l’avait été par celui, excessif dans un autre sens, de l’Egypte, sollicita l’autorisation de rentrer dans ses foyers.

Pendant que Guignet faisait des mixtures et des onguents pour les soldats malades et blessés de l’hôpital de Nienburg, Napoléon, continuait à envahir l’Allemagne avec ses armées, tandis que l’Angleterre rompait définitivement avec la France. En Mai 1804, Napoléon était proclamé empereur à Saint Cloud.

Mais Guignet était surtout préoccupé de quitter ses fonctions dans l’armée, et, l’état de sa santé ne lui permettant plus de les continuer, de rentrer dans ses foyers. Guignet s’empressa de partir dès qu’il fut en possession d’un papier le lui permettant, et nous avons la confirmation de l’état peu brillant de sa santé dans le fait que le médecin-chef de l’hôpital français de Nienburg faisait une note , la veille de son départ, déclarant qu’il avait besoin d’une voiture pour se rendre dans ses foyers, muni d’un « certificat de convalescence ». Il partit donc de Nienburg le 12 Vendémiaire de l’An 13, (soit le 6 Octobre 1804) et arriva en date du 11 Brumaire de l’An 13, soit le 6 Novembre 1804 .
Il avait donc mis environ un mois pour faire ce trajet du Nord-Ouest de l’Allemagne à Paris, ce qui n’a rien de surprenant quand on songe aux moyens encore rudimentaires de transport de cette époque, et au fait qu’il devait presque chaque jour attendre dans les relais de nouveaux chevaux, et peut-être une autre voiture.

Guignet terminait ainsi sa seconde période de présence aux armées. Il avait pendant près de dix ans vu beaucoup de pays, affronté pas mal de périls, subi des climats très opposés,et il dut trouver que cette agitation suffisait jusqu’à la fin de sa vie, car nous allons voir que celle-ci fut aussi calme qu’effacée.

Il retrouva, en arrivant à Saint Cloud, sa mère veuve, mais il n’avait pas l’intention de rester dans ce pays où il avait été élevé, ni d’y chercher une situation dans la spécialité de la céramique, où il avait certainement fait un apprentissage pendant sa jeunesse, connaissance dont il avait pu profiter du reste pour trouver une occupation rémunératrice pendant les deux ans qui séparèrent ses deux périodes de séjour aux armées. La pharmacie qu’il avait appris à connaître en Egypte d’abord, et dans l’armée de Hanovre ensuite, n’avait pas paru le séduire, et du reste, ce qu’il en savait devait être trop restreint pour lui permettre, sans de longues études, peut-être longues et coûteuses, de prendre une officine. Or il paraissait avoir besoin de gagner de suite sa vie, et d’en trouver la réalisation dans le commerce, ce qu’il fit sans tarder, comme nous allons le voir.

Le désir qu’avait Guillaume A. Guignet de se créer une vie nouvelle se réalisa avec une rapidité qui s’explique à peine. Rentré en effet à Saint Cloud le 6 Novembre 1804, (11 Brumaire de l’An 13) il se mariait le 24 Brumaire de cette même année, soit le 15 Novembre 1804, et par conséquent une quinzaine de jours après son retour!
Il épousait, étant âgé alors de trente-quatre ans, Mademoiselle Geneviève Champagne, âgée de vingt-et-un ans, demeurant à Paris, mais dont les parents habitaient les environs de Beauvais. (à Villotran) . elle habitait chez un oncle depuis qu’elle était venue travailler à Paris, et y amasser les petites économies dont il est fait mention dans son contrat de mariage. Ce contrat de mariage stipule en effet que les deux jeunes époux apportaient à la communauté 7 000 f à eux deux, comme montant de leurs économies respectives .
Le jeune ménage, aussitôt marié, s’installa rue Saint Denis, à la Cour Batave, qui donnait au 124 de cette rue, et ouvrit aussitôt après la consécration de leur union, le samedi 3 Frimaire de l’An 13, (24 Novembre 1804) un magasin de mercerie et de nouveautés dont un amusant prospectus indique tout ce qu’on pouvait y trouver, depuis des rubans jusqu’aux « bourlets » (sic) d’enfants, et de la véritable eau de Cologne.

L’enseigne, dont ne pouvait se passer un magasin à cette époque, portait comme titre « au petit mameluck », titre que Guignet avait certainement tenu à choisir en souvenir de son séjour en Egypte.

La hâte d’ouvrir ce magasin aussi rapidement après le mariage de G.A. Guignet peut certainement s’expliquer par le fait que le sacre et le couronnement de l’empereur Napoléon avaient lieu quelques jours après (2 Décembre 1804) et que le jeune ménage avait du compter sur la grande affluence des provinciaux à Paris à l’occasion de cet événement sensationnel, accompagné de réjouissances populaires pour augmenter et amorcer la clientèle de leur maison naissante, et l’achalander plus rapidement grâce à tout ce que leur prospectus offrait d’alléchant.

Ce point de la rue Saint Denis où venait s’installer le jeune ménage était en effet situé dans un quartier très populeux et très commerçant.
La naissance de Rosalie Augustine Guignet n’est certifiée que par une pièce établie en 1875. Cela tient à ce que tous les actes de l’Etat Civil des Parisiens furent brûlés lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville lors de la Commune en 1871, et ne furent reconstitués que lorsqu’une pièce probante permirent de les rétablir.
Le ménage Guignet, tout entier consacré au développement de son commerce, dut mener une vie de labeur sans histoire et c’est ce qui fait qu’il n’est resté aucun document qui puisse nous renseigner sur cette évolution et sur le changement de vie si complet de G.A. Guignet.

Tout ce qui nous est resté de cette période de la vie du ménage Guignet est la mention de la venue des trois enfants qu’il eut. Le premier enfant, une fille, née le 6 Mai 1806, soit dix-huit mois après le mariage de ses parents, ne vécut que six semaines. Le second, un garçon, (Louis Auguste) naquit le 21 Juin 1807 et aucun document ne permet de savoir s’il se maria et quand il mourut. Le troisième enfant fut une fille, (Rosalie Augustine) qui naquit le 8 Janvier 1809 et fut baptisée dans le pays de ses grands parents maternels, à Villotran près de Beauvais. C’est elle qui épousera François Gabriel Ancelet, et être la mère de Gabriel Auguste Ancelet, mon arrière-arrière grand père.

Le 27 Octobre 1814, que Guillaume Auguste Guignet obtint de la royauté rétablie la décoration de l’Ordre du Lys, dont le diplôme lui était dé-cerné, dit le libellé, pour l’ensemble de ses campagnes, et son service dans la Garde Nationale. Cet ordre est signé sur les deux faces par Charles Philippe, Comte d’Artois, qui devait devenir Roi de France sous la dénomination de Charles X.

En 1819 se produisit un événement important dans la vie bien retirée du ménage Guignet et qui prouve que le petit commerce qu’ils avaient entrepris avait été assez prospère pour leur permettre de réaliser quelques économies. A cette date, exactement le 1er Juillet 1819, Monsieur et Madame  Guillaume Guignet achetaient à Monsieur Simon Souchet (cousin des Ancelet par la famille Biaury) la propriété de Charonne qui devait rester pendant un siècle la propriété de famille .

Cette propriété était située dans une rue dite rue Aumaire n°18 (avant que François Ancelet n’en fit changer le nom en celui de Vitruve) fut payée 8 500 f , ce qui représente une quarantaine de mille francs de notre époque

L’acte de vente de la propriété indique que les impôts dont elle était grevée se montaient à 21 francs 97 centimes et l’assurance contre l’incendie à 6 francs. la pro-priété était importante. celle-ci comprenait une grande maison d’habitation avec un jardin clos de murs qui avait une superficie de 2 000 m2 environ.

Située alors hors Paris, environnée de terrains de culture et de jardins, accessible par une petite rue bordée de maisons basses de cultivateurs, elle avait tous les caractères de la vraie propriété de campagne.  A l’intérieur, la même origine était soulignée par de grandes et belles cheminées de marbre et quelques boiseries du XVIIIe siècle. Cette acquisition procura donc au ménage Guignet et à ses enfants une agréable villégiature, où il allait se reposer et se distraire, chaque fois que les obligations du commerce ne le retenaient pas à la Cour Batave, ils devaient du reste y finir leurs jours.

Guillaume Guignet y installa sa mère, veuve de Nicolas Guignet, qui devait mourir , à Charonne, le 1er Décembre 1827.
Après l’achat de la propriété de Charonne, la vie du ménage Guignet se poursuivit ainsi entre le magasin de la Cour Batave et la maison de campagne de Charonne, où il vint de plus en plus séjourner ; ils devaient l’habiter presque tout à fait, avec leur gendre François Gabriel Ancelet, et y mourir.

Entre cet achat et la mort de Guillaume Auguste Guignet, eut lieu la révolution de 1830 Comme Garde National, il dut certainement être mêlé aux bagarres.
Toujours est-il que ce n’est que le 9 Novembre 1836 qu’il abandonna ses armes de Garde National.
Guillaume Auguste Guignet se confina alors de plus en plus dans sa propriété, son âge et sa santé délicate justifiant ce repos, et il y mourut le 28 Juin 1845, à l’âge de soixante-quatorze ans.

Il fut enterré dans le cimetière  de Charonne.Sa femme ne lui survécut que deux ans, et mourut le 26 Avril 1847. Elle fut inhumée dans la même tombe.

Les scieurs de long

Métiers, XIXeme siècle Pas un mot »

Illustration issue de Gallica.bnf.fr

Nous avons, lors de nos recherches découvert des métiers que nous ne connaissions pas ou peu.

Au détour d’une lecture, certains auteurs vous offrent de mieux visualiser les activités de vos ancêtres.

Ainsi Zola dans « La Fortune de Rougon » décrit le métier des scieurs de long.

« La ville, bien trop insouciante et endormie pour en tirer un bon parti, l’a louée, moyennant une faible somme, à des charrons du faubourg qui en ont fait un chantier de bois. Elle est encore aujourd’hui encombrée de poutres énormes, de dix à quinze mètres de longueur, gisant çà et là, par tas, pareilles à des faisceaux de hautes colonnes renversées sur le sol. Ces tas de poutres, ces sortes de mâts posés parallèlement et qui vont d’un bout du champ à l’autre, sont une continuelle joie pour les gamins.

….

Une scierie, qui débite dans un coin les poutres du chantier, grince, servant de basse sourde et continue aux voix aigres. Cette scierie est toute primitive : la pièce de bois est posée sur deux tréteaux élevés, et deux scieurs de long, l’un en haut monté sur la poutre même, l’autre en bas aveuglé par la sciure qui tombe, impriment à une large et forte lame de scie un continuel mouvement de va-et-vient. Pendant des heures, ces hommes se plient, pareils à des pantins articulés, avec une régularité et une sécheresse de machine. Le bois qu’ils débitent est rangé, le long de la muraille du fond, par tas hauts de deux ou trois mètres et méthodiquement construits, planche à planche, en forme de cube parfait. Ces sortes de meules carrées, qui restent souvent là plusieurs saisons, rongées d’herbes au ras du sol, sont un des charmes de l’aire Saint-Mittre.

…..

On ne voit que le chantier encombré de poutres et gris de poussière. Le matin et l’après-midi, quand le soleil est tiède, le terrain entier grouille et, au-dessus de toute cette turbulence, au-dessus des galopins jouant parmi les pièces de bois et des bohémiens attisant le feu sous leur marmite, la silhouette sèche du scieur de long monté sur sa poutre se détache en plein ciel, allant et venant avec un mouvement régulier de balancier, comme pour régler la vie ardente et nouvelle qui a poussé dans cet ancien champ d’éternel repos.

…..

Au milieu de l’aire, sur un morceau du sol gris et nu, les tréteaux des scieurs de long se dessinaient, allongés, étroits, bizarres, pareils à une monstrueuse figure géométrique tracée à l’encre sur du papier. Le reste du chantier, le parquet de poutres, n’était qu’un vaste lit où la clarté dormait, à peine striée de minces raies noires par les lignes d’ombres qui coulaient le long des gros madriers. »

Pierre Foucher (1772-1845)

XIXeme siècle 3 Mots »

Pierre_foucher
Au décès de Mamita (Madeleine) j’ai découvert l’existence d’un livre: « Souvenirs de Pierre Foucher 1772-1845″ . Toute personne qui recherche ses ancêtres rêve de trouver un tel document.
Pierre Foucher à la fin de sa vie, a écrit à la demande de sa belle soeur Amélie ASSELINE (née Fessart) le récit de sa vie quelque peu hors du commun.
Né en 1772, mais orphelin de mère à 6 ans, puis de père à 7 ans, il est recueilli par un cousin de sa mère: l’abbé Yvon Marsac qui va se charger de son éducation à Nantes. Pierre bon élève, est cependant mélé aux événements qui marquèrent les années 1789 et 1790 à Nantes, sa ville natale. Il raconte d’ailleurs en détail cette période révolutionnaire. Il part ensuite pour Paris ou il promène  son jeune idéalisme à travers des foules ameutées. Les journées comme celle du 10 aout, dont il donne aussi le récit, lui font abandonner très vite ses véléités républicaines, il en manifeste si ouvertement son dégoût qu’à la fin et faute d’un prétexte suffisant pour l’envoyer devant un tribunal révolutionnaire, la section de son quartier l’envoya à l’armée du Nord, comme soldat réquisitionnaire.
Il en fut tiré par un commandant qui fit de lui en 1796 un commis greffier auprès des conseils de guerre nouvellement créés. Ce fut le début d’une carrière administrative tranquille. Il devient sous l’Empire et la Restauration, chef de service du recrutement au Ministère de la guerre. En 1796, son chef direct était le capitaine rapporteur, un jeune officier nommé Léopold Sigisbert Hugo avec lequel il se lie d’amitié. Les deux hommes se marient à quelques mois d’intervale. Léopold Hugo est témoin au mariage de Pierre et aurait dit en portant un toast: « Ayez une fille, j’aurai un garçon, et nous les marierons! »
Les deux couples se côtoient lorsque les enfants sont  encore jeunes, les Foucher habitent non loin des Feuillantines. Et lorsque le général Hugo est  en campagne ou qu’il trompe sa femme, Mme Hugo va voir ses amis Foucher. On sait les jeux partagés entre les enfants puis les amours entre Victor et Adèle. Pierre Foucher, s’il hésite à donner la main de sa fille à Victor lorsqu’il est encore inconnu, vouera plus tard une grande admiration à son gendre.
D’ailleurs plutôt que ses souvenirs ce sont celles  de son gendre, de sa fille et des ses petits enfants qu’il raconte… Mais il parle malheureusement peu de Paul  et de ses deux autres enfants!

Jean (vers 1800): le conducteur de diligence

XIXeme siècle 2 Mots »

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Le jour commence à tomber, il est harassé , depuis des heures il mene les chevaux de la diligence. La diligence est une voiture monumentale, compartimentée  qui peut transporter jusqu’à 16 personnes, à l’avant, le coupé avec 3 places de luxe qui permettent de voir l’attelage et la route,
au centre, l’intérieur comporte 2 banquettes de 3 places, chacune se faisant vis-à-vis,  à l’arrière, la rotonde où l’on pénétre par le "cul" de la voiture et qui a 2 places, enfin l’impériale avec 3 places encore en plein vent – mais moins chères aussi – sur la partie antérieure du toit.

Mais enfin, là-bas Abbeville apparaît, alors que le soleil se couche. Jean est épuisé mais heureux, dans son dos, dans la diligence il ramène sa femme qu’il a rencontré dans les provinces françaises du Nord (actuelle Belgique) près de Jemmapes lors d’un de ses voyages.

Ce voyage a été tranquille, cette fois, la diligence n’a pas versé comme la dernière fois à cause du trop plein de bagages, car cette grosse voiture manque de stabilité. Elle avait perdu brusquement son centre de gravité placé trop haut et s’était couchée avec fracas sur la chaussée.
Cette fois, il a seulement dû demander aux passagers de descendre dans la dernière côte et de pousser aux roues pour soulager l’équipage.

Il n’a pas eu non plus comme le mois dernier, une attaque par des cavaliers masqués. Les voyageurs n’avaient pas résisté  et avait remis de bon gré leur portefeuille et leur bourse, ces bandits avaient été  de parfaits gentlemen, et avaient même offert leur main aux dames pour les aider à descendre de voiture. Leur coup fait, ils étaient remontés à cheval et s’étaient éloignés au galop, après avoir coupé les traits de l’équipage, de façon à rendre toute poursuite impossible. Cela aurait pu être pire!

Jean Tissier  a dû naître vers 1770,  près de Eu en Seine maritime, je sais  peu de chose sur lui; je l’ai rencontré la première fois sur l’acte de mariage de sa fille Flore Clara à Abbeville en 1833 ou il était précisé qu’il était conducteur de diligence.

Généalogie de JeanTissier

      

le carnet de bal d’Amélie vers 1860

XIXeme siècle 3 Mots »

Carnet_1Rangé soigneusement dans un mouchoir de soie, un carnet de bal en corne orné d’un décor floral… sur les pages faites de plaquettes d’ivoire, un prénom: Amélie.
Amélie  était jeune fille dans les années 1860, issue d’une famille bourgeoise, elle allait parfois au bal, et devait ressembler dans ces occasions à ces gravures de mode du « Petit courrier des dames ». Robe de bal, gants, éventail et carnet de bal, qu’elle devait être jolie!
1854petit31855petit2Une danse pour chaque feuillet d’ivoire: Quadrille, Polka, Valses, Mazurka et sous chaque danse trois numéros en face desquels figurent les noms des danseurs.

Au dos de la dernière plaquette d’ivoire, une phrase: « elle aimait trop le bal, c’est ce qui la tua »…

pour se mettre dans l’ambiance…:

quadrille
polka
mazurka
valse ou valse

Adèle: une inconnue vers 1858

XIXeme siècle Pas un mot »

LettresTrois lettres isolées sans rapport avec mes ancêtres, récupérées par hasard, et des personnages de roman ou de film se dessinent. Sous  le règne de Napoléon III, Adèle Monnier habitant Paris écrit à sa mère Madame Silardière habitant 9 rue Saint-Vincent à Nantes. Une femme qui manie l’orthographe avec aisance mais qui semble un peu juste financièrement, des rapports filiaux particuliers, une femme malade… un médecin ou un psychologue pourrait en dire plus! Je vous laisse découvrir Adèle.

Janvier 1857
Ma chère mère
Je fais des voeux du profond de mon coeur pour que tu aies une heureuse année, surtout une bonne santé, mais si tu avais le malheur d’être malade, je ne le saurais pas et cela vaudrait mieux pour moi.
Il m’est arrivé encore un nouveau malheur depuis ma dernière. Le dernier samedi du mois de novembre, à vingt pas de chez moi j’ai fait une chute dont j’aurai bien de la peine à relever; je me suis blessée principalement à l’aine au bas ventre, à la cuisse du coté le plus anciennement malade. Ce que j’ai souffert ne peut pas s’exprimer surtout dans une lettre, mais cette chute a causé chez moi des effets extraordinaires. Nous sommes au huit janvier et depuis je n’ai pas mis le pied dans le corridor, je me traîne chez moi en appuyant mes deux mains sur une chaise que je fais marcher. J’ai été trois semaines couchée sur le dos avec les jambes crochet, pour nourriture ne prenant presque du vulnéraire, quand on ne peut plus faire les mouvements nécessaires à la vie il faudrait que quelqu’un vienne vous assommer. J’ai toujours dit que mes douleurs n’étaient pas ordinaires, je crois savoir maintenant; j’ai deux maladies, je uis comme blessée à la hanche et un commencement de paralysie  depuis la ceinture jusqu’aux pieds, on m’a dit que si on en guerissait la première fois, on en mourrait la seconde, voilà cependant la récompense de la vie la plus pure. 1e ne me lasse pas de te répéter, ne reste pas seule dans un grand appartement; de la plus petite imprudence il en résulte quelques fois des malheurs irréparables, prends
un parti quelconque, à quoi sert d’avoir vendu le bien à vil prix si ce n’est pas pour avoir les moyens d’avoir quelqu’un près de toi. Tu manges si peu, il faut te nourrir  bien,  mettre moins de pain dans ton café pour pouvoir manger après un oeuf frais ou autre chose.
Comment peux tu chercher à tourmenter une personne dans l’état ou je suis qui ne peut pas faire ses affaires les plus pressantes; tu dis que tu as été sur le point de ne pas mettre ma pension, moi qui ait été obligée de rester une nuit dans un hotel ne pouvant pas supporter encore une course de voiture pour revenir chez moi. Il faut fixer quand tu veux que je t’écrives, j’ignore ce qu’il faut de temps pour faire passer l’argent sans frais alors je t’écris vers le printemps et je ne te récris après que lorsque je vois que je irai à poste restante que longtemps après l’époque fixée. Dans ta lettre on voit que tu crains avec raison que je sois morte, mais dans ce cas j’espère que tu
trouverais ma pension reçu ou non reçu à moins qu’au mépris de ma dernière volonté on ne conserverait pas mon local jusqu’à ton arrivée, dans ce cas ils leur en collerait bien aux doigts et tu ne trouverais pas grand chose.
Je ne sais pas quand cette lettre te parviendra mais s’il y avait la moindre circonstance heureuse je la presserais davantage.
Tu veux reculer l’époque de ma pension, tu ne sais pas le mal que cela peut faire, justement je vais la chercher toujours trop tard ce qui me cause beaucoup de tort parce que avant de recevoir ma pension, je ne m’occupe que de remèdes et après l’avoir reçue je m’occupe de faire blanchir mon linge et de mon hiver le froid et les mauvais viennent toujours avant que j’ai fini parce qu’avec mes souffrances il me faut trois mois pour faire ce que les autres font dans trois jours, explique toi à cet égard.
Il y aurait mille francs à gagner pour faire seulement la moitié d’un pas sans m’appuyer, je ne pourrai pas, voilà le résultat de ma chute et de dix ans de souffrance, autrefois dans des instants je croyais guérir maintenant le mal fait des progrès sans s’adoucir, rien de plus dangereux que les chutes surtout pour les malades et les vieilles gens, pourquoi quand tu es obligée de faire une grande course ne prends tu pas une voiture. L’adresse de l’homme à qui tu as vendu ton bien, je l’ai égaré ainsi tu la renverras si tu veux. Quelle patience j’ai des plumes qui ne marquent pas et de l’encre toute blanche qui devient rouge. Je connais une dame dont le mari était sujet à des étourdissements, elle s’est éloignée une petite demie heure il était tombé à bas et mort quand elle est rentrée, la page qu’il écrivait n’était pas encore sèche, elle l’a fait encadrée.
Toi pour couronner mes souffrances tu me réserves que tu seras morte d’une mort violente manque d’avoir quelqu’un près de toit, je voudrais bien veiller moi-même sur tes jours mais ma maladie s’oppose et quand même je n’habiterai jamais Nantes.
Ta fille qui t’aime  Adèle Monnier

Septembre 1857:
Ma chère mère,
J’ai les 14 cents francs ne te tourmente pas. Ma pauvre mère il ne t’est pas arrivé de mal que je suis contente, plus tu es  agée plus je tiens à toi, quant à moi cette petite affaire m’a bien pris le quart de ma vie. Dans l’excès de mon inquiétude j’ai ecrit à Madame Lapointe en cas que tu fus trop malade pour me répondre mais je n’ai pas affranchi la lettre, si ce n’est pas inconvenant je voudrais bien que tu lui en remettes le prix. Tu lui dirais de ma part que quand je serai un peu remise de cette affaire, j’aurai le plaisir de répondre à sa lettre. La commis qui n’a pas bien cherché la lettre nous a fait bien du mal. Ce n’était pas le manque d’argent, il m’en restait, je croyais qu’il t’était arrivé malheur aussi quand j’ai vu ton écriture cela m’a rendu la vie. Je répondrai à ta lettre courant du mois, tu en recevras deux dont une pour remettre à madame Lapointe. Ma lettre te fera plaisir mais à condition qu’aussitôt ma lettre reçue tu prennes une domestique. Je t’expliquerai cela, c’est à cette condition que tu me reverras. Je n’accepte pas les 200 F que tu as mis de plus parce qu’ils ne viennent pas d’une bonne source, si tu avais une domestique tu n’aurais pas pu les envoyer à ta fille qui t’aime.
Sitôt ma lettre reçue prend une domestique près de toi, c’est à cette condition que j’irai te voir. Si tu n’en prends pas tu mourras de quelque mort violente et il me reste  une vie si faible que ta mort entrainerait la mienne. J’irais te voir l’année prochaine quand tu seras revenue de la Guerche mais à cette condition. Ta fille qui t’aime Adèle Monnier.

Décembre 1858
Ma chère mère
Je t’écris un mot pour te souhaiter une heureuse année et surtout une bonne santé.
Mon voyage est encore reculé, je ne te fixe pas l’époque, j’arriverai quand je pourrai, au moins je n’aurai pas besoin de te récrire.
Je suis contrariée toujours à la veille de partir, je n’avais fait aucune provision  ce qui m’empêche de faire des remèdes.
Soigne bien ta santé surtout, pour que je puisse m’occuper de la mienne. Nourris toi bien,la santé passe avant l’argent.
ta fille qui te souhaite des jours heureux et longs.
Adèle Monnier

Gabriel Auguste (1829-1895): histoire exceptionnelle et véridique d’un théâtre inachevé

XIXeme siècle 3 Mots »

AnceletMadeleine que vous pouvez découvrir au travers de ses mémoires a aussi écrit en 1989 sur son grand-père Gabriel Auguste ANCELET
Le nom d’ Ancelet est à l’ordre du jour actuellement ; on en parle dans les journaux, et surtout à Compiègne, parce qu’à la fin de l’année 1989, cent-vingt et un ans après le début de son édification par l’architecte de Napoléon III, Gabriel Auguste Ancelet, « Le Grand Théâtre du Château de Compiègne » va être non restauré, mais achevé et deviendra un lieu de création pour la Musique Française. Compiègne sera alors « l’Aix-en-Provence » du Nord. L’exceptionnelle qualité de son théâtre lui permettra d’accueillir des manifestations prestigieuses d’art lyrique.

Gabriel Auguste Ancelet est né à Paris le 21 décembre 1829. Après des études brillantes, il entre à l’Ecole des Beaux Arts en 1845, à peine âgé de 16 ans. Ses projets d’Ecole suscitèrent un vif intérêt chez ses professeurs et obtinrent un grand succès. L’un deux, est particulièrement remarquable et je vous le signale pour que vous vous représentiez ce qu’était le Trocadéro en 1850 : Ancelet devait élaborer le projet d’un Tombeau pour Napoléon I, qu’on élèverait sur le Trocadéro d’alors, en fait la colline de Chaillot, qui n’était qu’un amas de rochers informes !  Ancelet avait vingt ans.
Ce furent ensuite des projets pour une « Fontaine en Algérie » et un « Monument Votif à la Mémoire des marins naufragés, à l’extrémité d’un cap dangereux. « Ce sont des bijoux de composition et de dessin » dixit M. Nénot, membre de l’Académie des Beaux Arts, successeur de M. Ancelet dont il fut chargé de faire l’éloge funèbre. C’est de cet opuscule que je tire beaucoup de détails pour écrire cet article.
Les succès qu’obtinrent ces projets, valurent à Ancelet le « Grand Prix de Rome » en 1851, à l’âge de 22 ans.
Il partit ensuite à Rome en 1852, à l’Ecole des Beaux Arts. Pensionnaire, il mène une vie recluse et toute dédiée au travail de son art. Il est enthousiasmé par les fouilles de la « Via Appia », récemment découverte. Pompéi l’enchante. Venise le captive. Il visite toute l’Italie, envoie à l’Académie de Paris de nombreux dessins sur les monuments antiques où ils y seront fort appréciés.

Ancelet est heureux en Italie. Mais hélas il est pris par « les fièvres » qui à cette époque firent souffrir tant de pensionnaires. Il est obligé de rentrer à Paris. Là, après quelques années comme Inspecteur aux Travaux des Archives et de la Bibliothèque de l’Arsenal, il est nommé en 1858, par le Ministre d’Etat de la Maison de l’Empereur, Napoléon III, Architecte du Château de Pau, avec un traitement annuel de 4 000 F ! Un logement dans les bâtiments du château est mis à sa disposition. Là, il remplaça une énorme muraille qui fermait le château du côté de la ville, par un portique de trois arcades à jour, qui permettra au soleil de pénétrer dans la cour jadis si sombre et on pourra apprécier tous les charmants détails des bâtiments du fond. Si vous passez à Pau, ne manquez pas d’en admirer l’architecture d’une finesse délicieuse.
Nommons en passant, la reconstruction du château d’ Arteaga, domaine de l’Impératrice Eugénie de Montijo, situé non loin de Bilbao et tout près de la petite ville si célèbre de Guernica. Tous les motifs d’ornement, aussi bien qu’à Pau, ont été dessinés par la main même d’ Ancelet.

Et c’est en 1864 à 35 ans, qu’il fut nommé Architecte du Château de Compiègne et qu’il s’y installa avec celle qu’il venait d’épouser : Isabelle Foucher fille de Paul Foucher, petite nièce de Victor Hugo, de neuf ans plus jeune que lui. Ce furent, pour le jeune couple, des années merveilleuses. La vie dans ce château ou l’Empereur aimait tant résider avec l’Impératrice Eugénie qu’il avait épousée en 1853, était un vrai conte de fée, bals, réceptions brillantes, s’y succédaient sans arrêt. De cette période heureuse de la vie de ma grand-mère, j’avais – relique précieuse – un carnet de bal à son nom où les noms des danses d’alors : mazurka, valse, quadrille des lanciers, me laissaient rêveuse. Hélas ! Ce carnet s’est perdu dans les déménagements.
L’Empereur, qui aimait le faste, chargea Auguste Ancelet de construire une salle de théâtre afin de pouvoir donner des représentations lors de ses séjours à Compiègne. Ce théâtre fut construit sur l’emplacement d’un ancien couvent des Carmélites ; comme il était séparé du château par une rue, on l’y relia par une galerie couverte, toujours visible.
C’est dans ce château que naquit en 1869 le premier fils d’Auguste : « Gabriel ». Dans ma petite enfance, on me racontait que l’Empereur lui-même était venu, avec son jeune fils de 11 ans, Eugène, mort si tragiquement à 20 ans, féliciter les heureux parents et que le petit prince avait embrassé le bébé ! Quelle fierté pour la famille Ancelet !
C’est au château, où elle avait tant de loisirs, que ma grand’mère Isabelle, dont j’ai le portrait peint par elle-même, dans le salon, commença à broder les bandes de tapisserie qui recouvrent le divan du dit salon et dont son mari avait fait les dessins. Vous comprendrez maintenant pourquoi je tiens tant à ce divan, entièrement tapissé à la main par ma grand’mère.

Répondant aux désirs de l’Empereur, Auguste Ancelet voit grand : il conçoit et fait édifier un théâtre pouvant accueillir 900 personnes, doté d’une scène de 13 m d’ouverture qui en fait l’égale du théâtre du Châtelet, d’une mezzanine et de deux étages de balcons. La splendeur du décor était directement inspirée par l’Opéra Royal du Château de Versailles, mais la composition des détails et l’ornementation sont l’ oeuvre bien personnelle de l’architecte.
Le 4 septembre 1870, le décor de la salle était pratiquement terminé, l’inauguration devait avoir lieu durant la saison des chasses en 1871… Hélas ! Le Second Empire allait disparaître après quelques semaines d’une guerre malheureuse et la capitulation de Sedan.

Durant toute la guerre, Ancelet resta à Compiègne et eut à supporter les lourdes charges, les humiliations et les ennuis de l’occupation allemande. Ensuite, sa fonction étant supprimée, il revint à Paris, rue Vitruve, dans un joli pavillon entouré d’un jardin que l’on m’a montré dans ma jeunesse.
Là, y naquit une petite Paule, morte à 5 ans, d’une chute sur la tempe, puis mon père, Charles en 74 et enfin en 1881, Marie, morte à 20 ans de la tuberculose. Mon père ne se consola jamais de la mort de sa soeur et nous en parlait souvent.
A Paris, Auguste Ancelet fut nommé architecte du Conservatoire des Arts et Métiers et eut à restaurer bien des monuments, entre autres la Porte St-Denis. Tous ces beaux travaux lui valurent d’être élu membre de l’Académie des Beaux Arts en 1892. C’est le 3 août 1895 que la mort vint le frapper juste deux ans après la disparition de sa chère compagne Isabelle.

Un dernier détail touchant qui fait partie de la « Petite Histoire » : En 1918 l’Impératrice Eugénie âgée de 92 ans, vint d’Espagne au Château de Compiègne où elle avait vécu quelques-unes des plus belles années de sa vie, se recueillir devant le berceau de son fils. La honte de 1870 était effacée…
Elle mourrait deux ans après à Madrid. Son mari, Napoléon III était décédé en 1873, trois ans après la défaite de 70…

Agathe, l’enfant trouvée (1803-1855)

XIXeme siècle 10 Mots »

La première fois que je l’ai “rencontrée”, c’est dans l’acte de naissance de sa fille Victorine  le 30 septembre 1837, elle a 34 ans.
Comme toujours lorsque je veux en savoir plus sur un ancêtre, je parcours les registres à la recherche de frères et soeurs, puis de l’acte de mariage des parents J’ai ainsi trouvé l’acte de mariage de Jean Moisson et d’Agathe Flin qui a eu lieu le 2 janvier 1834. Et là je suis allée de surprises en surprises!
“le Sieur Jean Moisson tonnelier domicilié de droit  en cette ville de Nancy et de fait à Malzéville, âgé de 28 ans….. fils de Jean Moisson meunier absent et dont le domicile actuel est inconnu, ce  qui est constaté par acte de notoriété en date du 9 décembre dernier reçu par-devant le Juge de paix du  canton de Chateau-Salins, et de Christine Bize son épouse, journalière domiciliée à Salonnes, ici présente et consentante. D’autre part Agathe Flin, cuisinière, domiciliée en cette ville de Nancy, âgée de trente ans, comme il  conste de son acte de naissance inscrit le 23 février 1803 sur les registres de cette ville, délivré par extrait en bonne et due forme par le Maire, fille de père et de mère inconnus…….. Déclarons au nom de la loi que le sieur Jean Moisson et Agathe Flin sont unis par le mariage et à l’instant les époux sus dits ont déclaré reconnaître et légitimer par le présent mariage, un enfant de sexe masculin né d’eux et de leurs œuvres en cette ville de Nancy le trente et un octobre dernier à sept heure du soir, inscrit sur les registres de l’état civil sous les prénoms et noms de Joseph Claude Renaudin…. en présence des Sieurs, 1°: Nicolas Bize âgé de 69 ans propriétaire domicilié à Salonnes, ayeul de l’époux, 2°……..et ont les parties contractantes et les témoins, signé avec nous après lecture et collation faite, la mère de l’époux ayant déclaré ne savoir signer de ce interpellée.”
Avec cet acte me voici donc avec plusieurs pistes et plusieurs énigmes.
D’abord, Jean Moisson le père du marié qui est absent… ce qui signifie qu’il a quitté le domicile conjugal et que j’ai peu de chance de trouver des informations sur sa vie après le mariage de son fils à moins de chercher dans toutes les communes de France…
Ensuite, je découvre que Agathe est fille de père et de mère inconnus! Je m’empresse alors de chercher "l’acte de naissance" et je tombe alors sur ceci:
“Mairie de la ville de Nancy, arrondissement communal de Nancy, département de la Meurthe, du quatre ventôse, l’an onze de la république française (23/2/1803), acte de naissance d’Agathe FLIN, trouvée exposée le trois du courant sur terre à sept heures et demi du soir, près de la porte d’entrée de la maison de secours établie en cette ville, rue de la révolution, laquelle a été reconnue être femelle paraissant âgée de six mois de vie ainsi qu’il est constaté par le procès verbal dressé le dit jour par le citoyen monsieur le commissaire de Police en cette ville et dont la teneur suit:  Aujourd’hui trois ventôse l’an onze de la république française à sept heures et demi du soir, nous soussigné commissaire de Police de la Ville de Nancy, sur la vie que nous avons reçu du citoyen Jean MILLET, concierge de la Maison de Secours de la dite ville de Nancy, rue de la Révolution qu’il vient de trouvé un enfant exposé et abandonné près de la porte d’entrée de la dite maison, nous nous sommes transportés sur les lieux ou étant. Nous avons fait développer cet enfant, il s’est trouvé du genre féminin, paraissant être âgée de six mois. Il avait la tête couverte d’un bonnet piqué blanc garni de linon, une chemise garnie au col de mousseline festonnée, un petit casaquin de flanelle, une bande de toile rayée bleu et blanc, une paire de bas de laine blancs et un seul soulier de peau jaune. Après les dites reconnaissances, nous avons fait transporté l’enfant à l’hospice de l’enfance de la patrie, nous réservant de la présenter dans le jour de demain à l’officier public de la commune pour faire constater son état civil. De tout quoi nous avons dressé le présent procès verbal pour servir et faire valoir ce que de droit.  Fait à Nancy, l’an, mois, jour et heures avant dits. signé SIBIEN
Sur la réquisition à nous fait par le citoyen Nicolas SIBIEN, commissaire de police en cette ville, en présence des citoyens: René LEGAULT âgé de soixante cinq ans, ancien marchand demeurant en cette ville rue Descartes et Claude Joseph BERNARD, âgé de trente deux ans, coursier demeurant en cette ville, petite rue du Temple, et ont signés”
Emouvant et bouleversant!
Evidement ce genre d’information indique que l’on a peu de chance de remonter plus haut sur cette branche. J’ai voulu tout de même en savoir plus, j’ai alors consulté les registres de la maison de secours qui hélas présentait une lacune au niveau des années 1802 à 1804. J’ai quand même feuilleté les liasses de documents d’abandon… On y trouve des petits mots indiquant le prénom de l’enfant et précisant s’il est ou non baptisé, parfois un ruban ou une médaille y est attachée et sur la fiche de l’enfant est noté la façon dont il est habillé et éventuellement s’il a été placé par la suite. Il semble évident que si Agathe ne possédait qu’un seul soulier, c’est que sa mère avait gardé l’autre pour pouvoir éventuellement retrouver son enfant lors de jours meilleurs…Cétait souvent le rôle des rubans, médailles ou autres objets laissés près de l’enfant.
Pour ce qui est du nom, j’ai appris qu’il était choisis arbitrairement (prénom du parrain ou saint du jour, référence aux circonstances de l’abandon ou aux vêtements portés).
Je perds donc l’espoir d’en savoir plus sur Agathe, quand à la relecture de son acte de mariage, je note qu’un enfant a été reconnu (Joseph claude RENAUDIN) par les deux mariés mais qu’il porte ni le nom de sa mère , ni celui de son père… Je recherche donc l’acte de naissance de ce Claude joseph né 3 mois avant le mariage de ses parents. Et là une fois de plus je perds un peu le fil… Dans cet acte de naissance il est écrit: “…Anne Françoise jacquemin, sage femme domiciliée à Nancy a déclaré que le 31 octobre 1833 à 7 heures du soir Marguerite RENAUDIN âgée de 28 ans native de Lesse arrondissement de Chateau-Salins, domestique, domiciliée en cette ville de nancy, fille du défunt Pierre Renaudin vivant tisserand et de jeanne VACQUIER son épouse est accouchée en cette ville …d’un enfant de sexe masculin qu’elle nous a présenté, auquel elle a déclaré donner les prénoms et noms de Joseph Claude RENAUDIN…”
Me voilà devant de nouvelles questions: Agathe FLIN et Marguerite RENAUDIN sont elles la même personne??  Si oui, ses parents l’ont-ils récupérée ?? Ou Agathe a-t-elle été adoptée par les RENAUDIN?? Ou Agathe FLIN a-t-elle adopté Joseph Claude ??  Sur l’acte de décès d’Agathe je lis qu’elle était née à Lesse… Le mystère reste pour l’instant entier,
Avez- vous des idées?

Généalogie d’Agathe