V comme Victoire Brehamet(1838-1914)

Challenge AZ, XIXeme et XXeme siècles 2 Mots »

Victoire2             Mamita m’a montré un jour une photo et m’a demandé de me dire ce que j’y voyais.
« Deux jeunes femmes bourgeoises accompagnées de deux petits enfants, une fille que je reconnaissais comme étant Madeleine et un petit garçon, et à l’arrière plan une femme plus âgée qui semblait être une domestique au vu de son tablier »
Mamita était bouleversée par cette photo, car la vieille femme était sa grand-mère Victoire. Ce jour là, sa mère Marie recevait une amie et son fils, et pour ne pas présenter cette vieille femme comme sa mère, Marie lui a demandé de mettre un tablier pour passer pour une domestique. Marie d’origine modeste était montée à Paris où elle avait rencontré un jeune architecte qui l’avait mise enceinte puis épousée un an après. Devant ses amies connues après son mariage, elle avait sans doute honte de parler de ses origines.

Victoire adorée par sa petite fille (cf ses souvenirs de jeunesse) était une femme courageuse et avait eu une vie difficile. Elle est née à Ault dans la Somme le 30 octobre 1838 de parents déjà âgés (pour l’époque!): sa mère Marie-Jeanne Rosalie Cayeux avait 42 ans et son père Charles Hilaire Brehamet Maître Forgeron à Ault en avait  56 et était veuf deux fois lorsqu’il rencontra Marie-Jeanne, fille d’un serrurier de Ault, elle même veuve. Ils se marièrent rapidement le 28 juin 1838 lorsqu’elle se retrouva enceinte de Victoire.
Victoire Brehamet se marie à 27 ans le 4 novembre 1865 à Ault avec un menuisier Victor Emile Leclerc originaire d’Eu dont elle aura 3 enfants: Paul né le 25 janvier 1870 qui mourut à 1an, Marie-Rose née le 27 décembre 1870 et Marie née le 11 avril 1875.
Mais le 9 août 1888 son mari Victor meurt sur la plage d’Ault à la suite d’une hydrocution. Elle devient alors serveuse dans un café pour subvenir aux besoins de ses enfants. Deux ans plus tard sa fille Marie-Rose meurt à son tour, agée de 20 ans, des suites de l’infection d’ une blessure faite par un hameçon alors qu’elle nettoyait les filets des pêcheurs. Vers 1900 sa fille Marie monte à Paris.
Le gendre de Victoire, Charles fera construire une villa à Onival tout près d’Ault: la villa Madeleine, Victoire peut ainsi passer du temps avec ses petites-filles Madeleine et Marcelle  qui viendront très souvent en vacances . C’est comme cela que Mamita  a appris « le sexe des crabes »
Elle finit sa vie dans sa  maison d’Ault où elle meurt le 25 décembre 1914.

Léopold (1856-1922): le marionnettiste

Léopold, XIXeme et XXeme siècles 1 Mot »

Si vous vous êtes déjà promené(e) sur ce blog, vous y avez croisé plusieurs fois Léopold. Cette fois, ce sont ses talents de marionnettiste que j’aimerai vous présenter.

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Avant son mariage Léopold organisait dans sa commune des spectacles de marionnettes, sans doute après son travail ou le dimanche. Pour ces spectacles, il a tout réalisé lui même, le castelet, les décors, les marionnettes et les accessoires mais aussi les programmes et les invitations.
Je n’ai plus le castelet qui vermoulu a du être jeté, mais dans un petit cahier, j’en ai retrouvé les plans.

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Pour ce qui est des décors, il était très organisé, il faisait d’abord des croquis, puis les réalisait en petit et les testait dans un diorama toujours construit par lui-même, enfin il faisait la version définitive. Chaque décor est recto-verso, sans doute pour les transporter plus facilement.

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Pour les marionnettes, il achetait certaines têtes et en fabriquait d’autres, les vêtements étaient confectionnés par sa soeur Adèle. Parmi les accessoires: des petits coffres, des bougeoirs pour éclairer les décors, des outils miniatures taillés dans du bois…

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Pendant ses spectacles de marionnettes, il y avait aussi une représentation d’ombres chinoises, pour laquelle il avait construit un cadre s’adaptant dans le castelet. Ce cadre permettait soit de placer un décor fixe soit de faire dérouler un décor en papier fin de près de 5 mètres de long! (je suis intéressée par des conseils pour restaurer ces rouleaux qui sont un peu déchirés…)

Une fois marié, il faisait des représentations privées pour ses enfants et leurs amis. Après sa mort en 1922, le théâtre de marionnettes a été rangé au grenier ou je l’ai découvert lorsque la maison a été vidée pour être vendue en 1982…

Léopold (1856-1922): l’aquarelliste

Léopold, XIXeme et XXeme siècles 6 Mots »

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Je vous ai parlé dans une précédente note des talents de Léopold. Il a commencé l’aquarelle vers 1890 mais il a surtout travaillé cette technique entre 1900 et sa mort en 1922. en voici quelques-unes. Elles ont été faites près de Nancy (54).
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Leopold5bPour ces petits aquarelles, on pourrait presque parler d’un miniaturiste, elles font chacune environ 2cm de haut!

la prochaine note consacrée à Léopold, présentera le marionnettiste!

Léopold : les collègues de travail vers 1900

Léopold, XIXeme et XXeme siècles Pas un mot »

Léopold travaillait aux Chemins de Fer de l’Est vers 1900 et il a photographié ses colègues de travail.

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Faut-il vraiment que je vous donne les grades approximatifs de ces 4 personnes?

Marie Alexandrine (vers 1872-??): l’enquête…

XIXeme et XXeme siècles 1 Mot »

Sans_titre_0Marie  Alexandrine!  Je l’ai cherchée pendant huit ans. je ne savais rien d’elle, elle était  mon arrière grand-mère. Maurice, mon grand-père,  ne nous avait jamais parlé d’elle, il se disait orphelin de mère depuis ses quatre ans, mais à sa mort nous avons appris que ses parents avaient divorcé en 1900, et qu’il n’avait jamais revu sa mère…
Je savais que mon grand-père était né à Paris 8e, que son père Jean-Baptiste était franc-comtois et fier de l’être et que sa mère avait 24 ans et s’appelait Marie Alexandrine Lolivray, J’avais aussi une photo faite à Paris. C’est tout!
J’ai d’abord cherché dans le Jura (pas de mariage, ni de publications de mariage..) puis dans tous les arrondissements de Paris, le mariage de Marie Alexandrine et de Jean Baptiste sans succès, Je me suis alors penchée sur l’origine du patronyme Lolivray qui est très rare: il provient de l’Orne, plus précisement des environs de Saint-Bomer les Forges. Mais là-bas pas de traces non plus de Marie Alexandrine, ni de son mariage…
J’ai cherché sur l’acte de naissance de Jean-Baptiste, au cas ou une mention marginale me mettrait sur la voie, mais juste la trace du second mariage de Jean-Baptiste qui a eu lieu à Neuilly en 1907. Je m’empresse de suivre cette piste mais aucun indice non plus dans cet acte sur le premier mariage.
Je pense alors à demander au successeur du notaire de Jean-Baptiste qui me renseigne gentiment, pas de testament ou figurerait la date et le lieu du premier mariage car Maurice était fils unique.
je me désespère… Marie Alexandrine m’échappe…
Mais au détour d’un site, je découvre une enfant LOLIVRAY née à Paris 8e comme Maurice . Je me précipite à la mairie et trouve “ l’acte de naissance de Jeanne Albertine du sexe féminin née le 5 septembre 1899 à sept heures du soir, 208 rue du faubourg Saint-Honoré fille de Marie Albertine LOLIVRAY âgée de 21 ans domestique domiciliée 62 rue de la Tour”. Pas de lien donc pour l’instant avec Marie Alexandrine , mais sachant que le nom LOLIVRAY est rare, je ne désespère pas de trouver un jour une quelconque parenté car Marie Albertine et Marie Alexandrine n’aurait que 6 ans de différence.
Et puis un jour, une piste due au hasard, en surfant sur internet sur un site de généalogie je découvre un Charles LOLIVRAY originaire de Saint-Bomer marié le 18 mai 1869 à POSTEL Eloise Angélique à Saint-Germain en Laye, vu leur age,je me mets à espérer ça y est j’ai trouvé les parents de Marie Alexandrine!…
Mais quelques mois plus tard dans les registres, on trouve: “ décès en date du 27 janvier 1870 d’un enfant du sexe masculin présenté sans vie  de François Charles LOLIVRAY et Héloïse Angélique POSTEL” et enfin : “Est décédée le 30 janvier 1870 à son domicile de Saint-Germain en Laye, 10 rue Saint-Pierre Héloïse Angélique POSTEL, repasseuse, née à Ger (Manche) le 9/11/1846.
Déclaration faite par François LOLIVRAY, employé, 35 ans, son époux et Victor LEFRANC, beau-frère de la décédée, chaudronnier, 28 ans, demeurant à Sartrouville”. Donc, François Charles et Héloïse Angélique, qui s’étaient mariés le 18/5/1869, ont perdu leur premier enfant le 27/1/1870, et Héloïse qui ne s’est pas remise de l’accouchement, est décédée trois jours après. Donc, ce mariage, qui a du se faire précipitamment dès qu’Héloise a appris qu’elle était enceinte (faites le calcul!), s’est malheureusement très mal terminé…
Qu’est devenu François Charles ensuite? Peut-être s’est-il remarié quelque part où serait née vers 1872 de ce deuxième mariage notre  fameuse Marie Alexandrine.
Donc, je pars désormais à la recherche d’un mariage entre Charles LOLIVRAY et X à partir de 1870 et jusqu’en 1876… plutôt dans la région de Sartrouville/Saint-Germain (peut-être est-il allé habiter un temps chez son beau-frère?). sans exclure bien sûr qu’il soit retourné en Normandie pour se remarier… et là je repars sur la piste des LOLIVRAY de Normandie…
A ce point je ne sais toujours pas ni ou ni quand se sont mariés Jean Baptiste et Marie Alexandrine!
Mais le hasard  intervient à nouveau! Alors que je cherche une information sur un autre ancêtre dans les Hauts de Seine, par acquis de conscience je tape le nom LOLIVRAY et là, je saute de joie!!! je lis MARIE ALEXANDRINE LOLIVRAY mariée le 12 septembre 1891 à JEAN BAPTISTE BILLET à Sèvres

Je l’ai retrouvée!!! Elle est bien fille de Charles le normand et sa mère est Marie Alexandrine CHENALLEY la savoyarde, ces derniers se sont mariés à Paris et Marie Alexandrine est née à Versailles…
à suivre…

Auguste (1880-1951) au Cambodge

Lettres d'Auguste, XIXeme et XXeme siècles 2 Mots »

AugusteUn carton dans le grenier…. une nouvelle surprise!
La correspondance (une cinquantaine de cartes postales et de lettres) entre Auguste parti au Cambodge après la guerre de 14/18 et son oncle Léopold.

Phnom Penh, le 29 février 1921

Mon cher Oncle

Je pense que pour vous voilà l’hiver qui se termine, pour nous aussi et ce matin quand je suis sorti sur la véranda, j’ai senti le souffle tiède et humide de la mousson du sud-ouest. C’est la saison sèche qui se termine et les pluies vont venir et aussi la chaleur mais à Phnom-Penh, il n’y a guère que du milieu de mars à fin mai qui soient un peu dur et la grosse chaleur dure 15 jours. Du reste je pense que nous ne souffrirons pas trop cette année puisque la mousson s’installe déjà. Toutes mes orchidées sont en fleurs, j’en ai près de 40 différentes et surtout les orchidées terrestres sont superbes en ce moment. C’est une grande tige avec une grappe d’étoiles violettes pourpre. J’en ai une jaune tigrée de brun rouge, la grappe pend et a 60 cent. de long. Elle sent la vanille d’ailleurs la vanille est une orchidée mais je n’ai pas pu en avoir. On m’en avait promis mais je n’ai rien reçu. Il y en a à Kampot et dans les forêts de Popakvil. Le gouverneur de Kandal m’en avait promis aussi mais je n’ai rien vu venir. Toute ma véranda est tapissée de fleurs et on m’a apporté un champa qui est aussi tout en fleurs et qui sent un peu comme les tubéreuses, il a 2 mètres de haut et quand il sera grand il couvrira la maison. dans la cour j’ai un papayer toujours plein de merles qui viennent manger mes papayes et qui font un potin assourdissant et rien ne les fait partir. Les cambodgiens répugnent à tuer les bêtes et tout mon personnel a été scandalisé un jour que j’ai tiré un coup de fusil qui n’a tué personne. J’ai du y renoncer. J’ai pris des cambodgiens aussitôt que j’ai su parler leur langue , ils sont bien plus honnêtes et très dévoués et ma maison marche admirablement, de plus on les paye beaucoup moins cher, j’ai 4 boys pour 50 piastres, deux hommes et deux femmes, ce sont les femmes qui travaillent le plus comme dans tout l’orient et je crois que je vais en prendre encore une avec une jeune fille pour faire les courses et jouer de la musique. C’est très agréable de s’endormir en entendant leur musique qui est douce et accompagnée de chants à peine modulés et comme dans le lointain. Ca fait partie du service des femmes et j’ai trouvé le système très à mon goût. D’ailleurs dès qu’on parle la langue ici, on a tout ce qu’on veut et on est considéré comme un cambodgien et c’est extraordinaire en fait d’avantages. Ainsi je ne paye plus les fruits, ce sont les parents des domestiques qui m’en apportent et de superbes qui n’ont pas traîné au marché. On m’a apporté des poissons qu’on a pêché pour moi dans le fleuve. Et c’est toujours ce qu’il y a de mieux qui est pour moi. Je ne suis plus le barang -l’étranger – je suis le louk – le maître -. Il y a des siècles de traditions derrière cela. J’ai consenti à laisser faire la cérémonie pour que les cambodgiens puissent honorer leur Bouddha et brûler des bâtonnets devant les statues des dieux dont ma maison est pleine, et le bonze est venu consacrer les autels. Ca a été épatant, ils ont fait des serments de fidélité et le bonze a lu les satras saintes sur le respect dû au maître qui nourrit et qui protège. Je suis leur père et mère et en retour ils doivent aimer la maison. Tout cela est très bien. J’ai généreusement donné une piastre pour les offrandes et deux poulets à la pagode, je suis donc un saint homme ce qui ne m’était pas encore arrivé.
Le bonze, chef de la pagode voisine vient quelque fois me voir. Il s’installe sur le lit de camp avec sa grande robe jaune et sa vieille tête toute rasée; il ressemble à son Bouddha et il me raconte des histoires en fumant mes cigarettes. L’histoire de la reine Phinesavane et du prince Sorivong, et la guerre du roi des géants avec le roi des singes Hanuman et tout ce qu’il faut faire pour éviter les maléfices des mauvais génies qui viennent dans les maisons à la tombée du jour, tout l’auditoire en frissonne. Cela fait passer les heures chaudes jusque vers onze heure ou la brise se lève et où on peut dormir.
Je t’écris ce soir dans le silence de la nuit, tous mes gens sont partis à la pagode car aujourd’hui est un jour magique et il faut aller porter des fleurs au génie. Les femmes sont parties avec l’écharpe orangée des grandes cérémonies, le krama, et les bracelets de jasmin et quand elles reviendront, elle se prosterneront en disant “sa thak louk tveu bonn” et je répondrai “sa thak taleng sa thak nene” et j’aurai aussi un petit paquet de fleurs de jasmin emballé dans un morceau de feuille de bananier. Je vais aussi quelque fois à la pagode quand il y a une cérémonie qui m’intéresse et il y en a souvent. Le peuple cambodgien passe sa vie en fêtes d’un bout de l’année à l’autre, il n’y a que l’embarras du choix. Le bonze de la pagode d’Onalum m’a invité à la cérémonie de la pose d’un Naga sur le toit de la pagode Saravanne et je m’y suis bien amusé. C’est très beau comme couleur, les vêtements des femmes avec leurs écharpes de toutes les teintes et les bonzes en jaune safran et des fleurs partout, de la musique et des chansons puis des prières. Cela a beaucoup d’allure et puis j’y suis toujours le seul européen, les gens d’ici ne s’intéressent à rien et trouvent cela ridicule sans se douter que ce sont eux qui sont idiots. Je passe naturellement pour un fou d’aller voir ces machins-là au lieu d’aller comme tout le monde au cercle jouer au poker. Malheureusement je ne sais pas jouer au poker et je ne vais au cercle que pour chercher des bouquins à la bibliothèque. Toujours beaucoup de travail mais de plus en plus intéressant. J’ai demandé au roi une ordonnance pour demander aux gouverneurs des renseignements concernant les monuments anciens et les traditions et je reçois des compte rendus énormes et qu’il faut vérifier avec les anciens travaux. C’est passionnant mais il faut faire très attention. Je convoque les deux chefs de secte Mohonikay et Thomyut pour m’éclairer mais le plus souvent les renseignements sont contradictoires naturellement et je pense devenir fou d’autant qu’ils ne peuvent pas se voir l’un l’autre et il suffit que le premier émette un avis pour que l’autre déclare tout de suite que c’est faux. Mais c’est très amusant tout de même. J’ai trouvé quatre inscriptions nouvelles qu’il va falloir aller chercher, ça va être une tournée difficile car c’est loin de toute route et on ne peut y aller qu’à éléphant et pendant les pluies on risque de rester en route car les grosses bêtes ne peuvent plus marcher dans la boue.
A bientôt, je m’embarquerai à la fin décembre et irai d’abord à Alger où ma mère va définitivement habiter et je rentrerai vous voir au printemps.Je vous embrasse tous
Auguste

Quelques photos de Léopold

Léopold, XIXeme et XXeme siècles Pas un mot »

Adèle, sa soeur (1900)

Sa fille Germaine (1902)

Ses filles Germaine et Anne-Marie (1905)

Sa femme Marthe et leurs filles (1903)

Léopold (1856-1922):un artiste inconnu

Léopold, XIXeme et XXeme siècles 5 Mots »

Léopold Xavier est né le 19 août 1856 à Chateau-Salins de Xavier François directeur des postes et de Zéphirine Anne . Son frère Hubert est âgé de 4 ans et une petite soeur, Adèle naîtra 6 ans plus tard.
Mais la guerre de 1870 éclate, et Xavier son père meurt le 16 juin 1871. Zéphirine quitte alors Chateau-Salins avec ses trois enfants mineurs pour s’installer à Malzéville (près de Nancy) où elle achète une maison en 1872. Elle doit la première année se débattre dans les difficultés du temps en particulier pour obtenir la réunion d’un conseil de famille qui lui donne la possibilité d’opter pour la nationalité française pour le compte de ses enfants mineurs.
Pendant près de trente ans et jusqu’à sa mort, Zéphirine Ancelon vivra dans la maison de Malzéville avec Léopold et Adèle. Hubert continue ses études et devient médecin militaire; les ressources de la famille et l’impossibilité d’obtenir une bourse ne permettent pas de payer des études au cadet Léopold qui devient employé aux Chemins de Fer de l’Est vers 1878, grâce à l’intervention d’amis de la famille.
Pendant ses loisirs, il peint des aquarelles (connues par tous ses descendants). Il monte un théâtre de marionnettes dont il fait les décors, les marionnettes et les accessoires et organise des petits spectacles. Léopold fait parti de l’association des artistes lorrains et participe à des expositions à Nancy avec des artistes beaucoup plus connus, tel que Gallé, Victor Prouvé, ou Majorelle. Il fait aussi des photos qu’il développe lui même. Abonné à des revues d’art et de décoration, il s’en inspire, crée et réalise des peignes en corne sculptée, des couvertures de livres en cuir repoussé, des meubles en marqueterie ou décorés de gravure sur bois.
Si l’on en croit le ton des quelques lettres envoyées par Zéphirine à son fils Léopold , elle est une mère autoritaire sans doute marquée par son veuvage qui garde auprès d’elle ses deux plus jeunes enfants. Elle meurt en mars 1899 à 80 ans alors que Léopold et Adèle sont toujours célibataires.
Des amis communs présentent Léopold à Marthe âgée de 26 ans, fille d’un opticien Nancéen. Ils se marient le 25 avril 1900 à Nancy exactement treize mois après la mort de Zéphirine. De leur mariage naîtront trois enfants: Germaine le 28 janvier 1901, Anne-Marie le 2 février 1903 et Jean le 3 février 1909. Sa soeur malade de la tuberculose meurt en février 1902.
Toute sa vie , il tient une correspondance passionnante avec son neveu Auguste (le fils de Hubert) artiste lui aussi et directeur des Beaux-Arts de Pnon-Penh au Cambodge.
Bientôt il est à la retraite, mais ses enfants sont encore jeunes. Il se met alors à faire des dessins de papiers peints, de carrelages et de broderies qu’il vend à des entreprises Nancéennes et Parisiennes. Il continue toujours à peindre des aquarelles jusqu’à la fin de sa vie. Il meurt le 24 août 1922. ( écrit par Alain Lafont )
Léopold était mon arrière grand-père et j’ai un grande tendresse pour cet homme qui avait un don certain et à qui j’ai consacré une « exposition » en 1979 lors de mes études aux Beaux-Arts. J’avais retrouvé une partie de ses oeuvres dans le grenier de Malzéville, dont ses carnets de recherche qui sont passionnants et qui m’ont permis de comprendre sa méthode de travail, ses plaques photos parfaitement conservées, ses aquarelles et ses correspondances.

Généalogie de Léopold

Jules (1866-1914): le carnet militaire

Guerre 1914/1918, Lettres de Jules, XIXeme et XXeme siècles Pas un mot »

Druesne Un livret militaire peut raconter beaucoup sur un homme, celui dont je vais vous parler est celui de mon arrière grand-père paternel, Jules Ernest Edmond, né le 22 janvier 1866 à Etroeungt (Nord) de Jules et de Céline. Jules devait être incorporé en 1888, mais il s’est engagé comme volontaire pour cinq ans le 12 juin 1884 à 18 ans à Avesnes sur Helpe dans le Nord. Il était alors employé de commerce à Hautmont (59). Il avait les cheveux et les sourcils châtains, les yeux gris, le front ”couvert”, un nez moyen, une bouche moyenne, un menton rond et le visage ovale; il mesurait 1m72 et n’avait aucune marque particulière.
Il est incorporé d’abord au 37ème régiment d’infanterie comme soldat de seconde classe, y passe caporal le 5 juillet 1885, puis caporal fourrier* le 21 septembre de la même année puis sergent le 25 février 1886 et enfin sergent-major**. Rengagé pour cinq ans le 21 février 1888, il devient adjudant le 26 février 1893 et se rengage en juin 1893 toujours pour cinq ans. Il est commissionné à compter du 12 juin 1899 par une autorisation d u Général de la 22ème brigade d’infanterie. Il passe dans l’armée territoriale le 11 octobre 1902 ayant fait une demande de liquidation de retraite et se retire à Laxou (54) à l’asile d’aliénés de Maréville comme secrétaire de direction. Il effectue une période d’instruction militaire au 4ème régiment territorial d’infanterie du 25 septembre au 8 octobre 1905.
Au chapitre des décorations, il est écrit “Autorisé par décret du Président de la république en date du 25 juillet 1902 à accepter et à porter la médaille d’or de l’ordre de Saint Stanislas qui lui a été conféré le 25 juillet par l’Empereur de Russie”. Il a aussi été décoré de la médaille militaire par décret le 4 décembre 1902.
On apprend aussi dans son livret que le certificat de bonne conduite lui a été accordé; qu’il a été vacciné avec un “succès certain”, qu’il savait lire et écrire à son arrivée au corps; qu’il a commencé l’escrime le 15 juin 1884 et a été admis à faire l’assaut le 1er avril 1886; qu’il savait nager à son arrivée et considéré comme nageur ordinaire au moment du passage dans la disponibilité. Ses résultats au tir à la cible étaient bons puisqu’en 1885 il était 3ème au classement sur un champ de tir de 600 mètres et 1er au classement en 1894 et 1er également au tir au revolver.
On trouve dans le livret la liste des effets fournis aux soldats. Cela va du bourgeron*, à la capote*, aux brodequins*, au dolman* ou aux guêtres de cuir; mais aussi aux cartouchières, au ceinturon, au havresac*, au fusil, sabre et revolver. Afin d’avoir des effets à la bonne taille on découvre un tableau des mesures du soldat à l’incorporation et au moment du renvoi dans les foyers. Je peux dire ainsi que Jules avait un peu grossi (4 cm de + de tour de taille) pendant sa période militaire ! Il avait une assez grosse tête avec 58cm de tour de tête et ses pieds mesuraient 26 cm!
Un peu plus loin, il y a les comptes qui devaient être visés par le capitaine. La première mise à l’incorporation était de 40 frs mais rapidement engloutis par la distribution de petit équipement coûtant 40 frs et 15 cts ! Pour les 16 premières journées, il touche 1,92 frs soit 12 cts par jour, puis il est payé 11,04 frs par trimestre. Ses dépenses étaient pour des ressemelages, une cravate, un étui-musette, un étamage de petite gamelle ou de quart, une brosse, une paillasse à laver ou un nettoyage de drap. En 1885, il n’est plus payé que 11 cts par jour, mais je n’en connais pas la raison. Il lui reste 15 frs et 53 cts lorsqu’il passe caporal le 5 juillet 1885 et à partir de ce moment il n’y a plus ni recette ni dépense, mais toujours la liste des petits équipements et réparations nécessaires à la vie militaire.
Voilà tout ce que j’ai pu tirer du livret militaire de Jules DRUESNE. Il sera rappelé sous les drapeaux pour la guerre de 1914-1918 mais mourra le 22 décembre 1914!

Généalogie de Jules

Frédéric (1852-1909): le livret d’ouvrier

XIXeme et XXeme siècles Pas un mot »

FredLe 22 germinal an XI (12/4/1803) une loi instaurait le livret d’ouvrier et selon l’arrêté du 9 frimaire an XII  (1/12/1803) puis de la loi du 14 mai 1851 tous les“ouvriers de l’un et l’autre sexe attachés aux manufactures, fabriques, usines, mines, minières, carrières, chantiers, ateliers et autres établissements                industriels ou travaillant chez eux pour un ou plusieurs patrons devaient s’en procurer un auprès du maire. L’ouvrier ne pouvait travailler sans le présenter, ce livret devait énoncer: le nom, prénom de l’ouvrier, son âge, le lieu de sa naissance, son signalement et sa profession. Il devait y être noté si l’ouvrier travaillait habituellement pour plusieurs patrons ou s’il était attaché à un seul établissement. L’ouvrier était tenu de présenter son livret à toute réquisition des agents de l’autorité sinon il était considéré  comme vagabond et pouvait être arrêté et puni comme  tel.

         Frédéric  naît  le 12 octobre 1852 (alors que Napoléon III va être proclamé empereur) de Jacques , maçon tailleur de pierres et de Claudine à Tresbos. C’est petit hameau lozérien dépendant de Saint Bonnet de Montauroux où sa naissance a été déclarée. Il est le troisième enfant d’une fratrie de 9 enfants.
Il a sans doute été un peu à l’école car il sait signer et a une belle écriture. Il apprend le métier de maçon   tailleur de pierres avec son père chez qui il travaille de 1871 à 1879. Son mariage avec Eugénie, le 3 octobre 1879 a lieu dans le village d’origine de la jeune épouse à Saint-Christophe d’Allier (Haute-Loire).
C’est à ce moment  que lui est délivré son Livret d’ouvrier. Selon la description Frédéric n’était pas très grand (1m60), avait les cheveux châtains et les yeux gris. Son visage de teint mat était ovale et “tacheté de petite vérole”, sa bouche était grosse; son nez, moyen et  son menton rond.
Il travaille alors chez un Monsieur Baptiste Josse du 3 août 1879 au 5 août 1880 qui habitait peut-être à Condres (Lozère) car c’est à cet endroit que naît son premier fils Ferdinand (qui restera     célibataire  et deviendra professeur de lettres dans un lycée parisien) le 6 février 1880. C’est ensuite un entrepreneur de Saint Bonnet de Montauroux, Monsieur Dégand qui l’emploie     toujours    comme    maçon tailleur de pierre pendant environ deux ans. Ce monsieur écrit qu’ “il a pendant ce temps fait preuve de capacité et d’intelligence”. Son second fils, Théodore naît le 11 mai 1882 à Saint Bonnet.    Frédérique   travaille chez Monsieur Tournier du 28 août au 3 octobre 1882 comme maçon, puis part à Alais (maintenant Alès) dans le Gard pour travailler comme manoeuvre aux hauts-fourneaux de l’usine de Tamaris, une compagnie de fonderies et forges, du 17 octobre 1882 au 16 avril 1883. Puis jusqu’ au mois de novembre 1889, il travaille tantôt pour la Comtesse de Ribains qui se déclare “très satisfaite soit comme travail, soit comme moralité”, au Château de Jagonzac (Haute Loire) comme maçon   tailleur de pierres; tantôt chez Monsieur Martel de Mazemblard où il fera le même genre de travail. Durant cette période il construit aussi sa maison au Trémoul commune de Saint-Christophe où naît une petite fille Marie-Julie, le 4 mai 1887 (morte à l’âge de 10 ans). Ayant sans doute du mal à trouver du travail dans sa région, il repart à l’usine de Tamaris à Alais où il travaille cette fois comme maçon au service des hauts fourneaux du 18 janvier 1890 au 28 juin 1895. Je ne sais pas si sa femme le rejoint à Alais après la naissance d’Alphonse (mort en 1918 en laissant une veuve et un fils) qui a lieu le 2 avril 1890 à Tresbos  chez les parents d’Eugènie, où si elle le rejoint plus tard. Mais le dernier travail noté dans le carnet d’ouvrier de Frédérique est daté du 29 juin au 16 août 1895 à Saint Martin de Valgalgues près d’Alais. Ils ont dû y  rester un peu puisque leur dernier enfant Eugène y naît le 18 mars 1896 . Je ne sais pour l’instant où il a travaillé  jusquà sa mort le 7 janvier 1909 à Tresbos, il avait 56 ans. Sa femme Eugénie lui survivra plus de quinze ans.

Généalogie de Frédéric